Editorial

Al-Aqsa : jusqu’où ira le fait accompli ?

  • 7 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Al-Aqsa : jusqu’où ira le fait accompli ?

Il faut décidément beaucoup de patience au droit international pour survivre à tant de transgressions. A Al-Aqsa, à Al-Qods occupée, des centaines de colons sionistes ont fait irruption dans la mosquée, sous la protection des forces d’occupation. Une scène qui devrait provoquer un tollé. Pourtant, on pense qu’elle risque de rejoindre la longue liste de ces provocations dont on s’indigne quelques heures avant de passer à autre chose.

Mohamed Ahmed Al Yamahi, président du Parlement arabe, a fermement condamné cette incursion, la qualifiant de violation flagrante du caractère sacré de la mosquée et du statu quo historique et juridique qui régit les lieux saints d’Al-Qods. Il a vigoureusement appelé à des mesures concrètes et urgentes.

Le problème n’est plus seulement l’incursion, mais sa répétition, sa banalisation. Et, surtout, la mécanique politique qui l’accompagne : provoquer, tester les réactions, franchir une nouvelle ligne rouge, puis recommencer jusqu’à ce que l’inacceptable finisse par devenir presque ordinaire. C’est ainsi que fonctionne le fait accompli.

Ce qui était hier une transgression devient aujourd’hui une pratique tolérée, avant de prétendre demain au statut de réalité irréversible. A Al-Aqsa, cette mécanique est particulièrement dangereuse. Derrière les incursions de colons, derrière leur présence protégée par les forces d’occupation, se dessine la volonté de modifier progressivement l’identité et les usages de l’un des lieux les plus sacrés de l’islam.

Et lorsqu’on évoque la possibilité d’imposer une division temporaire et spatiale de la mosquée, il ne s’agit pas d’une simple provocation, mais d’un projet de transformation.

Le mot «temporaire» devrait d’ailleurs alerter tous ceux qui connaissent l’histoire de l’occupation. Dans cette région, le provisoire a souvent une étrange manière de durer, une mesure exceptionnelle peut devenir une règle ; une restriction peut devenir une frontière. Une présence peut devenir une appropriation. Et une violation répétée peut finir par être présentée comme le nouvel ordre des choses.

Pendant ce temps, la communauté internationale observe, condamne, «exprime sa préoccupation» et retourne à ses dossiers.

Voilà peut-être le véritable scandale : cette extraordinaire capacité du monde à s’émouvoir sans agir. Les mêmes capitales qui invoquent à longueur de discours le droit international semblent découvrir, lorsqu’il s’agit de l’Etat sioniste, une prudence à géométrie variable. Les principes deviennent comme par magie négociables, les lignes rouges extensibles et les résolutions, facultatives.

Al-Aqsa n’est pas un simple bâtiment religieux. Son statut touche au cœur d’Al-Qods, de son histoire, de son identité et de son équilibre déjà profondément meurtri ; toute tentative d’en modifier les règles constitue une provocation dont les conséquences dépassent largement les murs de la mosquée.

Le monde connaît le scénario, il l’a vu se dérouler ailleurs, sur les terres palestiniennes, dans les colonies, dans les territoires occupés, dans les déplacements forcés et dans les multiples atteintes au droit international. A chaque fois, l’urgence est proclamée ; l’action est repoussée. Et, à chaque fois, la réalité sur le terrain avance d’un pas. A Al-Aqsa, le temps presse.

Car lorsque la violation devient habitude, celle-ci devient norme, et lorsque celle-ci devient réalité, ceux qui auraient pu l’empêcher expliquent ensuite qu’il est trop tard.

Il ne faut pas laisser l’histoire d’Al-Aqsa s’écrire ainsi : pierre après pierre, incursion après incursion, silence après silence.

Condamner ne suffit plus. Il faut agir avant que le fait accompli ne devienne, une fois encore, la seule réalité que le monde prétend ne plus pouvoir changer.

Auteur

Hamma Hannachi

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