Editorial

Baisse des prix : le défi du dernier kilomètre

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  • 30 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Baisse des prix : le défi du dernier kilomètre

A partir de ce week-end, les grandes surfaces vont appliquer une baisse de prix sur une sélection de produits de consommation courante, à la suite d’un accord conclu avec le ministère du Commerce. C’est une bonne nouvelle ! Dans un pays où chaque dinar compte et où les ménages scrutent les étiquettes avec autant d’attention qu’ils consultent leur relevé bancaire, toute initiative susceptible d’alléger le panier de la ménagère mérite d’être saluée.

Soyons honnêtes : les grandes surfaces ne seront pas les perdantes de cette opération. Bien au contraire. Les produits concernés deviendront des produits d’appel. Le consommateur poussera la porte pour acheter un poulet, de l’huile ou du lait à prix réduit, puis repartira avec plusieurs autres articles dans son chariot. C’est la règle du commerce moderne. Tout le monde y trouve son compte, à commencer par le client.

Encore faut-il que ce geste s’inscrive dans une démarche durable. Il serait également souhaitable que certaines pratiques disparaissent. Parmi elles, l’art de transformer un produit ordinaire en produit de luxe par le simple miracle du découpage et de l’emballage. Un poulet entier affiché à un prix raisonnable finit parfois, une fois découpé en morceaux et disposé dans des raviers, par coûter deux ou trois fois plus cher. Le consommateur n’est pas dupe.

Mais la véritable question est ailleurs. Elle est même au cœur du problème du pouvoir d’achat: quand cette baisse des prix atteindra-t-elle l’épicier du coin ?

Car le véritable maître des prix, dans la vie quotidienne des Tunisiens, ce n’est pas l’hypermarché que l’on fréquente une fois par semaine. C’est la petite épicerie du quartier où l’on achète chaque jour le pain, les yaourts, les boissons, les conserves ou les pâtes. C’est elle qui fixe souvent le tempo. C’est elle qui fait la pluie et le beau temps sur des milliers de produits de consommation courante.

Or, les expériences passées ont montré que les décisions prises au sommet peinent parfois à franchir le dernier kilomètre. Entre les circulaires, les recommandations et la réalité des rayons, il existe souvent un fossé. Le consommateur le sait. Le ministère du Commerce aussi.

C’est là que se trouve le véritable défi. Obtenir l’adhésion des grandes surfaces est une première étape. Faire respecter la baisse des prix dans les milliers de commerces de proximité du pays en est une autre, bien plus difficile. C’est sur ce terrain, celui des petits commerces qui façonnent le quotidien des Tunisiens, que se jouera le succès réel de cette mesure.

Car une baisse des prix n’a de valeur que lorsqu’elle est visible partout, et surtout au coin de la rue.

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Auteur

Salem Trabelsi

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