Le ministre de tous les scandales
L’interception de la «flottille pour Gaza» par les forces sionistes dans les eaux internationales aura une nouvelle fois révélé au monde l’ampleur de la tragédie palestinienne, mais aussi le visage de plus en plus décomplexé d’une extrême droite sioniste qui prospère sur l’humiliation, la provocation et la surenchère idéologique. Les images diffusées par le ministre Itamar Ben Gvir montrant des militants étrangers humiliés, agenouillés, exposés comme des trophées de guerre ont suscité une vague d’indignation internationale. Elles disent beaucoup plus qu’un fait de guerre sécuritaire : elles traduisent une conception brutale du pouvoir où la mise en scène de la domination devient un instrument politique.
La flottille n’était pourtant pas une armada militaire, les cinquante navires transportaient essentiellement des militants, des humanitaires et une aide symbolique destinée à une population enfermée depuis des années dans un territoire assiégé. Leur objectif était autant humanitaire que politique : dénoncer un blocus imposé à Gaza depuis 2007 et alerter une opinion mondiale souvent anesthésiée par l’accumulation des drames. Pour les participants, il s’agit d’un acte de solidarité face à une catastrophe humaine devenue insoutenable.
Au cœur de cette stratégie de démonstration se trouve Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et figure emblématique de l’extrême droite sioniste. Longtemps marginal, héritier idéologique du mouvement ultranationaliste de Meir Kahane, il est devenu l’un des hommes forts du gouvernement ; son parcours est jalonné de provocations : soutien assumé à l’expansion des colonies en Cisjordanie, distribution d’armes à des civils, opposition répétée à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza, rhétorique punitive à l’égard des Palestiniens. Lorsque récemment il célébrait l’adoption d’un texte sur la peine de mort en déclarant : «Nous les pendrons un à un» ( les Palestiniens), il ne cherchait pas seulement à choquer ; il consolidait une stratégie politique fondée sur la provocation et l’excès permanents.
Que la France ait décidé de le déclarer persona non grata, que les représentants des gouvernements italien, canadien, allemand, néerlandais, polonais, grec, irlandais, australien et néo-zélandais (et bien sûr espagnol) se soient joints à ce concert de protestation, cela constitue un signal diplomatique fort (même tardif); mais au-delà de la condamnation d’un homme, c’est toute une logique politique qui devrait être interrogée. Car Ben Gvir n’est pas un cas isolé, une anomalie : il est le symptôme inquiétant, sinon le reflet, d’une radicalisation du débat dans la région.
Les mots de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies, résonnent alors avec une force particulière : condamner l’humiliation des militants de la flottille est nécessaire, mais cela demeure «un traitement de luxe comparé à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons» ; une phrase qui rappelle que derrière chaque cas spectaculaire se cache une réalité autrement plus tragique : celle d’un peuple prisonnier d’une guerre interminable et dans une souffrance devenue presque ordinaire aux yeux du monde.



