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« Il pleut, il plaint, il rage » de Charles Brécard : Une danse à vif, entre rage et rédemption

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  • 2 novembre 2026
  • 4 min de lecture
« Il pleut, il plaint, il rage » de Charles Brécard : Une danse à vif, entre rage et rédemption
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Présentée le 26 octobre 2026 au théâtre du 4e Art à Tunis dans le cadre de Jaou Tunis, « Il pleut, il plaint, il rage », la création chorégraphique de Charles Brécard (originaire de Kanaky/Nouvelle-Calédonie et basé entre Montréal et Paris ) déploie une poétique du déchirement. Seul sur scène mais submergé par une polyphonie de fantômes et de colères, l’artiste brasse danse, poésie orale et présence physique pour transformer la scène en un brasier cathartique.

La Presse — Dès les premiers instants, la scène se fait le théâtre d’un rituel d’apparitions/disparitions. À travers un vertige de métamorphoses et de figures symboliques, l’interprète glisse d’une créature en pleine dissolution vers l’épure d’un moine délicat, muant sans transition de la grimace grotesque à la stature du vaillant conquérant. Le corps du danseur , façonné par sa pratique fluide mais éminemment nerveuse, semble constamment sur le fil du rasoir, oscillant entre l’abandon de soi et la possession. Accompagnant son propre texte, récité comme un mantra ou un « crachat », Brécard ne mime surtout pas la parole, il la canalise pour lui donner une matérialité organique. Quand la voix (enregistrée) lance « j’oracle, je racle et je crache », le mouvement se fait anguleux, viscéral, heurté. Chaque contraction musculaire traduit cette volonté d’extirper du fond des entrailles un savoir interdit, une mémoire étouffée. Son corps est le seul matériau qu’il déploie sur scène avec une maîtrise saisissante des dynamiques et une fluidité du geste (issue d’une méthode qu’il a développée, nommée « Fluidify ») qu’il brise régulièrement par des ruptures nettes, des pulsations corporelles qui miment le bouillonnement intérieur. Loin de toute posture cynique ou de la simple lamentation, la proposition de Charles Brécard érige la rage en acte de réappropriation du monde. « D’un cri ardent, j’appelle la rage/Car c’est avec elle que le monde m’appartient », de cette phrase, il fait un manifeste chorégraphique. La rage n’ y est pas représentée comme une force destructrice gratuite, mais comme la condition sine qua non de la survie et de la clarté. C’est l’énergie primordiale et primale qui permet d’extraire le corps de l’engourdissement généralisé, de l’apathie régnante et dévorante. La mise en scène joue avec une grande finesse sur les contrastes textuels et physiques. Brécard investit l’espace avec une présence tellurique, balayant la scène comme la tempête qu’il invoque. Le climax émotionnel de la pièce réside dans son virement final, après une salve de cris déchirants, vers la prière et le lâcher-prise. Face à ce qu’il nomme la «  vallée apathique », métaphore d’une humanité résignée et spectatrice de sa propre perte, le danseur offre une performance d’une vulnérabilité désarmante. L’orage laisse place à « l’amère pluie », un flux de mouvements suspendus et circulaires où le geste cherche le réconfort autant qu’il demande grâce. C’est dans cet ultime abandon que la pièce révèle toute sa portée poétique et politique. Charles Brécard ne cherche pas à colmater les brèches ou à rassurer le public, mais nous invite à traverser le brasier, à accepter le chaos des métamorphoses pour enfin espérer la paix : « Tandis que dans notre vallée apathique, nous nous réjouissions que tout s’efface. Que tout s’effondre.

Et que des cendres, puisses-tu nous pardonner et qui plus est, Nous laisser valser en paix »

Il est ce fleuve rugissant qui s’écrase contre les écumes salines pour « Devenir un Océan »… Une valse ultime au milieu des décombres émotionnels, intense et salutaire, qui aura laissé le public du 4ème Art suspendu à ce dernier souffle de fumée. Une standing ovation bien méritée.

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Auteur

Meysem MARROUKI

Journaliste à la rubrique Culture de La Presse de Tunisie, Meysem Marrouki suit l’actualité artistique du pays : théâtre, arts plastiques, musique et art contemporain. Elle couvre les grands rendez-vous culturels, de Jaou Tunis aux Oasis Days de Gabès en passant par le Festival national du théâtre tunisien, et mène des entretiens avec des figures de la scène artistique tunisienne et internationale.

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