Révision de l’accord d’association : Paris soutient Tunis
EN apportant son soutien à la révision de l’Accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne, Paris vient de franchir le Rubicon. Un partenariat plus équilibré, plus équitable, ajusté aux réalités économiques d’aujourd’hui. Voilà ce que Tunis réclame, et que la France accepte désormais d’appuyer. Le geste témoigne de la résilience d’une relation qui, malgré les épreuves et les aléas de la conjoncture, n’a cessé de se renouveler.
Mercredi, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue Mohamed Ali Nafti, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a apporté le soutien de la France à la démarche tunisienne de révision de l’Accord d’association avec l’Union européenne, au profit d’un partenariat “plus équilibré et plus équitable”. À Carthage, l’intransigeance de Kaïs Saïed n’est plus une simple posture. Elle est devenue la ligne directrice d’une diplomatie qui réclame, sans ambages, un changement de paradigme. Le message n’a pas varié, il a été porté auprès d’Emmanuel Macron en mars, du ministre allemand Johann Wadephul à Carthage, puis par le chef de la diplomatie tunisienne à New York.
Car l’asymétrie est criante. Notre pays fournit des matières premières et une main-d’œuvre qualifiée, mais se heurte à un protectionnisme tenace dès qu’il s’agit de ses fleurons agricoles, l’huile d’olive au premier chef. Tunis réclame l’accès à des marchés, des investissements à forte valeur ajoutée, et la conversion de dettes en projets tangibles, plutôt que l’engrenage d’un endettement perpétuel, dont le Président Kaïs Saïed estime d’ailleurs qu’une part a été « détournée de sa destination initiale ».
Second point de fracture, la migration. Obnubilée par le verrouillage de ses frontières, l’Europe a trop souvent cédé à la tentation d’externaliser la gestion des flux. La Tunisie oppose une fin de non-recevoir et refuse d’endosser le rôle de « gendarme » du Vieux continent. Une approche digne de ce nom doit s’attaquer aux causes profondes, le sous-développement et le manque d’opportunités, tout en combattant les réseaux de passeurs.
Réviser l’accord n’est ni un caprice protectionniste ni une surenchère. C’est un acte de souveraineté. Tunis ne cherche pas à rompre avec son premier partenaire, mais à bâtir une relation d’égal à égal. L’Europe doit comprendre que la stabilité de sa rive sud ne se fondera pas sur des accords surannés, mais sur un partenariat équitable, réciproque et respectueux de la dignité des nations.
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