Le CAB au bord de la déchéance : Grandeur et déclin d’une institution
Photo : © Mokhtar HMIMA
Le Club Athlétique Bizertin est tombé bas dans sa gestion.
La Presse —Plus le temps passe et plus le grand club de la capitale du nord se trouve malmené par les siens. C’est le comble! Fondé en 1928, le CAB était un modèle de patriotisme. Sa rigueur dans la discipline à tous les points de vue est une fierté pour tous les Bizertins. Sur le plan sportif, pour ce qui nous concerne, le CAB a toujours donné des sensations à son large public malgré la rivalité avec l’autre club du temps du colonialisme, la Patrie Football Club Bizertin, fondé lui en 1922 et composé dans sa majorité de colons français et européens installés à Bizerte, alors base navale et militaire.
Cette situation, pour le moins contrariante, n’a pas empêché les Cabistes de remporter des titres de champions dans les années 1940. Les présidents Sfaxi Youssef, Sfaxi Hamda, Ben Cheikh Nejib, Baccouche Hedi, Ben Chedly Abderrazak, Terras Rachid, en passant par Sadok Belakhoua M’hamed Belhadj, Hamadi Baccouche, Mokhtar Tebourbi, Moncef Sifaoui jusqu’à Said Lassoued, Hichem Sta pour ne citer que ceux-là, ont tous défendu les intérêts du CAB. C’était le temps de l’amateurisme. Le CAB a enfanté, pendant cette longue période, des joueurs de grand talent tels les gardiens de but Manoubi Jeddi, Houcine El Bez, Harnif, Chetouane, les frères Bsiri, Haj Kacem, Ben Cheikh, Driss Haddad puis Ghazi Limam, les frères Mokrani, Mahouachi, Youssef Zouaoui, Khaled Guesmi, Ali Manai, Mellouli, Mourad Gharbi, Mondher Almia, Ben Doulet, feu Larbi Baratli, Hosni Zouaoui, feu Yassine Dziri, Mansour Shaiek, Moez Bejaoui, Abdallah Bejaoui jusqu’à la dernière et belle génération des Jabbari, Hatten Baratli, Adam Rjaibi et bien d’autres qui ont marqué de leur empreinte l’histoire du CAB. Voilà pour les supporters cabistes les plus nostalgiques.
Tout ce beau monde a fait la grandeur du CAB, une véritable école de football durant des décennies.
Cumul des problèmes…
Depuis plus de trente ans maintenant, si l’on excepte la Coupe de Tunisie du temps de la présidence de Mehdi Ben Gharbia remportée en 2013 contre l’ASM (2-1), le CAB n’a cessé de manger son pain noir.
Les présidents se sont succédé, Saidani, Samir Yaâcoub, ceux provisoires comme Amir Jaziri, Sami Belkahia, Mohamed Larbi, Riadh Mokdad à deux reprises et le nombre incalculable de joueurs recrutés n’ont rien apporté au club nordiste si ce n’est de faire de la figuration et jouer les trouble-fêtes sans plus. Le CAB n’est plus, malheureusement, cette école de football qu’on a tant admirée. Avec la multiplication des académies de football, cette discipline a dévié de sa mission de préparer des projets de joueurs de talent. Outre l’absence de trophées, c’est cette race de footballeurs qui sortent du lot et dont on a fortement besoin au CAB et par voie de conséquence en équipe de Tunisie. Le résultat immédiat de cette pénurie de pépites est que l’on assiste à un spectacle des plus médiocres sur le terrain, depuis un bon moment maintenant.
Tout a changé au CAB et même le public «Jaune et Noir» n’est plus ce qu’il était. Par le passé, tous les fans se connaissaient, chaque quartier de Bizerte réunissait les siens qui se déplaçaient en nombre au Stade Bsiri. Tout le monde était discipliné.
Aujourd’hui, au Stade 15-Octobre, il ne se passe plus un match où il n’y a pas de fumigènes ou de jet d’objets interdits dans nos stades en signe de joie ou de colère suivant les résultats des rencontres. C’est ce qu’on appelle la troisième mi-temps ! Il s’ensuit malheureusement un autre jeu dans les rues de Bizerte, un cache-cache entre les supporters et les agents de l’ordre.
Cette nouvelle situation marque une rupture avec l’ambiance de jadis, bon- enfant. Sur le plan des finances, le CAB court en permanence derrière les subventions mais il n’arrive pas à récolter le minimum vital pour pouvoir gérer le club sereinement. Des dettes qui fusent de toutes parts et des comités provisoires en permanence, d’où des sanctions, des menaces de relégation, des huis-clos…
Le niveau du débat au sein-même de la large famille cabiste est tombé bien bas.
La dernière affaire ayant trait aux dettes du CAB à l’égard de la famille de feu Ahmed Karoui, ex-président, en est la parfaite illustration. Bref, qu’il semble loin le temps de cette gloire propre au premier club qui a offert le premier titre continental à notre pays.



