Sport équestre – Sidi Amor-Bouhajla : le pur-sang arabe cherche sa piste…
Entre élevage du pur-sang arabe, préservation du cheval barbe et ambitions hippiques, la région de Kairouan dispose d’un savoir-faire qui pourrait servir de socle à un véritable pôle équestre. Reste à concrétiser le projet d’un hippodrome et d’un centre équestre.
La Presse — Dans la plaine de Kairouan, le cheval porte une mémoire, une culture et une promesse économique. À Sidi Amor-Bouhajla, la passion de l’élevage se transmet de génération en génération, entretenue par des hommes attachés à leurs lignées et à un savoir-faire qui confère au pur-sang arabe et au cheval barbe une place particulière dans le patrimoine équestre tunisien. Pourtant, cette vocation peine encore à trouver les infrastructures nécessaires à son plein développement sportif.
Ici, le cheval ne relève pas seulement de la tradition. Il constitue aussi une ressource susceptible d’alimenter une filière associant élevage, entraînement, compétitions, formation et activités économiques connexes. Mais entre le potentiel des éleveurs et la structuration d’un véritable secteur hippique, un maillon essentiel fait défaut : des équipements adaptés aux ambitions de la région.
Un patrimoine à valoriser
« Le pur-sang arabe n’est pas uniquement une race ; c’est un patrimoine génétique, culturel et économique », rappelle Lassaâd Souaï, spécialiste tunisien du pur-sang arabe.
Cette conviction résume les enjeux d’une filière dont la valeur dépasse les seuls résultats sportifs. La qualité des lignées, la sélection des reproducteurs et la transmission des connaissances constituent des acquis à préserver et à valoriser. Le pur-sang arabe, avec ses aptitudes reconnues à l’endurance et aux courses, côtoie dans cette tradition le cheval barbe, réputé pour sa robustesse et son agilité, deux races qui participent à la richesse du patrimoine maghrébin.
Pour Lassaâd Souaï, Sidi Amor-Bouhajla dispose d’atouts susceptibles de soutenir une ambition nationale. « La région dispose d’éleveurs expérimentés, d’une tradition authentique et d’un environnement favorable. Avec une structure adaptée, elle pourrait devenir un pôle national de référence dans l’élevage et les activités hippiques ».
L’enjeu consiste désormais à donner une dimension plus structurée à cette vocation, en rapprochant le travail des éleveurs des exigences de la préparation sportive et des circuits de compétition.
Un hippodrome, au-delà de la piste
L’aménagement d’un hippodrome apparaît, dans cette perspective, comme un projet structurant. Deux sites sont évoqués : la région de Chouayhiya, sur l’axe reliant Sidi Amor-Bouhajla à Cherarda, et la plaine de Nasrallah, à proximité du Djebel Nasrallah. Le choix de l’implantation nécessiterait toutefois une étude technique, foncière et économique approfondie. Au-delà de la piste elle-même, un tel équipement pourrait offrir aux éleveurs un cadre de rencontre, de valorisation de leurs chevaux et d’organisation de manifestations hippiques. Il contribuerait également à renforcer la visibilité des élevages locaux et à créer des passerelles entre les professionnels, les entraîneurs et les acteurs du sport équestre.
La réussite d’un tel projet dépendrait néanmoins de sa conception et de son modèle de gestion : coûts d’investissement et d’entretien, calendrier des compétitions, accessibilité, équipements vétérinaires et capacité à mobiliser des partenaires publics et privés. L’ambition ne peut se limiter à construire une infrastructure ; elle doit viser à faire vivre durablement une filière.
Un centre équestre pour former les cavaliers de demain
À l’hippodrome devrait s’ajouter un centre équestre, complèment indispensable pour élargir la pratique et préparer la relève. Une telle structure pourrait accueillir les jeunes, proposer des cours d’équitation et favoriser l’apprentissage des disciplines équestres, tout en développant des compétences dans les soins, l’entraînement et l’encadrement des chevaux.
Le développement du sport équestre ne saurait cependant se concevoir sans une attention constante au bien-être animal, à la qualification des encadrants et aux exigences sanitaires et techniques propres aux installations accueillant des chevaux.
Pour Lassaâd Souaï, la valorisation de l’élevage équin suppose aussi de tenir compte des spécificités régionales, plutôt que d’appliquer partout des modèles identiques. «On ne construit pas une filière à partir de rien. À Sidi Amor, la matière première existe déjà outre le savoir-faire humain et la passion du cheval ».
À Sidi Amor-Bouhajla, le défi est ainsi de transformer une tradition vivante en une filière mieux organisée, capable de préserver ses lignées, de promouvoir ses chevaux et d’ouvrir de nouvelles perspectives sportives à la jeunesse.
Le pur-sang arabe et le cheval barbe ont déjà leur place dans l’histoire équestre de la région. Pour que cette histoire s’écrive aussi sur les pistes de compétition et dans les centres de formation, il reste à faire du projet d’hippodrome et de centre équestre une ambition collective, construite sur les réalités du terrain.



