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Economie

Souveraineté alimentaire : La recherche scientifique, voie du salut pour l’agriculture tunisienne

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  • 12 mai 2026
  • 5 min de lecture
Souveraineté alimentaire : La recherche scientifique, voie du salut pour l’agriculture tunisienne

À l’occasion de la Journée nationale de l’Agriculture et de la Journée mondiale de la santé des végétaux, célébrées ce 12 mai, le directeur de l’INRAT, M. Mondher Ben Salem, a souligné le rôle crucial de la science. Entre innovation génétique et préservation du patrimoine, l’enjeu est selon l’intervenant, d’adapter nos semences pour garantir l’autosuffisance face au défi climatique.

Invité sur les ondes de la Radio Nationale, le directeur de l’Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT) a rappelé que l’institution est le gardien d’une expertise séculaire. « Si l’Institut a officiellement vu le jour en 1913, les premières recherches sur l’amélioration génétique des céréales en Tunisie remontent à 1893. Aujourd’hui, cette mission historique s’est élargie à la production animale, à l’arboriculture et à l’agrobiotechnologie », a-t-il lancé.

Le blé « Nejm » : l’étoile montante de la production nationale

« L’un des piliers de la stratégie de l’INRAT reste l’amélioration des céréales et des légumineuses », note M. Ben Salem. « En un siècle, ajoute-t-il, l’Institut a développé près de 120 variétés de céréales et 25 types de légumineuses alimentaires ».

L’annonce phare de cette intervention concerne l’homologation, en 2025, d’une nouvelle variété de blé dur baptisée « Nejm » (Étoile). Inscrite au registre officiel en janvier 2026, cette semence est le fruit de huit années de recherche. Toutefois, l’intervenant a noté qu’il faudra encore patienter dix à quinze ans pour une production industrielle à grande échelle, le temps de valider tous les protocoles de multiplication.

Améliorer n’est pas dénaturer…

Face aux critiques sur la modification des graines originelles, M. Ben Salem s’est voulu rassurant. « L’amélioration génétique n’est pas une fabrication artificielle », a-t-il laissé entendre. Et de préciser qu’il s’agit d’une optimisation de la semence naturelle et non pas de sa modification en bonne et due forme. « Chaque nouvelle variété doit être supérieure à la précédente en termes de qualité et de rentabilité », a-t-il précisé.

L’intervenant a martelé que les semences autochtones n’ont pas disparu. « Elles servent de ‘’semences mères’’. On en préserve les qualités intrinsèques tout en y introduisant des gènes de résistance. D’ailleurs, 80 % des semences vendues en Tunisie sont des variétés locales développées par l’INRAT. L’objectif est de répondre au double impératif de résistance et de rendement tant il s’agit de créer des variétés capables de survivre au stress hydrique et aux nouvelles maladies, comme la rouille, tout en garantissant une productivité que les semences anciennes ne peuvent plus assurer seules face aux besoins croissants de la population », dit-il.

Entre tradition paysanne et impératifs de sécurité

Si les laboratoires conservent précieusement le patrimoine génétique ancien, une fracture subsiste entre la recherche et la perception publique. Pour une partie de l’opinion, les graines améliorées restent suspectes, souvent confondues avec des organismes stériles ou appauvris nutritionnellement.

Pourtant, pour l’INRAT, le passage par l’amélioration est la seule voie de salut vers l’autonomie. « Les semences traditionnelles, bien que prisées par les petits agriculteurs pour des produits du terroir comme le couscous ou la « M’hamsa », ne permettent pas d’atteindre l’autosuffisance nationale », note-t-il.

Vers un système agro-pastoral intégré et une nouvelle carte agricole

Le développement du secteur ne se limite pas aux céréales ; il englobe une vision globale de la production animale, particulièrement celle des ruminants dont l’alimentation repose sur les fourrages grossiers comme le foin et la paille. A ce titre M. Ben Salem explique que l’Institut s’est employé à développer de nouvelles variétés de fourrages et de graines afin de diversifier les sources nutritives et d’en améliorer la qualité, permettant ainsi d’accroître la production tout en réduisant les coûts. Pour M. Ben Salem, il s’agit d’un système complet visant l’équilibre entre grandes cultures et fourrages, notamment grâce à la valorisation des résidus agricoles. « Cette stratégie est cruciale pour reconstituer le cheptel national, en complément de l’introduction de nouvelles races adaptées au climat local. Cette ambition s’appuie désormais sur l’élaboration d’une nouvelle carte agricole nationale », indique-t-il. Et de conclure que cette dernière prend en considération les spécificités pédoclimatiques de chaque région ainsi que la disponibilité des ressources en eau. Comme l’a souligné l’intervenant, une vache n’évolue pas de la même manière au Nord qu’au Sud, tout comme la production de pommes de terre ne peut être universelle. « Cette redistribution stratégique de la carte agricole constitue une orientation majeure pour optimiser le potentiel de chaque terroir tunisien », conclue-t-il.

Vraisemblablement la recherche agronomique tunisienne se positionne aujourd’hui comme le trait d’union vital entre un passé agricole certes prestigieux mais dont la pérennité authentique a été menacée et un avenir marqué par l’incertitude des conditions climatiques et démographiques contraignantes. Si la science parvient à optimiser les rendements et à redessiner nos territoires, le défi reste de réconcilier le consommateur avec une innovation perçue, à tort ou à raison, comme s’éloignant de l’authenticité biologique.

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Auteur

Abir Chemli

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