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Culture

A propos de « Exil » de Mehdi Hmili : Le choc des attentes et la liberté de créer

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  • 7 mai 2026
  • 4 min de lecture
A propos de « Exil » de Mehdi Hmili : Le choc des attentes et la liberté de créer

La Presse— Le film «Exil» de Mehdi Hmili n’a pas attendu sa sortie commerciale pour faire parler de lui. Dès son avant-première, organisée le week-end dernier à la salle Le Colisée, il a suscité une effervescence rare. Une salle comble, un public curieux, mais surtout un public chargé d’attentes bien précises et peut-être mal orientées.

Ce public, longtemps éloigné des salles obscures, y est revenu récemment, porté par une vague de films commerciaux venus prolonger l’esprit des séries comiques du mois de Ramadan. Il y a retrouvé ce qu’il cherchait : un divertissement immédiat, accessible, sans exigence particulière. Un cinéma léger, qui fait rire, qui détend, et qui ne prétend pas bouleverser. Et en soi, cela n’a rien de condamnable.

Mais la fracture apparaît lorsque ce même public se retrouve face à une autre proposition. Un cinéma différent. Un cinéma d’auteur, souvent jugé élitiste, parfois taxé d’hermétique, mais qui constitue pourtant l’un des visages les plus reconnus du cinéma tunisien à l’international. Un cinéma qui voyage, qui interroge, qui dérange et qui, précisément pour cela, est célébré dans les festivals et distingué à travers le monde.

Le malentendu est bien là.

Car ce qui dérange dans «Exil», au-delà de son propos ou sa forme, c’est le décalage entre l’œuvre et les attentes d’un public qui n’était pas préparé à ce type de langage cinématographique. Habitué à une certaine “grammaire” du cinéma local comique, populaire, incarnée par des visages familiers, il se retrouve face à une œuvre qui refuse ces codes, qui bouscule, qui questionne. Et face à ce trouble, certains choisissent le rejet. Pire encore : la condamnation, l’appel au boycott, voire à la censure. Et c’est bien là que le débat glisse dangereusement.

Car il est essentiel de rappeler que le cinéma n’est pas qu’un produit de consommation. C’est un art. Et comme tout art, il a vocation à explorer, à provoquer, à révéler des zones d’inconfort. Il ne cherche pas toujours à plaire. Il ne doit pas toujours rassurer. Réduire le cinéma à une simple fonction de divertissement, c’est lui ôter sa profondeur, sa nécessité, sa liberté.

Le contexte de projection n’est pas anodin non plus. Présenter «Exil» dans une salle comme Le Colisée, qui s’est associée à un cinéma plus accessible, a sans doute accentué ce choc. Le public y est entré avec des repères, des attentes implicites  et s’est retrouvé face à une œuvre qui ne les «respectait pas», selon certaines réactions. D’où ce sentiment de trahison, presque hautement exprimé. Mais peut-on reprocher à un film d’être fidèle à lui-même ? Peut-on exiger d’un créateur qu’il s’adapte à une attente supposée, au risque de renoncer à sa vision ?

Il est possible, en effet, que l’on se soit trompé d’adresse. Mais cela ne justifie en rien la violence de certaines réactions. Le débat est légitime. Le rejet pourrait l’être aussi. Mais l’appel à interdire, à faire taire, à censurer,  lui, ne l’est jamais.

Aller au cinéma est un choix. Personne n’est contraint de voir un film. Le spectateur reste libre : libre d’adhérer, de rejeter, de critiquer. Mais cette liberté implique une responsabilité, celle de ne pas nier à l’autre le droit d’exister, de créer, de proposer une autre vision du monde. «Exil» ne cherche peut-être pas à plaire à tous. Mais il rappelle, à sa manière, une chose essentielle : un cinéma qui ne dérange plus est un cinéma qui cesse de vivre.

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Auteur

Asma DRISSI

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