Kaïs Saïed : «Le peuple a besoin de décisions pour mettre fin à l’injustice et à la précarité»
L’heure n’est plus aux promesses, mais à une réponse immédiate et tangible aux attentes sociales et économiques des Tunisiens.
La Presse —Nonobstant les efforts engagés par les autorités et certaines avancées enregistrées, une large partie des Tunisiens continue de subir la hausse du coût de la vie, aggravée notamment par les phénomènes de monopolisation et de spéculation qui touchent plusieurs secteurs. La flambée récente des prix de consommation, ainsi que celle du bétail à l’approche de l’Aïd el-Idha, illustrent une nouvelle fois les difficultés à contenir ces pratiques et à réguler efficacement les marchés.
Pour de nombreuses familles déjà fragilisées, le boycott évoqué par certains comme moyen de protestation ne constitue pas une option réellement envisageable face aux exigences sociales et culturelles liées à cette fête religieuse.
Entre attentes sociales et impératif d’action
Il va sans dire que l’érosion de la classe moyenne, qui se traduit par le recul progressif de cette catégorie sociale sous l’effet de la crise, ne fait que se confirmer au fil des ans. «Les soulèvements de 2011 ont marqué un tournant structurel. La persistance de la crise économique, la montée du chômage des diplômés et l’accélération de l’inflation ont contribué à une fragilisation progressive des couches intermédiaires. Les estimations disponibles indiquent une érosion graduelle de la classe moyenne au cours de la décennie 2010», indique une étude élaborée par l’association des économistes tunisiens.
Face à cette situation, l’État est sommé d’agir sur plusieurs fronts. Il est appelé à renforcer les mécanismes de contrôle afin de lutter efficacement contre la spéculation et les circuits de monopole, tout en accélérant les réformes économiques et sociales susceptibles de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. La question ne se limite plus uniquement à la maîtrise des prix, mais touche désormais à la préservation de l’équilibre social et à la capacité des ménages tunisiens à faire face à leurs besoins essentiels dans un climat d’incertitude économique persistante.
Toutefois, l’action demeure le maître-mot à ce stade, d’autant que l’ampleur des difficultés économiques et sociales exige des réponses concrètes et rapides, capables de restaurer la confiance des citoyens et de contenir l’aggravation des fractures sociales.
C’est dans cette optique que lors d’un entretien tenu mercredi avec la Cheffe du gouvernement, le Président de la République, Kaïs Saïed, a mis en avant l’urgence d’accélérer l’action gouvernementale afin de répondre aux attentes sociales et économiques des Tunisiens. Il a réaffirmé sa volonté de voir des mesures concrètes prises rapidement pour faire face à la précarité et au chômage. Il estime que les Tunisiens n’attendent plus des promesses ou des déclarations d’intention, mais des décisions capables de produire des effets réels sur leur quotidien.
La Tunisie ne sera pas une proie facile
Au cours de cette réunion consacrée à la situation générale du pays, Kaïs Saïed a indiqué suivre «de près et en continu» les conditions de vie dans les différentes régions, insistant sur l’urgence de transformer les engagements annoncés en mesures concrètes, car il n’y a pire pour les citoyens que des promesses sans effets réels sur leur quotidien. Comme le dit l’adage, «les actes valent mieux que les paroles».
Le Président de la République replace ainsi la question sociale au cœur des priorités gouvernementales, dans un contexte marqué par de fortes attentes liées à l’emploi, au pouvoir d’achat et au développement régional. Il souligne, à travers cette orientation, que la réussite de la politique de l’État demeure étroitement liée à la capacité des institutions à traduire les engagements annoncés en actions concrètes et perceptibles par les citoyens, lesquels attendent désormais des mesures effectives mettant un terme à l’injustice sociale et à la précarité longtemps subies par les catégories touchées par la pauvreté et le chômage.
«La Tunisie ne sera pas une proie facile pour quiconque tenterait, par quelque moyen que ce soit, de la déstabiliser de l’intérieur ou de l’extérieur», a affirmé le Président de la République. Des propos qui interviennent dans un climat marqué par les tentatives de retour sur la scène politique de certaines figures de l’après-2011, régulièrement accusées d’avoir contribué à l’instabilité politique, institutionnelle et économique qu’a connue le pays au cours de la dernière décennie.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que certaines prises de position émanant de «partenaires» étrangers relèvent davantage d’une volonté d’ingérence politique dissimulée sous le prisme de la défense des droits de l’homme. Une posture jugée d’autant plus contestable que, dans plusieurs de ces pays, des manifestations sociales ou professionnelles font elles-mêmes l’objet de restrictions, tandis que certaines expressions de soutien à la cause palestinienne sont le plus souvent assimilées à des formes d’apologie du terrorisme.
Le Président de la République a toujours insisté sur l’attachement de la Tunisie à sa souveraineté nationale et à l’indépendance de ses choix, rejetant toute forme de tutelle ou de rapport de supériorité entre les peuples. «Nous demeurerons souverains sur notre terre», a-t-il affirmé le 31 décembre 2025 dans son discours adressé au peuple tunisien à l’occasion de la nouvelle année 2026.
C’est d’ailleurs dans cette même logique que la Cheffe du gouvernement a affirmé devant l’Assemblée des représentants du peuple que «l’année 2026 marquera le vrai départ de la nouvelle Tunisie», insistant sur une vision fondée sur l’équilibre entre justice sociale et développement équitable.
Reste désormais à traduire ces orientations en décisions concrètes. Car plus que jamais, la crédibilité de l’État se jouera sur sa capacité à répondre aux attentes sociales, à contenir l’aggravation des difficultés économiques et à restaurer la confiance d’une population éprouvée par des années de crise et en quête de stabilité et de dignité.



