La direction régionale de la santé de l’Ariana, le laboratoire de recherche «Santé populationnelle, agresseurs environnementaux, thérapies alternatives» ainsi que le service de médecine du travail et des maladies professionnelles de l’hôpital Abderrahmane-Mami ont organisé, mardi dernier, à la médiathèque Medis à Tunis, une journée de formation sur les cancers gynécologiques ayant pour slogan : «S’informer, pour mieux prévenir et mieux soigner».
La Presse — Cette activité épouse le principe de l’Octobre rose de lutte contre le cancer du sein. Nul ne doute de l’impératif de dépister les cancers qui menacent la santé publique, et ce, dans l’optique de les traiter à temps et de multiplier les chances de guérison.
Les cancers gynécologiques, à l’instar de la majorité des maladies cancéreuses, évoluent silencieusement. A défaut d’une information et d’une sensibilisation à même d’aviser la population, en général, et celle à risque, en particulier, ces maladies sont diagnostiquées à des stades nettement avancés.
Absence de dépistage et facteur héréditaire
Le Dr Inès Ben Safta, cancérologue à l’hôpital Salah-Azaïez, a consacré sa première présentation à l’épidémiologie et aux facteurs de risque des cancers gynécologiques. Chez la femme, le cancer du col utérin vient en deuxième position après celui du sein. Son principal facteur de risque demeure l’absence d’un dépistage précoce.
Il existe, par ailleurs, d’autres cancers qui affectent l’appareil gynécologique dont celui de l’endomètre. La cancérologue insiste sur l’impératif d’un diagnostic via une échographie endovaginale pour tout saignement post-ménopausique. S’agissant du cancer de l’ovaire, une échographie pelvienne est recommandée en cas de troubles digestifs vagues et persistants chez la femme âgée de plus de cinquante ans.
La spécialiste rappelle le facteur génétique, lequel doit être pris au sérieux. Aussi, une enquête sur les antécédents familiaux est-elle toujours de mise dans le but d’orienter précocement vers la consultation d’oncogénétique en cas de présence du gène Brca1/2 Lynch.
HPV : une infection favorable aux cancers
Ensuite, elle a parlé de la corrélation entre le HPV et les cancers gynécologiques. Etant une infection sexuellement transmissible (IST), le HPV provoque des lésions. Ces dernières sont souvent transitoires. Elles sont éliminées en une ou en deux années, et ce, dans 90% des cas.
Néanmoins, en cas de HPV persistant, notamment les HPV 16 et 18, l’infection persiste et risque, via la présence de cofacteurs, de causer des lésions cancéreuses dépistables et traitables. Ces cofacteurs sont le tabac, la contraception orale, l’immunodépression, la multiparité ou le nombre élevé de grossesses, une vie sexuelle précoce et des partenaires multiples ainsi que les co-infections.
Mais dans d’autres cas, des cancers invasifs peuvent surgir notamment le carcinome épidermoïde ou l’adénocarcinome. Il est à savoir qu’entre l’infection persistante et le cancer invasif, une durée de dix à vingt ans s’écoule, d’où l’impératif du dépistage.
HPV : cancer du col à 100% et de l’anus à 90%
La corrélation entre le HPV et les cancers n’est, donc, pas négligeable. En effet, l’infection par HPV est considérée comme l’un des facteurs à risque de plusieurs cancers, notamment le cancer de la sphère ORL et des Vads, le cancer du pénis, les verrues ano-génitales, le cancer de l’anus, le cancer du col utérin, le cancer de la vulve et du vagin. Cela dit, le cancer gynécologique le plus lié au HPV est le cancer du col de l’utérus (100%).
Il est néanmoins suivi d’un autre cancer qui n’est pas gynécologique qu’est le cancer de l’anus (90%). Le Dr Ben Safta rappelle que la persistance d’un HPV cause la quasi-totalité des cancers du col mais pas de l’endomètre ni de l’ovaire. Quoi qu’il en soit, tout saignement anormal impose un examen au spéculum et une biopsie.
La transition entre cette infection et le cancer survient suite à l’inactivation des deux protéines clés, notamment la p53 et la pRb, ce qui engendre la perte de la régulation du cycle cellulaire et de l’apoptose. L’ADN se trouve altéré. Il cède la place à un ADN viral, propice aux mutations cellulaires, à l’instabilité génomique et à la transformation maligne.
Les bonnes pratiques pour le médecin et le patient
Prenant la parole à son tour, le Dr Raouia Ben Amor, assistante hospitalo-universitaire en radiothérapie oncologique à l’hôpital Abderrahmane-Mami, a consacré son intervention au cancer du col de l’utérus en insistant sur le parcours thérapeutique depuis la consultation de médecine générale jusqu’au suivi après traitement.
Partant d’un exemple de patiente ayant consulté pour des saignements succédant aux rapports sexuels, la docteure a expliqué les différentes étapes du diagnostic, l’option pour les examens les plus convenants à ce cas tout en prenant en considération les données spécifiques à la patiente, notamment le nombre d’enfants, l’âge du premier enfant, les comportements à risques comme le tabagisme ainsi que les examens de dépistage préalablement réalisés, etc.
Misant sur l’interactivité avec l’assistance, elle a réussi à passer plusieurs messages d’ordre préventif, thérapeutique et organisationnel. Il convient, en effet, pour toute femme, de procéder au dépistage et aux examens de contrôle afin de prévenir les éventuels cancers. Il est recommandé, également, de prendre toute gêne gynécologique au sérieux et de prendre l’avis du médecin traitant sans aucune hésitation.
L’oratrice a rectifié certains réflexes médicaux en clarifiant les indications de certaines techniques de diagnostic. Enfin, elle a appelé à la coopération entre les différentes disciplines médicales pour une prise en charge efficiente et un suivi infaillible.



