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Coupures d’eau et d’électricité : Vers des sanctions exemplaires contre les responsables défaillants

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  • 23 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Coupures d’eau et d’électricité : Vers des sanctions exemplaires contre les responsables défaillants

Face à des coupures d’électricité et d’eau d’une ampleur inédite, la justice tunisienne a ouvert plusieurs enquêtes pour déterminer les responsabilités au sein de la Steg et du réseau national. Le Président Kaïs Saïed dénonce une situation « anormale », et des députés réclament l’audition urgente du ministre de l’Énergie.

La Presse — Des délestages électriques d’une ampleur inédite paralysent plusieurs gouvernorats dans le pays depuis environ deux semaines. Entre exaspération citoyenne et menaces directes sur l’économie numérique, la tension est à son comble.

Face à la multiplication de ces coupures prolongées,  parfois survenant sans le moindre préavis, la justice a décidé de s’en saisir d’urgence. De Tunis à Sfax, en passant par Nabeul et Bizerte, plusieurs parquets de la République ont ordonné l’ouverture d’enquêtes judiciaires, témoignant de l’étendue géographique du chaos.

Pour faire la lumière sur ces défaillances, les procureurs de la République ont d’ores et déjà engagé l’audition des premiers responsables. Cadres de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) et gestionnaires du réseau sont dans le viseur. Des poursuites légales seront engagées dès que les responsabilités individuelles auront été établies.

Toutefois, dans cette démarche judiciaire, faut-il encore le souligner, le respect de la présomption d’innocence demeure un principe cardinal. Si les auditions en cours visent à faire la lumière sur d’éventuelles défaillances administratives ou techniques, aucune responsabilité pénale ou individuelle ne saurait être établie avant l’aboutissement des investigations et des procédures légales.

Le Président juge “anormales” les coupures 

Cette offensive judiciaire vient faire écho au sommet de l’État. Lors de sa visite le 19 juillet au complexe hydraulique de Ghadeer El Golla, le Président Kaïs Saïed a vivement dénoncé une situation jugée « anormale ». Martelant que « chaque responsable doit assumer son devoir », le Chef de l’État a adopté un ton ferme, laissant présager des sanctions exemplaires contre les cadres défaillants.

Pour leur part, et s’appuyant sur leur rôle de contrôle exécutif, des députés à l’ARP  ont déposé une pétition pour réclamer une séance plénière urgente afin d’auditionner le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie face à la crise des coupures d’électricité. L’initiative vise à obtenir des explications sur cinq axes majeurs , à savoir les causes des pannes, la préparation du réseau face aux pics estivaux, les investissements en maintenance, les mesures d’urgence et la situation de la Steg. 

Une colère citoyenne alimentée par le flou des annonces

Sur le terrain, de nombreux citoyens expriment leur exaspération. Les communiqués publiés par la Steg pour annoncer les coupures sont jugés « vagues » et imprécis quant aux lieux et aux horaires concernés, ce qui a fini par mettre les nerfs de la population à rude épreuve. 

Beaucoup dénoncent l’impossibilité de s’organiser au quotidien face à des coupures dont ils ne connaissent ni la durée ni le périmètre exact. C’est, en effet, la première fois dans l’histoire récente du pays que des coupures d’une telle ampleur touchent simultanément la quasi-totalité des régions et s’étalent dans le temps.

La canicule exceptionnelle qui a frappé la Tunisie ces dernières semaines explique en partie la hausse de la demande, mais elle ne suffit pas, selon de nombreux observateurs, à justifier des délestages qui durent depuis près de deux semaines. L’inquiétude grandit face à cette situation présentée comme provisoire, dont les citoyens craignent qu’elle ne s’installe dans la durée et ne devienne une nouvelle habitude. Ils ont mille fois raison et ont peur du provisoire qui dure. 

Un coût économique lourd, en particulier pour les travailleurs en ligne

Au-delà de la gêne quotidienne, ces coupures à répétition font peser un risque réel sur l’économie tunisienne. Les entreprises industrielles et artisanales voient leur production ralentie ou interrompue, avec des pertes de matières premières et des retards de livraison difficiles à rattraper.

Les commerces, notamment ceux dépendant de la chaîne du froid, subissent des pertes de marchandises, tandis que les petites structures peinent à faire face aux coûts supplémentaires liés aux groupes électrogènes.

Les travailleurs indépendants du numérique sont particulièrement exposés. Freelances, développeurs, graphistes ou téléopérateurs travaillant pour des plateformes internationales dépendent d’une connexion internet stable pour honorer leurs contrats et respecter leurs délais.

Une coupure de courant, même de quelques heures, peut leur faire perdre un client, entacher leur réputation sur les plateformes freelance où la ponctualité est notée, voire annuler des paiements liés à des missions non livrées à temps. Ce secteur, en pleine croissance et générateur de devises pour le pays, est ainsi directement fragilisé par l’instabilité du réseau électrique.

À plus grande échelle, cette instabilité énergétique risque d’écorner l’image de la Tunisie auprès des investisseurs étrangers à un moment où le pays cherche justement à consolider son attractivité dans les services numériques et l’outsourcing. 

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Auteur

Samir DRIDI

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