Point de vue : L’art de commenter un match !
La Presse — On a grandi avec les voix magiques de plusieurs commentateurs de radio et de télévision qui donnaient du charme à ces matches. On a grandi également avec les voix non moins sublimes des commentateurs italiens qui donnaient au football italien un charme inoui. Un beau match, ce n’est pas uniquement une belle image télévisée, c’est également un beau commentaire. Une voix d’un ton spécial, un style qui diffère d’un commentateur à un autre, mais qui marque les esprits, qui vous donne envie de suivre le match. A chacun ses commentateurs préférés, mais une chose est sûre, le style restera unique et inimitable. Style attractif qui vous renvoie vers un autre monde. Dommage qu’aujourd’hui, nos matches ne sont plus beaux à voir parce que la grande partie de ces commentateurs qu’on écoute sont mauvais. Qu’ils nous excusent, mais toutes ces voix sont laides, cassantes, provocatrices, avec aussi cette tendance à crier et à imiter ce qui se fait aux pays du Golfe. Un vrai calvaire pour les esprits et les oreilles. Bon nombre de nos commentateurs ont des années d’exercice, mais ils n’ont pas avancé. Ils ont même stagné, s’obstinant à garder leurs clichés et leur style populiste et gênant. A-t-on besoin de parler fort et sans cesse jusqu’à nous casser la tête ? A-t-on besoin d’exposer toutes ces informations sur les joueurs et les entraîneurs comme si on était dans un concours ? Pourquoi nos commentateurs sont si agités pensant être passionnés ? Il faut que quelqu’un leur demande de se calmer sur antenne, d’être spontanés, de ne pas jouer un rôle qui n’est pas le leur. Messieurs, respirez un peu, prenez un temps d’arrêt comme le font les commentateurs européens. Ces secondes de silence grappillées vous renvoient au public, à l’ambiance du stade, vous reposent un peu. Mais quand on n’a pas la belle voix, ni l’art de décrire l’action sans bavardage et avec le ton adéquat, on ne pourra rien offrir. Ça devient lassant d’écouter nos commentateurs qui se ressemblent, qui n’ont aucun style raffiné et dont les voix vous mettent sur les nerfs. Ne parlons pas des partis pris, de la passivité et des erreurs dans les noms des joueurs. Cris, fausse poésie, clichés caducs genre « grinta », « remontada », etc, on doit être très solide pour pouvoir tenir jusqu’à la fin du match. Même les rencontres de la Ligue des champions européenne, on préfère les suivre avec des voix étrangères pour avoir la paix et pour fuir cette cacophonie et cette hystérie en live. Il y en a même qui étouffent le volume sonore de leurs télés, car ils n’en peuvent plus. Dommage, les commentateurs de charme qu’on suivait ont pris avec eux le charme et la passion du football. Ce fut une autre époque plus belle et plus tranquille.



