Soixante-dix ans du Code du statut personnel : un précieux acquis qui résiste au temps
À l’occasion du 70e anniversaire du Code du Statut Personnel (CSP), l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) a organisé ce mercredi une conférence internationale intitulée « 70 ans de CSP : où en sommes-nous par rapport à l’égalité ? ». Organisé en partenariat avec Novact, la Solidarité civique, la fondation Heinrich-Böll, Avocats sans frontières et avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas, l’événement a réuni experts juridiques, sociologues et figures de la société civile pour examiner les acquis majeurs du texte, mais aussi ses limites actuelles face aux résistances patriarcales.
Lors des débats, la présidente de l’ATFD, Raja Dahmani, a rappelé que l’abolition de la polygamie et l’instauration du divorce judiciaire ont constitué un tournant historique pour la citoyenneté des Tunisiennes. Elle a néanmoins souligné que cet anniversaire doit servir de tremplin pour abattre les discriminations persistantes. L’association exige notamment la fin du statut de chef de famille accordé à l’homme et l’instauration de l’égalité successorale. Selon Mme Dahmani, le blocage sur l’héritage relève avant tout d’une décision politique face au conservatisme ambiant, dont les premières victimes restent les femmes rurales et précarisées, souvent privées de leur droit à la terre.
Ce constat d’une législation à deux vitesses est partagé par l’avocate Yousra Daaloul, qui déplore la lenteur des réformes depuis l’indépendance. Pointant du doigt le fait que les hommes détiennent près de 90 % des propriétés foncières alors que les femmes constituent la main-d’œuvre clé du secteur agricole, elle appelle à un « courage politique » capable d’opérer une seconde rupture législative, en parfaite harmonie avec la Constitution.
Sur le plan sociologique, Dorra Mahfoudh a nuance l’impact du texte en rappelant qu’il a consolidé la stabilité familiale et favorisé l’accès des filles à l’éducation. Alors que les femmes contribuent aujourd’hui à hauteur de 30 % à 40 % du budget du ménage, la sociologue rejette l’idée reçue d’une explosion des divorces — le taux de femmes divorcées ne dépassant pas 2,8 % selon l’INS. Tout en saluant un code qui « résiste au temps », elle plaide pour des aménagements progressifs, suggérant notamment de laisser aux citoyens le libre choix entre le régime successoral traditionnel et l’égalité stricte.



