Visas : Tunis dénonce les douanes invisibles
Il était temps que la Tunisie, par la voix de ses acteurs civils, ose mettre les points sur les i dans un domaine où l’injustice s’est installée comme une routine : celui des sociétés intermédiaires pour les visas. Ces structures privées, censées faciliter la mobilité internationale, se sont transformées en véritables douanes invisibles, frontières avant les frontières, imposant aux citoyens des frais multiples, des délais interminables et une navigation labyrinthique entre plateformes numériques.
Le scandale est d’autant plus criant que le refus d’un visa entraîne la perte totale des sommes versées. Où commence le service et où s’arrête l’arnaque ? Comment justifier que l’on paie sans contrepartie, que l’on finance un processus qui se solde par un «non» sec, sans remboursement ni explication claire ?
Cette pratique, tolérée depuis trop longtemps, est une atteinte directe à la dignité des personnes. Car derrière chaque demande de visa, il y a une histoire humaine : un étudiant qui rêve d’étudier ailleurs, un patient qui cherche des soins, un travailleur qui espère une opportunité. Leur espoir ne devrait pas être confisqué par des frais opaques.
La «Déclaration de Tunis» sur les droits du consommateur dans les services de visas et de mobilité internationale est donc une bouffée d’air. Elle transforme des plaintes isolées en une revendication collective, portée par une coalition arabe et africaine. Elle réclame transparence, remboursement en cas de refus, séparation entre coûts administratifs et services optionnels, et surtout un contrôle strict de ces sociétés privées. Autant de mesures qui replacent l’humain au centre d’un système devenu mécanique et froid.
Il ne s’agit pas de nier le droit souverain des États à réguler l’entrée des étrangers. Mais il s’agit de rappeler que la souveraineté ne peut s’exercer au détriment du respect des citoyens. Les sociétés intermédiaires ne doivent pas devenir des guichets de l’humiliation, où l’argent s’évapore et où la personne disparaît derrière un numéro de dossier.
Cette initiative tunisienne ouvre une brèche : celle d’un débat continental sur la justice dans la mobilité. Elle annonce la création d’un Observatoire africain des services de visas, destiné à documenter les pratiques et à fournir des indicateurs comparables. Une manière de transformer la colère en outil de réforme.



