Taxis individuels: Une équation sociale délicate
L’espoir nourri des professionnels des taxis individuels alimente les désillusions des usagers de la route qui doivent faire face à une nouvelle inflation dans le transport, après celle qui n’a pas épargné leur assiette ces derniers jours… Encore une désillusion.
À Tunis comme dans les grandes villes du pays, héler un taxi fait partie du quotidien. Mais derrière ce geste banal se cache aujourd’hui une réalité plus complexe, marquée par des tensions économiques croissantes. La perspective d’une hausse des tarifs des taxis individuels et, plus largement, des transports publics non réguliers, suscite autant d’inquiétudes chez les usagers que d’espoirs chez les professionnels du secteur.
L’Union tunisienne du taxi individuel a récemment proposé de porter le tarif de prise en charge à environ 1.600 millimes. Une demande motivée, selon son secrétaire général, Mohamed Ali Arfaoui, par l’augmentation continue des coûts d’exploitation. Intervenant le 27 avril 2026 sur les ondes d’une radio, il a souligné que les dépenses liées à l’achat des véhicules, à leur entretien, à l’assurance et aux charges sociales ont fortement augmenté ces dernières années, sans que les tarifs ne suivent. En effet la dernière augmentation sur la tarif pour monter dans un taxi appelé «rekba» en dialecte tunisien date de 2022 porté à 900 millimes, selon les taxistes qui misent sur ce point. Mais pas seulement puisque l’indice kilométrique devait lui aussi connaître une légère augmentation. «Pour un trajet habituel de 9 D, il s’agira pour le client de payer juste 1 D de plus, ce qui arrondit à 10 D la course» a récemment affirmé Bilal, cinquantenaire et taximan expérimenté. En effet les taximen se sont toujours plaints depuis «la nuit des temps» des charges liées à leur profession, comme la prime d’assurance sur l’année. Alors quand elles augmentent, c’est le ras-le-bol complet.
Hausse des charges…
Sur le terrain, les chauffeurs décrivent une équation devenue intenable : des charges en hausse constante face à des revenus stagnants. Certains peinent désormais à renouveler leur véhicule ou même à maintenir leur activité dans des conditions décentes. Une situation qui, selon les représentants syndicaux, menace la pérennité même du service.
Mais du côté des usagers, la réalité est tout aussi préoccupante. Dans un contexte d’inflation persistante, où le coût de la vie ne cesse d’augmenter, chaque millime compte. Pour de nombreux Tunisiens, le taxi est une nécessité, notamment en l’absence d’alternatives fiables ou régulières. Une hausse des tarifs viendrait donc alourdir un budget déjà fragilisé, en particulier pour les travailleurs, les étudiants et les familles modestes.
C’est tout l’enjeu des discussions en cours entre les syndicats et les autorités publiques. Si aucune décision n’a encore été arrêtée, les négociations se poursuivent dans l’objectif affiché de trouver un équilibre entre la viabilité économique du secteur et la protection du pouvoir d’achat des citoyens.
Un dénouement par étapes
Dans ce contexte tendu, la grève prévue lundi dernier dans le secteur du transport public non régulier a finalement été suspendue. Cette décision fait suite à un accord entre les différentes parties, salué comme une avancée importante. Selon Ali Turkiya, trésorier de la Chambre syndicale nationale des propriétaires de taxis individuels, une nouvelle tarification devrait être fixée d’ici au mois de juin 2026, tandis que d’autres dossiers en suspens seront examinés d’ici à fin août.
L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) a également confirmé la suspension du mouvement, évoquant des engagements clairs pour traiter les revendications du secteur dans des délais précis.
Reste que l’équation demeure délicate. Comment garantir aux chauffeurs des conditions de travail dignes sans pénaliser davantage des usagers déjà éprouvés par la hausse des prix ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir du secteur, mais aussi la qualité de vie de milliers de Tunisiens.
Dans les rues, chacun attend désormais une décision qui, au-delà des chiffres, devra tenir compte des réalités humaines. Car derrière chaque course de taxi, il y a un conducteur qui tente de joindre les deux bouts et un passager qui fait de même. «Le client est à blâmer, mais le chauffeur de taxi est tout aussi blâmable». déplore un taximan qui semble se lasser de son métier, malgré l’explosion des services digitaux de mobilité en Tunisie et qui sont porteurs de nouveaux débouchés pour la profession…
Mohamed Salem KECHICHE



