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Phosphate tunisien : les investisseurs frappent à la porte, la relance se fait attendre

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  • 8 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Phosphate tunisien : les investisseurs frappent à la porte, la relance se fait attendre
5 min de lecture

L’intérêt américain pour le projet phosphatier Gasaat, dans le gouvernorat de Kasserine, vient illustrer l’attention croissante portée aux ressources minières tunisiennes dans un contexte mondial de sécurisation des approvisionnements. Au-delà de cette initiative, plusieurs projets de développement et de modernisation sont annoncés dans le secteur, confronté à un défi majeur : transformer son potentiel en production effective, en valeur ajoutée et en retombées économiques durables.

Le phosphate tunisien revient progressivement dans le champ des initiatives d’investissement international. Dernier signe en date, l’ambassade des États-Unis à Tunis a relayé, dimanche 8 novembre 2026, un message consacré à la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements en minerais critiques. La publication renvoie à une démarche plus large de Washington, qui entend renforcer la production minière nationale et développer des partenariats à l’étranger pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement nécessaires aux industries et aux technologies de demain.

Si cette communication présente une orientation générale de la politique américaine et ne constitue pas une annonce spécifique concernant la Tunisie, elle intervient dans un contexte où une initiative américaine ciblant directement le secteur phosphatier tunisien a déjà été lancée.

En effet, le 29 octobre dernier, l’ambassade américaine avait annoncé un programme financé par le gouvernement des États-Unis et mis en œuvre avec le groupe CrossBoundary. Celui-ci doit mettre en relation des investisseurs et des entreprises américaines avec le projet Gasaat, porté par la société australienne PhosCo dans le gouvernorat de Kasserine. L’objectif affiché est de mobiliser jusqu’à 100 millions de dollars de capitaux privés sur une période de deux ans, tout en facilitant la conclusion de partenariats commerciaux et techniques.

L’enveloppe américaine, d’environ 1,5 million de dollars, a été attribuée à CrossBoundary pour conduire cette mission. Il ne s’agit donc pas d’un financement direct destiné à la construction ou à l’exploitation de la mine, ni d’un investissement de 100 millions de dollars déjà réalisé. Le programme vise plutôt à rapprocher le projet des investisseurs, à rechercher des partenaires commerciaux et à favoriser son intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales.

Cette démarche s’ajoute à un autre rapprochement annoncé en octobre entre PhosCo et le groupe tunisien d’ingénierie STUDI International. Un protocole d’accord non contraignant prévoit de faire de STUDI un partenaire privilégié pour les études de préfaisabilité et de faisabilité bancable du projet Gasaat. Il prévoit également un investissement stratégique envisagé de 1,4 million de dollars australiens dans PhosCo, sous réserve de la finalisation des documents juridiques. La collaboration pourrait ensuite s’étendre aux phases d’ingénierie, d’approvisionnement et d’accompagnement de la construction.
Ces initiatives témoignent de l’intérêt porté à de nouveaux projets phosphatiers en Tunisie. Elles ne doivent toutefois pas occulter les difficultés auxquelles reste confrontée la filière historique, notamment la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe chimique tunisien (GCT).

Des projets de relance face à un déficit de production

Les chiffres disponibles illustrent l’ampleur du chemin à parcourir. Selon les données présentées lors des débats sur le projet de budget de l’État pour 2027, la production nationale de phosphate n’avait pas dépassé 2,8 millions de tonnes à fin septembre 2026, alors que les prévisions initiales tablaient sur 4,5 millions de tonnes pour l’ensemble de l’année. En 2010, elle dépassait les 10 millions de tonnes. Le ministère de l’Industrie a, par ailleurs, annoncé un plan d’action de relance couvrant la période 2027-2035.

Pour redresser la situation, plusieurs investissements concernent directement les capacités de production et les infrastructures. Parmi eux figure le projet CAPSA, porté par la CPG et soutenu par un prêt de 110 millions d’euros de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Il prévoit notamment le renouvellement des équipements miniers et l’installation d’unités de filtration sous haute pression pour améliorer la récupération des eaux industrielles. Selon les responsables de la compagnie, ces investissements devraient permettre d’accroître la capacité d’extraction d’environ 30 % et de faire progresser le taux de récupération de l’eau utilisée dans les activités minières d’environ 60 % à plus de 90 %.

Le volet industriel constitue un autre maillon essentiel de cette relance. Le projet de l’usine de triple superphosphate raffiné Mdhilla 2, d’une capacité annoncée de 400.000 tonnes par an, figure parmi les projets stratégiques suivis par les autorités. En janvier 2026, la présidence du gouvernement avait indiqué que ce projet faisait l’objet d’un suivi spécifique afin d’accélérer sa réalisation, compte tenu de son rôle attendu dans le renforcement des exportations et la création d’emplois.

Parallèlement, deux accords de financement conclus entre le GCT et la Société internationale islamique de financement du commerce doivent mobiliser 120 millions de dollars pour l’importation de soufre et d’ammoniac, deux intrants indispensables à la fabrication des engrais. Ces ressources visent à sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles et à préserver la continuité de leur activité.

Transformer le potentiel en valeur ajoutée

La multiplication des projets et des annonces dessine ainsi plusieurs pistes de relance, allant de la modernisation des sites historiques au développement de nouveaux gisements, en passant par le renforcement des capacités de transformation. Mais leur portée dépendra de leur concrétisation et de leur articulation avec les besoins réels de la filière.

Car l’enjeu ne se limite pas à extraire davantage de phosphate. Il concerne aussi la capacité à le transformer localement, à améliorer la compétitivité des unités industrielles, à sécuriser les approvisionnements, à moderniser le transport et à mieux maîtriser les ressources hydriques et les impacts environnementaux de l’activité minière.

L’intérêt manifesté par des partenaires étrangers peut ouvrir de nouvelles perspectives de financement, de technologie et d’accès aux marchés. Il ne saurait toutefois se substituer à une stratégie nationale cohérente, capable de donner de la visibilité aux investisseurs et de garantir que les retombées des projets profitent également aux régions concernées.
Pour la Tunisie, le véritable défi est donc de faire converger ces différentes initiatives vers un même objectif : redonner au phosphate sa place dans l’économie nationale, non seulement comme ressource minière, mais comme levier de développement industriel, d’exportation et d’emploi.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

Rédactrice en chef du site Presse de Tunisie (la presse.tn), Meriem Khdimallah orchestre au quotidien le rythme de l’information en ligne. De l’économie à la coopération internationale, des mutations de la société aux trésors du patrimoine, elle allie l’instinct de l’actualité à l’exigence du fait vérifié, pour une information vive, lisible et pensée pour les lecteurs d’aujourd’hui.

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