70 ans de l’Armée nationale : une histoire au service de la patrie
La Tunisie célèbre, mercredi, le 70e anniversaire de la création de l’Armée nationale, fondée le 24 juin 1956, soit près de trois mois après l’indépendance du pays. Sa mission initiale était de sécuriser la nation face aux vestiges du colonialisme français, notamment lors des événements de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958 (gouvernorat du Kef, à la frontière nord-ouest avec l’Algérie), de la bataille de Remada (gouvernorat de Tataouine) le 25 mai 1958, et de la bataille de l’Évacuation à Bizerte, déclenchée le 19 juillet 1961.
Cette dernière a mis fin aux derniers bastions de l’occupant et s’est couronnée par le départ du dernier soldat français du territoire tunisien, le 15 octobre 1963, consacrant ainsi l’indépendance totale et la souveraineté pleine du pays sur ses terres.
La commémoration de la création de l’Armée nationale est l’occasion annuelle de rappeler ses exploits réalisés pour défendre l’intégrité de la patrie, préserver sa sécurité, sauvegarder le régime républicain et protéger les institutions de l’Etat.
Il s’agit, également, de souligner son rôle dans la protection des acquis du pays contre tout péril ou agression, interne ou externe, à travers la lutte contre le terrorisme et la migration irrégulière, outre ses interventions dans les domaines du développement, du secours, de l’extinction des incendies, ainsi que la sécurisation des examens nationaux et des élections.
Par ailleurs, les forces armées tunisiennes se sont engagées dès 1960, soit quatre ans après l’indépendance, au sein des missions de maintien de la paix de l’ONU, suite à la décision du président Habib Bourguiba d’envoyer 3 000 soldats au Congo, alors en proie à une guerre civile. Cette participation a marqué le point de départ d’un partenariat solide de plus de 60 ans avec l’Organisation des Nations Unies au service de la paix et de la sécurité à l’échelle internationale.
Depuis 1960, l’armée tunisienne a pris part à 26 missions onusiennes à travers le monde, mobilisant un total de plus de 15 000 militaires, hommes et femmes. Sa participation se poursuit aujourd’hui au sein de la mission de l’ONU en République centrafricaine, avec le déploiement de plus de 800 militaires répartis entre une unité d’hélicoptères, un bataillon d’infanterie légère et une unité militaire de transport aérien.
Cette année les festivités marquant la célébration du 70e anniversaire de la création de l’Armée nationale ont commencé par l’organisation d’une exposition documentaire, du 20 au 26 juin courant, à Tunis. À travers ses différentes sections, cette exposition retrace les missions principales, conjoncturelles et complémentaires de l’institution militaire.
Elle documente son rôle dans l’appui à l’effort national de développement global, notamment à travers les projets de Réjim Maâtoug et d’El Mohdath dans le gouvernorat de Kebili. S’y ajoutent les opportunités offertes par le système de formation professionnelle militaire pour le développement des ressources humaines et de la main-d’œuvre spécialisée, outre le rôle de la santé militaire dans le renforcement du système national de santé.
Le service national, levier de qualification et de renforcement des compétences
Depuis l’indépendance, la Tunisie a instauré le caractère obligatoire du service national pour une durée d’un an pour tout citoyen ayant atteint l’âge de vingt ans. Ce dernier doit se présenter volontairement pour accomplir son devoir, soit dans le cadre du service militaire direct au sein des unités de l’armée nationale, soit sous forme de service national en dehors des unités des forces armées.
Le service militaire permet au citoyen tunisien d’acquérir des compétences et de l’expérience dans des domaines liés à l’action militaire, aux arts du commandement, au combat, au maniement des armes et aux entraînements physiques. Il forge également la personnalité et développe l’autonomie, préparant le citoyen à défendre l’intégrité de la patrie et à participer au développement global du pays, d’autant plus que l’article 14 de la Constitution tunisienne souligne que « la défense de la patrie et de son intégrité est un devoir sacré pour chaque citoyen ».
Ainsi, le service national constitue la colonne vertébrale du système de défense et de l’ancrage de la doctrine militaire, en insufflant l’esprit de discipline, d’honneur, de fidélité, d’allégeance à la patrie et le devoir de la servir, de la défendre et de protéger ses institutions.
Pour remédier à la désaffection des jeunes pour le service national, le ministère de la Défense a adopté stratégie basée sur le renforcement de la confiance des jeunes envers ce devoir national sacré, en mettant en avant ses avantages pour la collectivité et en combattant l’idée reçue selon laquelle il s’agirait d’une simple punition.
Aujourd’hui, le département cherche à repenser le service national pour permettre aux jeunes conscrits l’opportunité d’exercer une activité et de développer leurs compétences, dans le cadre du système de formation professionnelle militaire proposé par le département.
Un rôle clé dans la promotion du développement global
Depuis sa création, l’Armée nationale a joué un rôle clé et stratégique dans l’appui au processus de développement global du pays. Elle a contribué à l’aménagement de routes et de ponts dans les zones difficile d’accès, les hauteurs et les régions sahariennes, à la construction d’unités hospitalières et à l’entretien des monuments nationaux et historiques.
Le ministère de la Défense a investi dans des projets de développement durable à caractère urbain. Cela s’est traduit par la revitalisation des zones sahariennes profondes et la fourniture de toutes les commodités de base aux habitants de ces régions en leur garantissent les conditions d’une vie d’une digne.
Le modèle phare de cet engagement est l’Office de Rjim Maâtoug pour le développement du Sud et du Sahara. Cet organisme militaire dont l’objectif consiste à désenclaver les régions isolées, a vu ses compétences s’élargir au-delà de l’agriculture et de la gestion de l’eau pour englober les énergies renouvelables, le tourisme saharien, la protection de la biodiversité et la valorisation des industries locales (verre, gypse, industrie pharmaceutique).
Formation et industrialisation : un choix militaire stratégique pour l’institution militaire
L’institution de la Défense nationale soutient les efforts de l’État visant à fournir une main-d’œuvre spécialisée dans différents domaines et diverses spécialités, en incitant les jeunes à suivre une formation professionnelle dans le cadre du service national. Cela s’effectue à travers trois programmes : l’apprentissage professionnel, la formation professionnelle et la qualification professionnelle, dont les contenus sont identiques à ceux appliqués dans les centres de formation professionnelle nationaux relevant du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle.
Le système de formation professionnelle comprend 13 centres militaires de formation et 11 ateliers d’apprentissage, avec une capacité d’accueil globale de 2 000 places par an. Ce réseau s’est renforcé par l’établissement d’une formation professionnelle en plongée à Zarzis (gouvernorat de Médenine), qui a ouvert ses portes aux stagiaires début 2025.
Il s’agit, aussi du projet d’un Centre militaire de formation professionnelle multidisciplinaire en cours de réalisation à Sidi Bouzid, qui sera opérationnel au cours de la prochaine année de formation.
Par ailleurs, l’institution militaire s’est engagée dans un programme d’industrialisation militaire, dans le cadre du soutien au système de production national. L’objectif est de développer les capacités opérationnelles des forces armées et de réduire les dépenses de défense qui ont augmenté en raison de la hausse des besoins de l’institution militaire, conjuguée à la dépréciation du cours du dinar, à la complexité des procédures d’acquisition et au rallongement des délais de livraison (qui dépassent parfois 3 ou 4 ans). Autant de défis qui font de l’industrialisation militaire un choix stratégique.
La Direction Générale des Matériels Roulants et des Essences avait annoncé en octobre 2021, la conception et la fabrication du premier modèle d’un véhicule blindé baptisé Barbe, en référence au cheval berbère.
Dans le même contexte, la fabrication du premier patrouilleur naval, par des compétences tunisiennes, Istiklal 201, entré en service en 2015, pesant 80 tonnes, mesurant plus de 27 mètres de long et naviguant à une vitesse de 25 nœuds par heure, a témoigné de la qualité des compétences militaires et civiles dont regorge l’institution militaire tunisienne.
Cette expérience a permis de réduire les coûts et par conséquent de fabriquer 6 unités navales d’une longueur de 25,5 mètres au profit de la Marine nationale. Des travaux sont actuellement en cours pour fabriquer un patrouilleur naval de 52 mètres de long, qui sera prêt d’ici fin 2026.
À travers la stratégie d’industrialisation militaire dans laquelle s’est engagée l’institution militaire, la Tunisie aspire non seulement à répondre aux besoins spécifiques des forces armées, mais aussi à renforcer le partenariat et l’intégration entre les secteurs public et privé, et à créer de nouvelles opportunités de développement en investissant dans des secteurs prometteurs.



