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Société

À l’approche des vacances d’été : Plan national pour protéger les TRE sur les routes tunisiennes

  • 19 mai 2026
  • 8 min de lecture
À l’approche des vacances d’été : Plan national pour protéger les TRE sur les routes tunisiennes

Afin de mieux comprendre les mesures prévues pour cet été, nous avons interrogé Mme Afef Ben Ghenia, militante engagée dans la sécurité routière depuis plus d’une décennie et présidente de l’Association des ambassadeurs de la sécurité routière.

La Presse — Selon elle, plusieurs dispositifs sont traditionnellement renforcés durant la saison estivale dans le cadre d’un plan national de sécurité routière destiné notamment aux TRE. «Pour la saison estivale et le retour des Tunisiens résidant à l’étranger, plusieurs dispositifs sont généralement renforcés dans le cadre d’un plan national de sécurité routière mis en œuvre par les forces de l’ordre», explique-t-elle. Parmi les principales mesures évoquées figurent le renforcement des contrôles routiers sur les axes les plus fréquentés, une présence accrue autour des ports, autoroutes et zones touristiques, une meilleure gestion du trafic, la surveillance des “points noirs” accidentogènes ainsi que des campagnes de sensibilisation ciblées destinées aux TRE.

Comme chaque année à l’approche de l’été, les ports européens se remplissent de familles tunisiennes impatientes de retrouver leur pays. Les voitures chargées de valises, de cadeaux et de souvenirs à offrir, des milliers de Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) prennent la route des vacances avec cette même émotion intacte: rentrer au pays après des mois, parfois des années, d’absence. Sur les quais de Marseille, Gênes ou Palerme, l’ambiance ressemble déjà à celle des retrouvailles. Les enfants parlent avec excitation des grands-parents qu’ils vont revoir, certains parents rêvent déjà des soirées familiales, des plages ou du village natal. Pour beaucoup, ce retour représente bien plus qu’un simple voyage : il est un lien vivant avec la Tunisie. Mais une fois arrivés sur le territoire tunisien, cette joie se heurte souvent à une réalité beaucoup plus brutale : celle d’un réseau routier dangereux où les accidents se multiplient chaque été.

Le retour au pays, un trajet parfois à haut risque

Après de longues heures de traversée maritime, beaucoup de familles quittent immédiatement les ports de La Goulette ou de Zarzis pour rejoindre le Centre, le Sud ou encore les régions du Nord-Ouest. Certains doivent parcourir plusieurs centaines de kilomètres dans des conditions souvent éprouvantes. Fatigue accumulée, conduite de nuit, circulation dense et stress lié à l’arrivée transforment parfois ces trajets en véritables parcours du combattant. Dans ce contexte, le moindre excès de vitesse, une seconde d’inattention ou un dépassement dangereux peuvent provoquer un drame. Malgré les discours officiels évoquant une baisse du nombre d’accidents, les chiffres des décès sur les routes restent préoccupants. Les comportements à risque demeurent fréquents : vitesse excessive, utilisation du téléphone au volant, non-respect des priorités et conduite agressive continuent de faire des victimes chaque année.

Pour de nombreux TRE habitués à des règles de circulation strictes en Europe, le contraste est souvent brutal dès la sortie du port. Beaucoup évoquent un sentiment de stress immédiat face à une circulation jugée désordonnée : motos surgissant sans prévenir, dépassements imprudents, signalisation insuffisante ou comportements imprévisibles. Cette adaptation soudaine à un environnement routier plus nerveux augmente considérablement les risques d’accident.

Dépasser la logique saisonnière

Afin de mieux comprendre les mesures prévues pour cet été, nous avons interrogé Afef Ben Ghenia, militante engagée dans la sécurité routière depuis plus d’une décennie et présidente de l’Association des ambassadeurs de la sécurité routière. Selon elle, plusieurs dispositifs sont traditionnellement renforcés durant la saison estivale dans le cadre d’un plan national de sécurité routière destiné notamment aux TRE. «Pour la saison estivale et le retour des Tunisiens résidant à l’étranger, plusieurs dispositifs sont généralement renforcés dans le cadre d’un plan national de sécurité routière mis en œuvre par les forces de l’ordre», explique-t-elle. Parmi les principales mesures évoquées figurent le renforcement des contrôles routiers sur les axes les plus fréquentés, une présence accrue autour des ports, autoroutes et zones touristiques, une meilleure gestion du trafic, la surveillance des “points noirs” accidentogènes ainsi que des campagnes de sensibilisation ciblées destinées aux TRE. Ces campagnes, menées notamment avec l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), visent à rappeler les spécificités de la conduite en Tunisie et les comportements à risque nécessitant une vigilance accrue. Mais pour Ben Ghenia, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du défi. « Le contraste entre les habitudes de conduite en Europe et la réalité locale demeure important», souligne-t-elle.

Pour des solutions durables

Pour la présidente de l’Association des ambassadeurs de la sécurité routière, il devient indispensable de sortir d’une logique limitée à la seule période estivale. «Il est essentiel de dépasser la logique saisonnière pour aller vers des solutions durables», insiste-t-elle. Parmi les actions prioritaires qu’elle recommande figurent des campagnes de prévention diffusées avant même l’arrivée des TRE via les consulats, les compagnies maritimes et les ports, l’amélioration des infrastructures routières et de la signalisation, le déploiement de technologies de contrôle modernes comme les radars intelligents, des partenariats renforcés avec la société civile ainsi qu’une véritable culture du respect du code de la route à l’échelle nationale.

L’objectif, selon elle, est clair : rendre l’environnement routier tunisien plus prévisible et plus sûr pour tous les usagers, et pas uniquement durant l’été.

Des défaillances persistantes

Mme Afef Ben Ghenia pointe également plusieurs faiblesses structurelles qui compliquent le retour des TRE dans des conditions sécurisées. Elle évoque notamment un manque de discipline routière généralisé, des dépassements dangereux et des excès de vitesse fréquents, une cohabitation difficile entre automobilistes, motos et piétons, des infrastructures parfois mal entretenues, une signalisation insuffisante, un déficit de communication ciblée avant l’arrivée des voyageurs ainsi qu’une application inégale de la loi. «Ces défaillances ne concernent pas uniquement les TRE, mais leur exposition est plus forte en raison de leur adaptation rapide à un environnement routier plus risqué», précise-t-elle.

Repenser totalement l’accueil des TRE

Face à cette situation, l’idée d’un véritable “plan spécial été” destiné aux TRE apparaît aujourd’hui comme une nécessité. Au-delà des contrôles policiers ponctuels, plusieurs spécialistes plaident pour une approche plus humaine et préventive. Tout pourrait commencer dès l’embarquement dans les ports européens. Des messages simples et accessibles pourraient rappeler l’importance du repos après la traversée, des pauses régulières et du contrôle technique des véhicules avant le départ. À bord des ferries, des campagnes de sensibilisation plus proches du quotidien des familles pourraient être menées, loin du ton administratif souvent peu efficace. Les ports tunisiens devraient également devenir de véritables espaces de prévention, car beaucoup de conducteurs prennent immédiatement la route dans un état de fatigue avancé après plusieurs heures de voyage maritime. L’installation de zones de repos gratuites, équipées de sanitaires, d’espaces sécurisés et de points de restauration permettrait à de nombreuses familles de récupérer avant de reprendre la route. Quelques heures de sommeil peuvent parfois sauver des vies.

Des routes source de dangers

Le problème ne vient pas uniquement du comportement des conducteurs. Certaines routes tunisiennes demeurent dans un état préoccupant : éclairage insuffisant, nids-de-poule, absence de marquage visible ou panneaux difficiles à distinguer la nuit. Chaque été, ces défaillances deviennent des pièges potentiels pour des automobilistes épuisés qui n’empruntent parfois ces trajets qu’une seule fois par an. La technologie pourrait également jouer un rôle important. Une application permettant de signaler rapidement un accident, une panne ou un embouteillage faciliterait l’intervention des secours et aiderait les familles à éviter certaines zones à risque.

Au fond, la question dépasse largement le seul cadre des TRE. La sécurité routière reste avant tout une responsabilité collective. Tant que les comportements dangereux continueront à être banalisés — agressivité au volant, dépassements irresponsables ou non-respect des règles —, les campagnes de prévention montreront leurs limites.

Chaque été, les TRE reviennent en Tunisie avec l’espoir de retrouver leurs proches et de construire de nouveaux souvenirs familiaux. Personne ne devrait voir ces retrouvailles se transformer en drame à cause d’un trajet routier. Mieux protéger ces familles, c’est aussi préserver ce lien précieux qui unit la Tunisie à ses enfants vivant à l’étranger.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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