Patrouilleur de Bizerte et véhicules électriques : Le savoir-faire tunisien prend son envol
Le Président de la République lors de sa visite à la ville de Bizerte le 15 octobre 2026 où il a inauguré le patrouilleur de fabrication tunisienne « Le Kairouan »
Du chantier naval de Bizerte aux lignes de production automobiles, le savoir-faire tunisien s’affirme. En quelques mois, un patrouilleur militaire entièrement construit dans le pays a été inauguré, une première cargaison de véhicules électriques tunisiens a pris la direction de l’Allemagne et une startup a dévoilé deux nouveaux modèles. Dans l’automobile, ces projets naissent dans un secteur déjà solide, celui des équipementiers. Ensemble, ces réalisations donnent corps à ce que souligne le Président Kaïs Saïed: la Tunisie ne se contente plus d’assembler, elle conçoit et fabrique.
La Presse — C’est à Bizerte que le message a été porté au plus haut niveau de l’État. Le jeudi 15 octobre 2026, à l’occasion du 63e anniversaire de la fête de l’Évacuation, Kaïs Saïed s’est rendu à la base navale principale de la ville. Il y a présidé l’inauguration d’un patrouilleur militaire construit en Tunisie par des compétences et une main-d’œuvre tunisiennes, en présence du ministre de la Défense nationale et des membres du Conseil supérieur des armées.
Le Chef de l’État a, rappelons-le, présenté ce navire comme une première étape vers la fabrication d’autres équipements, et non comme un aboutissement. Cette formulation inscrit le patrouilleur dans une trajectoire plutôt que dans un événement isolé. Elle s’accompagne d’un message clair sur ceux qui peuvent porter cette trajectoire. Pour Kaïs Saïed, c’est le peuple tunisien, à travers sa jeunesse, ses scientifiques et ses forces armées, qui dispose des capacités de création et d’innovation nécessaires. La place faite aux jeunes n’a rien d’anodin, puisqu’elle prolonge la confiance qu’il leur a manifestée à plusieurs reprises.
Kaïs Saïed a affirmé que le peuple tunisien, quand il en a la volonté, peut accomplir ce que d’autres tiennent pour inimaginable. Le patrouilleur en apporte la preuve, puisqu’il a été construit malgré les obstacles rencontrés à certaines étapes du projet. Le président attribue donc cette réussite à des compétences de haut niveau et à une détermination sans faille, ce qui revient à dire que le facteur décisif est humain avant d’être matériel.
Les obstacles, a-t-il assuré, seront surmontés, car la Tunisie a les moyens de ses ambitions et de sa souveraineté, qu’elle entend défendre en gardant son drapeau haut. Ce message vaut aussi pour les projets à venir, que le président annonce dans le domaine naval comme dans d’autres secteurs. Il relie ainsi clairement capacité industrielle et souveraineté : car si la défendre est un devoir sacré envers la patrie, produire chez soi devient une façon de la préserver.
L’automobile confirme la tendance
Ce discours trouve un prolongement concret dans l’industrie automobile, qui commence à porter ses fruits. Le 31 juillet 2026, une entreprise tunisienne a exporté vers l’Allemagne sa première cargaison de véhicules électriques fabriqués localement. Le ministère du Commerce et du Développement des exportations y voit une « étape qualitative », preuve que l’industrie tunisienne peut répondre aux exigences des marchés européens, où les normes techniques et environnementales sont très strictes. Cet envoi, qui suit l’obtention de la certification européenne de conformité (CE), s’inscrit dans l’action des autorités et du Centre de promotion des exportations (Cepex) pour accompagner les entreprises vers de nouveaux marchés.
Plus encourageant encore, le taux d’intégration locale de ce véhicule dépasse actuellement 40 %. L’utilisation de batteries, de câbles, de pièces en aluminium, de roues et de textiles produits directement en Tunisie illustre parfaitement ce passage progressif de la simple sous-traitance d’assemblage à une véritable chaîne de conception et de fabrication locale.
Certes, l’ambition n’est pas nouvelle puisque la première voiture conçue et fabriquée en Tunisie est apparue en 2006, avec Wallyscar. Près de vingt ans plus tard, d’autres entrepreneurs reprennent le flambeau.
On en parle peu, mais les équipementiers automobiles comptent aujourd’hui parmi les piliers de l’industrie tunisienne. En 2025, plus de 280 entreprises fabriquent des composants dans le pays, font travailler environ 120 000 personnes et exportent pour près de 3,9 milliards d’euros. Le secteur progresse de 19 % par an en moyenne depuis 2018 et pèse environ 4 % du PIB. Ses clients sont surtout européens : deux tiers des exportations vont vers l’Union européenne, dont 37 % vers la seule Allemagne. Fethi Sahlaoui, du ministère de l’Industrie, le résume d’une formule : une voiture sur dix vendue en Europe contient au moins une pièce fabriquée en Tunisie.
En définitive, le patrouilleur inauguré à Bizerte, les véhicules électriques exportés vers l’Europe et les nouveaux modèles annoncés par de jeunes entrepreneurs racontent une même histoire, celle d’un pays qui passe de l’assemblage à la conception. Portée par un secteur d’équipementiers désormais solide et par la confiance que le Chef de l’État accorde à la jeunesse et aux compétences nationales, cette dynamique commence à se traduire dans les faits. Mais ce n’est là qu’un début.



