Hédi Bakkour, président de la Chambre nationale des grandes surfaces, a révélé mardi que des concertations intenses et sérieuses sont en cours avec le ministère du Commerce et les différentes parties prenantes. L’objectif est de parvenir à des solutions concrètes permettant de proposer une gamme de produits de consommation essentiels à des prix adaptés au pouvoir d’achat des familles tunisiennes.
La Presse — Bakkour a indiqué que l’approche actuelle consiste à sélectionner une gamme complète de produits — incluant des denrées alimentaires, des articles d’entretien et des produits de beauté — en coordination directe avec les industriels et les fournisseurs.
Il a ajouté qu’une nouvelle réunion de travail se tiendra cette semaine afin de finaliser la liste des produits qui feront l’objet de réductions. Il a précisé que cette démarche s’effectue sous la supervision directe du ministère du Commerce, garantissant ainsi l’obtention de prix justes et compétitifs, dans l’intérêt du consommateur.
A propos de cette initiative, il faudrait se poser la question fondamentale que tout un chacun se pose : les grandes surfaces sont-elles convaincues qu’elles ont un rôle social majeur en s’impliquant dans la vie locale et la solidarité qu’impose une entité extrêmement importante, dont le rayonnement s’étend sur tout le territoire de la république. ?
Si oui, elles sont en mesure d’agir pour soutenir le pouvoir d’achat, la création de liens de proximité et même l’insertion professionnelle de la population qui les entoure. Sans parler de la lutte contre le gaspillage alimentaire, car comme tout un chacun le sait, de grosses quantités de produits alimentaires sont régulièrement jetées en raison de la date de péremption ou pour d’autres raisons.
Ces produits feraient l’affaire de bien des maisons de retraite et autres institutions de bienfaisance du genre. Il ne s’agit pas bien sûr de leur servir des produits dangereux pour la santé, mais ceux qui sont à l’avant-veille de leur retrait forcé pour dépassement des dates portées sur l’emballage.
Réguler le marché
D’ailleurs, une grande surface opère efficacement en réduisant considérablement le prix de vente. Et tout en se débarrassant d’un stock en souffrance, elle aide et soutient le consommateur.
Au lendemain de l’indépendance, l’Etat était déjà sensible à cet effort de solidarité. Il avait créé l’ex-Stil qui englobait la chaîne Magasin Général, l’industrie laitière et le secteur des dattes.
On a « liquidé » les trois secteurs pour ouvrir la voie aux privés, mettant un terme au rôle régulateur qui s’exerçait au niveau des prix de référence en ce qui concerne les produits de grande consommation et surtout les laitages. Ce qui fait que de nos jours, une famille ne peut plus acheter plus d’une fois par semaine (et encore !) du yaourt, du fromage, des pâtes fraîches, etc.
aux prix où ils sont mis à la vente. On a tout simplement détruit tout un réseau de distribution régulateur qui rayonnait sur toute la république. L’importation des produits tels que les bananes était dévolue à l’ex-Stil, qui les mettait en vente à un prix abordable qui couvrait seulement ses frais fixes. Ces bananes sont devenues, hérésie du sort, un produit de luxe.
Elles ne seront pas perdantes
Disons-le tout de suite, les grandes surfaces, en consentant leur soutien au pouvoir d’achat des citoyens, ne seront pas perdantes. Ce sera pour elles une opération publicitaire gratuite qui sera engagée et qui ne connaîtra pas de fin. Elle vaut largement l’édition de ces catalogues qui ne veulent plus rien dire.
Les produits dont elles décideront la réduction des prix deviendront par la force des choses des produits d’appel. On viendra dans la grande surface du coin pour acheter du poulet, mais au passage, on achètera d’autres produits. On voit rarement un client entrer dans une grande surface et en sortir sans deux trois produits achetés à l’occasion de ce passage.
L’astuce de l’emballage
Alors que dans tous les pays du monde (cela fait partie des vœux du nôtre), on a mis fin à l’emballage de bien des produits, que la clientèle se présente avec ses propres emballages à usage multiple, nos grandes surface dépècent le poulet ou débitent en morceaux les viandes rouges, pour les mettre et les emballer dans des raviers.
En doublant, voire en triplant le prix. Donc que l’on commence par mettre un terme à ces emballages et que l’on respecte les prix édictés par le ministère du Commerce, sans s’ingénier à les détourner par des artifices comme l’emballage ou autres. Si elles veulent vraiment aider les ménages modestes.
Elles pourraient nouer des partenariats avec des associations caritatives pour donner les produits proches de la date de péremption ou organiser des collectes (ce qui est en voie).
Mettre en avant les productions locales et valoriser le travail des agriculteurs et artisans de la région ou du pays et, bien sûr, comme dit plus haut, lutter contre le gaspillage en réduisant les déchets, en bradant les produits du jour ou en les revalorisant plutôt que de les jeter.
Le consommateur qui se plaint des conditions actuelles est de ceux qui ont besoin de produits alimentaires et non de lessive, de beauté, de maquillage, de confort, etc. De toutes les manières, ces produits coûtent moins cher chez l’épicier du coin.
Il nous semble qu’il faudrait aller droit au but et non tourner autour du pot. Cette initiative intégrerait les grandes surfaces dans le giron de ceux qui ont accepté de lâcher du lest en cette période difficile.
Elles sont appelées à durer et surtout ont besoin de volontarisme et de sensibilité envers ceux qui en ont besoin.



