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Culture

Sur nos écrans : « Exil » de Mehdi Hmili – Un thriller incendiaire

  • 7 mai 2026
  • 4 min de lecture
Sur nos écrans : « Exil » de Mehdi Hmili – Un thriller incendiaire

Une immersion dans l’univers confiné d’ouvriers qui vivent loin de leurs familles, partageant leurs repas, leur intimité ainsi que leur joie et leur colère. Mehdi Hmili les filme collectivement à chaque moment réussissant à capter leurs récits de vie et dévoilant la pénibilité de leur  travail. Une sorte d’Exil, mais pétri de dignité et de fraternité masculine qui caractérise la culture des métallos. Mais également une brutalité dans les dialogues et dans certaines scènes qui, vraisemblablement, ont choqué la sensibilité d’une frange de spectateurs .

La Presse —Après «Thala», mon amour (2016) et «Amel et les fauves» (2022), Mehdi Hmili signe, avec son troisième long métrage «Exil» (Aghtirab), une chronique sociale, un thriller politico-financier doublé d’une enquête personnelle coup de poing. L’action du film, du moins sa première moitié, se déroule dans une aciérie, sans doute El Fouladh, fleuron de la métallurgie tunisienne menacée de fermeture. Une avant-première s’est tenue au cinéma le Colisée, et ce, avant la sortie nationale dans les salles.

Le film suit Mohamed (Ghanem Zrilli), ouvrier sidérurgiste, blessé à la tête lors d’un accident dans un des ateliers de l’usine dans lequel il a perdu son collègue et ami intime Adel. Persuadé qu’il s’agit d’un acte criminel, il mène une enquête pour déterminer les causes réelles de sa mort. Mehdi Hmili entreprend une immersion dans l’univers confiné d’ouvriers qui vivent sur place loin de leurs familles, partageant ensemble leurs repas, leur intimité ainsi que leur joie et leur colère. Il les filme collectivement à chaque moment, réussissant à capter leurs récits de vie et dévoilant la pénibilité du travail de ces ouvriers qui sont comme des exilés, mais aussi la dignité et la fraternité masculine qui caractérisent la culture des métallos avec la brutalité des dialogues et de certaines scènes qui, vraisemblablement, ont choqué la sensibilité des spectateurs.

Refusant tout angélisme, le réalisateur s’emploie à filmer l’épopée de ces ouvriers en proie aux malversations et au chantage des repreneurs de l’usine en ruine délaissée par l’Etat. Ils sont contraints au mutisme de crainte de perdre leur emploi. Mais Mohamed, qui, suite à un accident,a un bout d’acier dans la tête, s’obstine à révéler la vérité sur la mort suspecte de son ami et de démonter la machination derrière. Bien que muté vers un autre poste, celui de gardien, il continue à déranger l’administration. Il décide alors de prendre un congé forcé et de se rendre à Tunis pour mener l’enquête et empêcher le démantèlement de l’aciérie.

La deuxième partie du film se déroule à Tunis. Habitué à la dureté de l’acier et au danger que peuvent provoquer les machines, Mohamed se fait passer pour un policier pour arriver à ses fins en se servant de la violence à l’égard de celui qu’il soupçonne d’être à l’origine du meurtre de son ami qui était sans doute au courant du dossier de corruption.

D’une durée de deux heures, les plans sur le décor de l’aciérie filmés en sépia, pour rappeler la rouille des ferrailles sont magnifiques : le feu, les fours, les machines diffusant des éclats d’étincelles semblent issus de «Blade Runner» de Ridley Scott ainsi que les gros plans des visages des ouvriers grillés par la chaleur des fours que dégagent les engins. Par ailleurs, les paysages urbains floutés s’effacent presque derrière le visage marqué de Mohamed incarné par un Ghanem Zrilli d’une grande justesse de jeu de bout en bout du film.

Malheureusement, dans cet univers masculin d’une noirceur insoutenable, la femme est totalement défavorisée et maltraitée que ce soit l’épouse de Adel (Maram Ben Aziza) ou les filles de joie au service des hommes corrompus qui courent derrière l’argent, le profit au détriment d’hommes qui ont sacrifié leur vie dans un travail pénible et dangereux et qui se retrouvent écrasés par un mécanisme dont le fonctionnement est rouillé. «Exil» est un brûlot contre un système véreux géré par des ripoux.

Auteur

Neila GHARBI

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