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Jeunesse tunisienne : L’espoir de 2011 cède-t-il à l’envie de partir ?

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  • 24 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Jeunesse tunisienne : L’espoir de 2011 cède-t-il à l’envie de partir ?

En 2011, ils réclamaient « l’emploi, la liberté et la dignité ». Quinze ans plus tard, 41 % des jeunes tunisiens déclarent vouloir émigrer, selon Arab Barometer, contre 22 % au lendemain de la révolution. Chez les moins de 30 ans, la proportion atteint 67 %. Un chiffre qui interroge sur l’évolution des attentes d’une génération qui avait placé son avenir au cœur du changement.

La Presse — Le désir d’émigrer touche désormais 41 % des Tunisiens, contre 46 % lors de la précédente vague d’Arab Barometer. En 2011, ils n’étaient que 22 %. Chez les moins de 30 ans, la proportion atteint aujourd’hui 67 %. Derrière ces chiffres se dessine l’évolution des attentes d’une génération qui, en 2011, avait placé l’emploi, la liberté et la dignité au cœur de la révolution.

Le désir de quitter la Tunisie progresse-t-il inexorablement ? Les dernières données d’Arab Barometer invitent à une lecture plus nuancée. Si la proportion de Tunisiens envisageant l’émigration reste très élevée, elle a légèrement reculé par rapport à la précédente mesure.

Selon la neuvième vague d’Arab Barometer, réalisée du 30 octobre au 30 novembre 2025 auprès de 1 023 Tunisiens et publiée en juillet 2026, 41 % des Tunisiens déclarent vouloir émigrer. La proportion grimpe à 67 % chez les moins de 30 ans, contre 34 % chez les 30 ans et plus. Parmi les personnes qui envisagent de partir, 78 % citent les conditions économiques comme l’une des raisons de leur projet d’émigration.

Le chiffre de 41 % représente toutefois un recul par rapport à la vague précédente. Dans la huitième vague d’Arab Barometer, réalisée en 2023-2024, 46 % des Tunisiens déclaraient avoir envisagé de quitter le pays. Arab Barometer précisait alors que ce niveau constituait le taux le plus élevé jamais enregistré en Tunisie par ses enquêtes.

La comparaison avec 2011 est encore plus frappante. Au lendemain de la révolution, 22 % seulement des Tunisiens déclaraient envisager de quitter leur pays. Depuis, la proportion a presque doublé pour atteindre 41 % dans la dernière enquête.

2011 : l’espoir plutôt que le départ

Le chiffre de 22 % prend une signification particulière lorsqu’il est replacé dans le contexte de 2011.

Au lendemain du 14 janvier 2011, une vague d’espoir avait gagné une grande partie de la population, et particulièrement les jeunes. Dans les rues, les manifestants avaient scandé des revendications devenues emblématiques de cette période : « emploi, liberté et dignité ».

L’espoir était alors que le changement politique puisse ouvrir la voie à une transformation économique et sociale : davantage d’emplois, plus de liberté, davantage de justice sociale et une vie digne dans son propre pays

Le faible niveau du désir d’émigration mesuré cette année-là peut ainsi être mis en regard de cet élan. Il ne signifie évidemment pas que les Tunisiens ne souhaitaient pas partir en 2011. Mais il constitue un repère intéressant pour mesurer l’évolution des attentes au cours des quinze années suivantes.

Une génération qui attend toujours

Quinze ans plus tard, les chiffres dessinent un paysage différent.

La proportion est passée de 22 % en 2011 à 46 % en 2023-2024, avant de revenir à 41 % en 2025. Ce recul de cinq points entre les deux dernières vagues ne remet pas en cause le niveau historiquement élevé enregistré depuis plusieurs années.

Surtout, le phénomène est beaucoup plus marqué chez les jeunes. Deux tiers des Tunisiens de moins de 30 ans — 67 % — déclarent aujourd’hui vouloir émigrer. Le taux n’est que de 34 % chez les personnes âgées de 30 ans et plus.

Cette différence générationnelle est l’un des enseignements les plus marquants de la dernière enquête. Elle suggère que l’envie de partir ne constitue pas seulement une réaction à une conjoncture particulière : elle s’inscrit dans les aspirations d’une partie importante des nouvelles générations.

L’économie au cœur du désir de départ

Les motivations déclarées permettent également de mieux comprendre cette évolution. 78 % des Tunisiens qui envisagent d’émigrer citent les conditions économiques parmi les raisons de leur souhait de partir.

Le lien avec les revendications de 2011 apparaît alors particulièrement significatif. L’« emploi » et la « dignité » figuraient au cœur des slogans du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011. Quinze ans plus tard, les conditions économiques restent l’une des principales raisons avancées par ceux qui envisagent de quitter le pays.

Il ne s’agit pas pour autant de conclure que les espoirs de 2011 auraient tous disparu. Les enquêtes d’opinion mesurent des attitudes à un moment donné et ne permettent pas, à elles seules, d’établir une relation de causalité entre les événements politiques et le désir d’émigration.

Elles montrent cependant une évolution difficile à ignorer : alors qu’en 2011, dans le contexte de la révolution, une large partie des Tunisiens pouvait encore envisager l’avenir à l’intérieur du pays, l’émigration est devenue, quinze ans plus tard, une perspective envisagée par quatre Tunisiens sur dix et par deux jeunes de moins de 30 ans sur trois.

Un recul récent, mais un niveau toujours élevé

Le passage de 46 % à 41 % entre les deux dernières vagues mérite donc d’être relevé. Il traduit une diminution du désir d’émigrer, mais le niveau demeure nettement supérieur à celui mesuré en 2011.

La série d’Arab Barometer dessine ainsi trois repères : 22 % en 2011, 46 % en 2023-2024 et 41 % en 2025.

Derrière ces pourcentages, c’est aussi une évolution des attentes qui se lit. En 2011, la rue tunisienne réclamait l’emploi, la liberté et la dignité, avec l’espoir que ces aspirations trouveront leur accomplissement en Tunisie. Quinze ans plus tard, pour une part importante de la population, et plus encore de la jeunesse, la recherche de meilleures conditions de vie passe désormais par l’idée d’un départ.

Le chiffre de 41 % n’est donc pas seulement un indicateur sur l’émigration. Il constitue également un baromètre des aspirations d’une société dont une partie importante de la jeunesse continue de chercher ailleurs les perspectives qu’elle peine à trouver chez elle.

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Auteur

Brahim OUESLATI

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