« Michael » le biopic sur Michael Jackson : De la musique et au-delà
Si les scènes musicales y tiennent une bonne part, le film ne se concentre pas que sur le côté brillant de Michael Jackson. Il met en lumière l’adulte brisé derrière la légende.
La Presse — Un film sur Michael Jackson est actuellement dans les salles, attirant un large public, tous âges confondus. Ce biopic intitulé simplement « Michael » reprend certains aspects de son parcours, sans pour autant déceler tout le mystère qui l’entourait.
Le long métrage dédié à Michael Jackson (1958-2009) retrace les débuts de sa carrière avec les Jackson Five jusqu’à ce qu’il lance sa carrière en solo pour devenir une superstar internationale. Les créateurs du film sont des références incontournables d’Hollywood, ayant déjà connu beaucoup de succès avec des projets précédents.
Le metteur en scène Antoine Fuqua est révélé par Training Day Oscar qui lui a valu un Oscar en 2009. Il a également réalisé un documentaire sur Muhammad Ali. Le scénariste John Logan cumule 3 nominations aux Oscars du meilleur scénario pour «Gladiator» (2000), «The Aviator» (2004) et «Skyfall» (2012).
Le film est produit par Graham King et John Branca. Le premier a reçu l’Oscar du Meilleur film pour «The Departed» (2007). On lui doit également «Bohemian Rhapsody» (2018). Quant à John Branca, il n’est autre que le coexécuteur et président de The Michael Jackson Company. Avec une équipe pareille, il est clair que l’excellence est au rendez-vous. Or, on s’attend d’avance à certains biais, notamment concernant l’angle sous lequel la vie de Michael Jackson sera abordée.
Pour le casting, l’enjeu était double. Il fallait à la fois une ressemblance physique pour plus de crédibilité, mais surtout un talent irréprochable pour reproduire les prestations du Roi de la pop sur scène. Les créateurs du film ont misé sur Jaafar Jackson, fils de Jermaine Jackson qui a été membre des Jackson 5, et donc neveu de Michael Jackson. A 30 ans, Jaafar Jackson est déjà chanteur et acteur, ce qui fait de lui l’héritier artistique de la dynastie musicale familiale. Son interprétation dans ce film était tellement réaliste et convaincante qu’on croyait regarder Michael lui-même. D’ailleurs, en comparant les séquences de chant et de danse dans le film avec les vidéos originales du Roi de la pop, on réalise que ses expressions faciales et ses moindres gestes et réactions étaient millimétrés.
L’histoire d’une ascension fulgurante
Le début du biopic nous ramène à Gary, à l’Etat de l’Indiana au sud de Chicago. Les premières scènes se déroulent en 1966, quand Michael n’avait encore que 8 ans. Son père Joseph dirigeait le groupe des Jackson 5 dont les membres étaient Jacky, Tito, Germaine, Marlon et Michael. Celui-ci était le cadet du groupe, et en quelque sorte sa mascotte. Il se distinguait par sa voix et ses pas de danse qui mèneront plus tard au fameux Moon Walk. Après avoir gagné des concours locaux, le groupe signe enfin un contrat avec Motown, la maison de disques qui a fait connaître les plus grandes stars de la musique noire américaine. C’était en fait le label de Stevie Wonder, de Diana Ross et bien d’autres artistes légendaires. Après le premier titre « I want you back », Berry Gordy, qui était à la tête de Motown, leur a produit « ABC ». Cette chanson a battu en quelques mois « Let itbe » des Beatles.
Michael s’est constamment démarqué de ses frères. « Du talent à l’état pur », dit-on dans le film. En deux ans, il était prêt pour les plus grandes scènes. Un premier album solo lui a été proposé en parallèle à ses projets avec le groupe, jusqu’à ce qu’il se détache peu à peu de ses frères. Il a développé un style très personnel avec des lunettes noires, des gants et des paillettes. Le film revient sur l’histoire de ses premiers grands succès en solo ou en groupe, et qui ont été à la tête des classements pop et R’n’B. On y retrouve « Don’t stop till yougetenough », « Workingday and night»,« Billie Jean »… Il y a également « Thriller » dont la vidéo est un court métrage de 14 minutes qui a révolutionné l’industrie des clips. L’album qui porte le même nom est toujours le plus vendu de l’histoire de la musique. Il a été le premier artiste noir à passer sur MTV. Parmi les personnages qui ont marqué son parcours, on retrouve dans le biopic Quincy Jones, Ronnie Hudson, Smokey Robinson, Rod Temperton. Si les scènes musicales y tiennent une bonne part, le film ne se concentre pas que sur le côté brillant de Michael Jackson. Il met en lumière l’adulte brisé derrière la légende.
Une enfance ratée
« Michael » remet en question l’autre revers de la médaille des enfants stars qui n’ont pas eu une vie “normale”. C’est sous un angle particulier que le film est abordé, ce qui explique la première scène où il enviait les enfants qui jouaient dehors. Parti de rien, il devient l’idole de plusieurs générations. Le prix à payer était lourd : un père possessif, une mère soumise qui n’a pas su le protéger, une pression intenable en coulisses comme il enchaînait les dates sans se reposer.. Son père le forçait à travailler, à répéter jusqu’à l’épuisement total, sous peine de le battre violemment avec une ceinture. La devise de Joseph Jackson était « Soit on est un gagnant, soit on est rien », ce qui traduit son obsession de perfection. Autre réplique marquante dans le film qui résume le rapport père-fils : « J’ai réfléchi pour toi ». Celui qui était déjà un phénomène de société à seulement 8 ans se faisait punir sans cesse. Il n’a certainement pas grandi sans séquelles. Pas de vie sociale, pas d’amis. Ses copains et confidents étaient Louis le lama, Bubbles le chimpanzé, un cobra, un rat.. Même adulte, il achetait encore des jouets pour rattrapper l’enfance qu’il n’a pas vécue. Il rêvait toujours de pays magiques, de Peter Pan et de « Never land », ce monde féerique où l’on est éternellement enfant. C’est d’ailleurs le nom qu’il a donné à l’énorme domaine qu’il a construit et où il accueillait constamment des enfants, par engagement social mais aussi pour combler sa solitude.
Tiraillé entre son amour pour sa famille et ses ambitions personnelles, il lui était dur de se détacher de l’emprise de son père et de prendre son destin en main. D’ailleurs, se refaire le nez était présenté dans le film comme une façon de s’affirmer car son père l’insultait constamment en le surnommant « Gros nez ». Le film est basé donc sur la musique de Michael Jackson, mais aussi sur les aléas de la célébrité et du talent. Il incite à réfléchir sur l’éducation des enfants prodiges, sur l’équilibre délicat entre la simulation par la violence et le chantage affectif en croyant bien faire, et préserver leur liberté.
Un biopic amputé
Le film s’achève sur une interprétation majestueuse de « Bad » sur scène. Un choix symbolique pour passer le message à son père avec lequel il a finalement rompu les liens. Jaafar Jackson y a tellement excellé qu’on a failli l’applaudir. Or, ce pan de la vie de Michael Jackson que raconte le biopic n’assouvit pas la curiosité de ses fans. C’était bien marqué sur l’affiche « Les origines d’une icône ». Cependant, du Victory Tour en 1984 qui correspond à la fin du biopic jusqu’à son décès suspect en 2009, tellement d’évènements à raconter, musicaux et personnels. L’artiste restait discret face aux médias et a toujours su entretenir le mystère sur sa vie privée. Sa fin de parcours a été jalonnée de scandales et de procès. Si les juges l’ont innocenté, le doute persiste. C’est ce qui nous amène à nous poser des questions sur les intentions réelles des créateurs du film, qui est vu par certains comme une manière de cumuler des gains en vendant encore l’image du Roi de la pop. Est-ce un hommage 17 ans après sa mort? Une réponse implicite à des rumeurs et des accusations qui concernent notamment son rapport ambigu avec les enfants ? Le film est actuellement un grand succès commercial. Pas de failles à reprocher sur le plan artistique. Une suite est annoncée, comme il est marqué « A suivre » à la fin (To becontinued). Reste à préciser que chacun évaluera ce film en fonction de ses propres attentes et de ce qu’il sait d’avance sur l’artiste qui a voulu changer le monde par la musique et la danse.



