Sport

Point de vue : Le déni de Mouine Chaâbani

  • 1 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Point de vue : Le déni de Mouine Chaâbani

La Presse —  Mouine Chaâbani est de ces entraîneurs qui aiment vivre dans le déni. Il adore se trouver des faux arguments pour fuir ses responsabilités et pour nous offrir une diversion des faits. Parce qu’en disant qu’il faut patienter et que l’équipe a changé, il ne peut que vivre dans le déni.

Ce qu’il a dit est faux : l’équipe n’ a pas changé et lui-même, par ses choix conservateurs embellis par la présence de quelques jeunes rappelés par Lamouchi, n’a fait que rappeler des éléments du passé. L’équipe est presque la même, les cadres sont les mêmes.

Aidouni, Dahmen, Talbi, Maâloul, Sassi, Achouri, Ben Hmida, Mastouri, Ben Romdhane, Rafiâa, Ltaïef, et même Tounekti, Ayari,Nasraoui ou Loumi ne sont pas venus aujourd’hui.  Ils ont, au moins,  disputé le dernier Mondial et, pour certains d’entre eux, ils traînent des années et, des années de compétition.

Chaâbani a intérêt à sortir de ce déni et à regarder la réalité en face : il a échoué, lui et ses joueurs, sur deux matches joués à domicile et devant deux adversaires très moyens. Désabusés, victimes encore du traumatisme post-mondial, démotivés, mal inspirés, mal utilisés, les raisons sont diverses. Le mal est certainement beaucoup plus profond qu’un simple mauvais départ. L’équipe de Tunisie se dégrade depuis des années, et si l’on veut être objectif, elle a chuté depuis qu’elle a remporté cette CAN 2004.

Depuis, et même avec Lemerre, on a raté le Mondial allemand pour s’absenter deux mondiaux de suite. Et ce n’est pas la demi-finale de la CAN 2019 qui va changer la tendance de la courbe de performance de l’équipe nationale. Un ballet de sélectionneurs et de joueurs aux qualités différentes, mais les choses vont de mal en pis.

Là, on vit le creux de la vague, pratiquement la partie la plus alarmante, en attendant un rebond. Une reprise qui peut ne pas venir. Plus que les joueurs et la qualité des choix de Chaâbani qui n’a pas convaincu franchement, il y a un environnement malsain en sélection, une hiérarchie d’intérêts croisés, un vilain rapport de forces entre joueurs qui s’ajoute à des jeux dangereux de quelques agents de joueurs influents dont l’un qui n’a pas froid aux yeux et qui s’affiche avec les dirigeants influents d’un bureau fédéral incompétent et à côté de la plaque.

Les meilleurs joueurs n’étaient pas forcément toujours là, car les vrais décideurs sont certains agents de joueurs qui ont accédé aux vestiaires depuis plus de 15 ans et qui ont, au gré des années et de la médiocrité des membres fédéraux, régné. Des agents et à côté d’eux des personnes de mauvaise foi, cupides, conspirateurs qui ne vivent que dans les magouilles et la course derrière les gains.

Une machine qui broie des joueurs méritants, qui éloigne d’autres pour les épargner comme Abdi et qui sert des agents de joueurs rentiers et puissants. Le tout sous le regard d’un bureau fédéral faible, si déphasé ( le scandale du match d’Ouganda qu’ils croyaient sans enjeu), si pernicieux.

Et des joueurs intouchables vivant dans le luxe et qui, par le jeu de la chance, ont pu accéder à la Coupe du monde et à la CAN qui deviennent si accessibles. Tout ce décor morose, Mouine Chaâbani le connaît bien et s’en est servi pour venir. Et maintenant, il nous raconte des histoires à dormir debout. Qu’il arrête cette comédie noire et ce dévastateur déni qui ne servira à rien. Avouons la réalité, ce sera la première étape d’une longue thérapie en profondeur.

Auteur

Rafik EL HERGUEM

You cannot copy content of this page