Tourisme tunisien : l’IACE propose cinq orientations pour transformer les atouts en valeur
Accessibilité, diversification, compétences, numérique et données : à partir du classement mondial du Forum économique mondial, l’institut identifie deux contraintes et trois leviers. Ses recommandations relèvent de son analyse et ne constituent aucune mesure engagée.
Plutôt que de commenter un rang, l’IACE déplace la question vers les conditions qui permettent au tourisme tunisien de se développer. Dans sa note consacrée au Travel & Tourism Development Index 2026, l’institut juge que l’enjeu n’est pas d’améliorer uniformément tous les indicateurs, mais d’identifier les contraintes qui freinent la transformation des atouts existants en accessibilité, en offre diversifiée et en valeur créée.
La première contrainte concerne l’accessibilité et la connectivité. Les infrastructures de transport aérien obtiennent 2,2 sur 7, les infrastructures terrestres et portuaires 2,5, soit deux des scores les plus faibles du profil tunisien. L’indice ne permet pas d’établir de lien de causalité avec les performances touristiques, précise l’IACE, mais il révèle une fragilité persistante des conditions d’accès et de circulation. L’institut rappelle aussi, d’après le Forum économique mondial, que la connectivité physique n’est qu’une composante de l’accessibilité : l’ouverture des destinations, les politiques de visas et la gestion des frontières comptent également.
La seconde contrainte est la diversification et la création de valeur. Les ressources naturelles (3,1) et culturelles (3,4) se situent légèrement au-dessus des moyennes mondiales respectives de 3,0 et 2,5. Les ressources autres que de loisirs (2,5), qui reflètent notamment la présence de villes internationales, de grandes entreprises ou d’établissements d’enseignement supérieur de premier plan, restent sous leur moyenne mondiale de 2,7. Pour l’IACE, le sujet est moins le stock d’actifs que leur valorisation économique.
Trois leviers transversaux doivent soutenir ces priorités. Les ressources humaines et le marché du travail atteignent 3,5, pour une moyenne mondiale de 4,3, sans que l’indice permette de conclure à une pénurie généralisée de compétences. La préparation aux technologies de l’information plafonne à 3,8, contre 5,2 en moyenne mondiale. Cet indicateur mesure les fondations numériques du pays et non la capacité des entreprises touristiques à les exploiter, une distinction que l’IACE juge importante, notamment face à l’essor de l’intelligence artificielle, dont l’adoption peut être limitée pour les PME. La priorisation du secteur, à 3,4 contre 4,5 dans le monde, évalue la façon dont les pouvoirs publics promeuvent, suivent et financent le tourisme, à travers les dépenses publiques, l’exhaustivité et l’actualité des données et la stratégie de marque nationale.
L’IACE formule cinq orientations, qu’il présente comme sa propre lecture des écarts et non comme une reprise des recommandations du Forum économique mondial. En priorité, il propose de cartographier les déficits de connectivité par marché émetteur et par territoire, de réorienter les incitations à la desserte aérienne vers des marchés et périodes au potentiel documenté, avec des mécanismes évaluables, et d’intégrer l’accessibilité dans la programmation des investissements. Il suggère ensuite une stratégie de diversification par segments et territoires, visant à augmenter la dépense, allonger les séjours et réduire la saisonnalité, ainsi qu’un dispositif associant collectivités, entreprises et investisseurs pour valoriser les actifs sous-exploités.
Sur les leviers, l’institut recommande une veille régulière sur les métiers, des formations courtes et de reconversion, un diagnostic national de maturité numérique des entreprises, des outils mutualisés d’accès à l’IA pour les petites structures, et un tableau de bord national de performance touristique couvrant fréquentation, dépense, valeur créée, saisonnalité, emploi, répartition territoriale et indicateurs environnementaux.
L’IACE précise que le passage du diagnostic à la réforme suppose de documenter les causes des écarts, de les confronter aux réalités des entreprises et des territoires, puis d’évaluer les réponses possibles. Il présente la note comme un point de départ pour le plaidoyer.



