En Tunisie, on a energistré 3 décès en neuf mois, mais plus de 100.000 personnes prises en charge après des attaques animales. à quelques jours de la Journée mondiale contre la rage, le bilan tunisien rappelle que cette maladie, pourtant évitable, reste une véritable question de santé publique.
La Presse — Elle a beau avoir disparu des radars dans de nombreux pays développés, la rage n’a rien d’une maladie du passé puisqu’elle concernerait encore la moitié des pays de la planète. Le 28 septembre, la Journée mondiale contre la rage vient chaque année remettre cette réalité au premier plan.
En Tunisie, les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé sont sans équivoque: trois personnes sont décédées de la rage durant les neuf premiers mois de 2026, tandis que plus de 100.000 personnes ont été prises en charge après avoir été attaquées par des animaux.
Derrière ces chiffres se trouvent des morsures, des griffures, des familles inquiètes et, surtout, une course contre la montre. Car lorsque les symptômes cliniques de la rage apparaissent, l’issue est pratiquement toujours fatale. En revanche, une prise en charge rapide après l’exposition permet d’empêcher la maladie de se déclarer. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’il faut notamment laver immédiatement la plaie à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes et consulter sans délai un professionnel de santé.
Trois publications, un même message : prévenir plutôt que subir
Les informations et communications publiées ces dernières semaines dessinent trois grands axes qui permettent de mieux comprendre où en est aujourd’hui la lutte contre la rage. Le premier est international. À l’occasion de la Journée mondiale 2026, l’OMS place la célébration sous le slogan «Plus forts ensemble» et insiste sur une approche qui associe santé humaine, santé animale et environnement.
L’objectif mondial reste particulièrement ambitieux : parvenir à zéro décès humain dû à la rage canine à l’horizon 2030. La vaccination des chiens, la surveillance, la sensibilisation du public et l’accès rapide aux soins après une morsure constituent les principaux leviers de cette stratégie.
Car à l’échelle mondiale, le problème est loin d’être réglé. La rage provoque encore environ 59.000 décès humains chaque année, dans plus de 150 pays, et près de 99% des transmissions à l’homme sont liées aux chiens. Les enfants de moins de 15 ans représentent environ 40% des victimes. Le deuxième axe concerne la vaccination animale, véritable première ligne de défense.
En Tunisie, la campagne nationale gratuite et obligatoire de vaccination des chiens et des chats se poursuit durant les mois de septembre et d’octobre. Dans plusieurs régions, les services vétérinaires multiplient les points de vaccination et les journées portes ouvertes. L’objectif est de rapprocher le vaccin des propriétaires et d’augmenter la couverture vaccinale des animaux susceptibles d’être infectés.
À Gabès, par exemple, la campagne lancée le 1er septembre mobilise plusieurs équipes jusqu’à la fin du mois d’octobre. À Jendouba, plus de 6.300 chiens et chats avaient déjà été vaccinés à la mi-septembre. À Kébili, la campagne cible notamment quelque 2.500 chiens et chats. Ces initiatives locales montrent que la lutte contre la rage ne se résume pas à une opération symbolique autour du 28 septembre : elle s’inscrit dans un travail de terrain qui doit se poursuivre dans la durée. Le troisième axe est celui de la prévention auprès de la population.
La Direction des soins de santé de base rappelle que la responsabilité est collective. Il s’agit d’abord d’éviter les contacts avec les chiens errants et les animaux inconnus, mais aussi d’apprendre aux enfants les bons réflexes: ne pas courir devant un chien, ne pas le provoquer, ne pas tenter de caresser ou nourrir un animal abandonné et, face à une meute, s’éloigner calmement. Des conseils simples, mais qui peuvent faire la différence.
Le chien vacciné, un rempart pour toute la société
La lutte contre la rage commence avant la morsure. La vaccination des chiens constitue l’un des moyens les plus efficaces pour casser la chaîne de transmission. À l’échelle internationale, l’OMS souligne qu’une couverture vaccinale canine durable d’environ 70 % permet de contrôler la transmission de la rage canine.
D’où l’importance de ne pas abandonner les animaux domestiques, mais aussi de les faire vacciner régulièrement. La question des chiens errants reste, à ce titre, indissociable de celle de la rage. L’abandon d’animaux, l’accès aux déchets alimentaires et l’absence de contrôle de certaines populations animales contribuent à la présence de chiens errants dans les espaces urbains et périurbains.
La réponse ne peut donc pas reposer sur une seule mesure : vaccination, identification et responsabilité des propriétaires, gestion des populations animales, surveillance vétérinaire, sensibilisation et intervention rapide doivent fonctionner ensemble.
C’est précisément l’esprit de l’approche dite «Une seule santé», qui considère que la santé humaine, la santé animale et l’environnement sont étroitement liés. En juin dernier, les services vétérinaires avaient d’ailleurs renforcé leurs campagnes de vaccination dans plusieurs gouvernorats et rappelaient l’existence de 197 points fixes de vaccination gratuite répartis à travers le pays.
Mais si le chien reste le principal vecteur de transmission à l’homme, il n’est pas le seul mammifère susceptible de transmettre le virus. Chats, renards et autres animaux peuvent également être concernés. La prudence doit donc rester de mise face à tout animal dont le comportement ou le statut vaccinal est inconnu.
Une mobilisation qui doit dépasser le 28 septembre
En Tunisie, la Journée mondiale contre la rage ne doit finalement pas être une simple date dans le calendrier sanitaire. Les journées de vaccination organisées dans plusieurs régions, les campagnes nationales, les actions de sensibilisation et le travail des services vétérinaires montrent qu’une mobilisation existe déjà sur le terrain.
Le 26 septembre, plusieurs opérations gratuites sont ainsi prévues, notamment à Tunis et dans le Grand Tunis, dans le cadre de la campagne nationale. Mais la prévention de la rage ne peut fonctionner que si chacun prend sa part de responsabilité. Les pouvoirs publics vaccinent. Les vétérinaires surveillent.
Les professionnels de santé prennent en charge les personnes exposées. Les municipalités interviennent sur le terrain. Mais le propriétaire d’un chien ou d’un chat a lui aussi une responsabilité : vacciner son animal et ne pas l’abandonner. Dans le même temps, les parents ont un rôle essentiel auprès des enfants, particulièrement exposés aux morsures.
Le message de cette édition 2026 est finalement aussi simple que nécessaire : «Plus forts ensemble». La formule n’a rien de théorique. Face à une maladie qui tue encore alors que les moyens de l’éviter existent, la prévention collective reste la meilleure arme.
La rage n’est donc pas une fatalité. Mais pour que cette affirmation devienne un jour une réalité tunisienne, le vaccin, la vigilance et le bon réflexe après une morsure doivent devenir des habitudes, et non des réactions de dernière minute.



