Femmes dans le milieu agricole : Des actrices clés du développement socioéconomique
La contribution des femmes rurales au développement agricole, à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté demeure essentielle. À travers la conservation des semences, la protection de la biodiversité, la gestion de l’eau et la restauration des terres, elles jouent un rôle déterminant dans la préservation des ressources naturelles. En Tunisie, malgré leur place centrale dans l’activité agricole, leur travail reste souvent peu reconnu et marqué par la précarité, faisant de leur autonomisation économique un enjeu majeur de développement.
La Presse — En cette journée, tous les pays célèbrent leurs savoirs et leur leadership dans la construction d’un avenir plus résilient. Les femmes rurales, dont la majorité dépend des ressources naturelles et de l’agriculture pour leur subsistance, représentent plus d’un quart de la population mondiale totale. Dans les pays en développement, elles représentent 43% de la main-d’œuvre agricole, et elles produisent, transforment et préparent la plupart des aliments qui sont disponibles, ce qui signifie que la responsabilité en matière de sécurité alimentaire leur incombe principalement.
Actrices de prospérité
Selon Alexandre Huynh, représentant de la FAO, « les femmes agricultrices exercent chaque jour un travail de soins silencieux, qui tient debout nos systèmes alimentaires et enracine notre rapport à la terre. Reconnaître ces femmes ne consiste pas à leur dédier un jour, puis à les oublier. Les reconnaître, c’est leur donner les moyens de démultiplier la valeur de ce qu’elles font déjà, et de devenir les actrices de la prospérité. C’est concrétiser leur accès au foncier, au crédit, aux marchés, et les écouter sur ce qu’elles identifient elles-mêmes comme prioritaires. C’est investir dans leurs coopératives ». Et d’ajouter «il faut comprendre que leur autonomisation économique n’est pas une politique de bienveillance, c’est un moteur puissant du développement économique des territoires, et l’une des clefs de la sécurité alimentaire des pays ».
Autonomisation économique
Les efforts engagés pour renforcer l’autonomie économique des femmes rurales et valoriser leur contribution au développement économique et social sont un chantier mis en avant depuis des années en Tunisie en vue de renforcer leurs capacités, leur accès à la formation et l’accompagnement de leurs initiatives entrepreneuriales afin de leur permettre de développer des activités génératrices de revenus et de contribuer davantage à la création de richesse. Cette autonomisation économique constitue un axe majeur du plan d’action du secteur agricole.
Selon les données officielles, les femmes représentent près de 35 % de la population rurale en Tunisie et constituent plus de 75 % de la main-d’œuvre dans le secteur agricole.
Elles nourrissent, mais restent dans l’ombre…
La présence de la femme rurale tunisienne accompagne les grandes saisons agricoles, de la récolte des olives au ramassage des légumes, en passant par les activités des exploitations familiales et la transformation alimentaire. Pourtant, cette contribution demeure insuffisamment reconnue.
Selon le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), la Tunisie compte environ 91.000 ouvrières agricoles. Parmi elles, 93% occupent un emploi non permanent et 92 % ne bénéficient pas d’une couverture sociale, selon un diagnostic publié le 15 juillet 2026 à partir d’enquêtes de terrain menées en 2024. Ces chiffres concernent les ouvrières agricoles et non l’ensemble des femmes qui participent à l’agriculture. Ils ne recensent donc pas nécessairement toutes les exploitantes, les aides familiales non rémunérées ou les femmes actives dans la transformation et la commercialisation des produits.
Cette distinction est essentielle : une partie du travail féminin reste invisible parce qu’elle s’effectue au sein des exploitations familiales, sans salaire distinct ni statut professionnel clairement reconnu.
L’inégalité apparaît aussi dans l’accès aux ressources. Selon des données présentées par la FAO fin mars 2026, les femmes représentent 50,4 % de la population rurale tunisienne, tandis que seulement 5 % de la superficie agricole est exploitée par des femmes. « Ces deux indicateurs ne mesurent pas la même réalité, mais leur contraste souligne l’importance des questions foncières et de l’autonomie économique ».
Reconnaissance
Reconnaître les femmes rurales agricultrices, ce n’est pas seulement saluer leur courage. C’est leur garantir des droits effectifs, des revenus dignes, une protection sociale accessible, des conditions de travail favorables et une véritable capacité à décider de leur avenir.
Les efforts sont actuellement centrés un peu partout dans le monde sur l’autonomisation des femmes rurales pour leur permettre de prendre leur vie en main, renforcer leurs capacités en matière de gestion, valorisation et commercialisation de leur production et, par là, mieux les intégrer dans la vie économique et sociale.



