Editorial

Pharmacies privées : la crise cyclique du tiers payant

Avatar photo
  • 2 novembre 2026
  • 3 min de lecture
Pharmacies privées : la crise cyclique du tiers payant
2 min de lecture

UN air de déjà-vécu, avec l’annonce, ce vendredi, par le Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées, de la suspension du système du tiers payant au profit des assurés de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), à compter du 1er novembre 2026. Dans son communiqué, la structure professionnelle évoque le non-respect persistant des engagements contractuels de la Caisse et l’absence de solutions concrètes pour garantir la continuité de ce service.

Dès lors, les assurés devront avancer le prix intégral des médicaments. Pourtant, l’Instance nationale élargie du Syndicat avait fixé à la fin de la semaine pour trouver un règlement. Les démarches n’ont pas abouti, malgré un avertissement dès le 19 octobre. Par ailleurs, le syndicat dénonce la pression fiscale sur les officines et le défaut d’encadrement des activités non réglementées.

En réalité, cette suspension n’a rien d’exceptionnel. Le scénario se répète presque chaque fin d’année. Les retards de paiement s’accumulent, un ultimatum est lancé, le tiers payant est suspendu, puis des concertations aboutissent à des promesses d’échelonnement des arriérés qui ne sont pas tenues. Ainsi, les créances gonflent jusqu’à la prochaine rupture, et la confiance entre les partenaires s’érode.

Il faut bien préciser que l’enjeu est plus large. Il tient à la situation financière de la protection sociale, en particulier la Cnss et la Cnrps, confrontées à des déficits chroniques. Par effet domino, la Cnam, qui dépend de leurs équilibres, accumule les dettes. Celles-ci dépasseraient 200 millions de dinars envers les pharmacies, et près de la moitié des officines seraient menacées de faillite. Ces déficits sont attribués au vieillissement démographique, à la pression sur l’emploi formel et à la flambée des dépenses de santé.

Cette question n’est pas nouvelle. Elle avait été abordée en janvier 2026 par le Président de la République et le ministre des Affaires sociales. Le Chef de l’État avait alors demandé des solutions urgentes pour assurer la couverture santé de tous les assurés, quel que soit leur régime, ainsi qu’une nouvelle vision pour les caisses sociales, rompant avec les choix qui ont fragilisé leurs équilibres.

D’ailleurs, selon les experts, cette situation tient à des facteurs structurels, notamment l’économie informelle, qui emploie des personnes non affiliées à la protection sociale, plutôt qu’à une mauvaise gestion.

En définitive, tant qu’une réforme de fond du financement, de la gouvernance et de l’apurement des dettes ne sera pas engagée, les accords ponctuels resteront des palliatifs. Les pharmaciens continueront d’encaisser le choc de trésorerie, et les assurés d’en payer le prix.

Avatar photo
Auteur

Samir DRIDI

You cannot copy content of this page