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Romans sous soupçon d’IA : le vide juridique tunisien inquiète

  • 17 août 2026
  • 4 min de lecture
Romans sous soupçon d’IA : le vide juridique tunisien inquiète

Deux romans très attendus, l’un américain, l’autre britannique, ont été retirés de la vente en 2026 après des soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle. Une onde de choc qui interroge aussi la scène éditoriale tunisienne, encore sans cadre déontologique sur la question.

Le monde de l’édition traverse une nouvelle crise de confiance. En l’espace de quelques mois, deux romans très attendus ont été retirés de la vente après des soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle, relançant le débat sur l’authenticité littéraire à l’ère de l’IA générative.

Le 29 juillet 2026, l’agent littéraire Marc Gerald, de l’agence Europa Content, a retiré du marché le manuscrit de *Call Me, I’ll Hide the Body*, roman policier signé Jerry Falade, doctorant nigérian en chimie à la Southern Methodist University de Dallas. L’ouvrage avait pourtant suscité une enchère entre 14 maisons d’édition, remportée par Minotaur, filiale de Macmillan, pour 2,4 millions de dollars, incluant un second roman. HarperCollins avait de son côté sécurisé les droits britanniques, et des studios hollywoodiens négociaient déjà une adaptation à l’écran.

Selon un courriel envoyé aux éditeurs internationaux et consulté par la presse spécialisée, Gerald a expliqué ne plus pouvoir authentifier comment le manuscrit avait évolué de sa conception initiale jusqu’à sa forme achevée. Il a néanmoins précisé que sa décision ne reposait pas sur un logiciel de détection d’IA, jugeant cette technologie encore peu fiable.

Falade, lui, dément catégoriquement avoir utilisé l’IA pour écrire son livre. Interrogé par le Wall Street Journal, il affirme avoir eu recours à un modèle d’IA open source, exécuté localement sur son ordinateur, mais uniquement à des fins de recherche documentaire, notamment pour explorer discrètement des sujets sensibles comme les produits chimiques capables de dissoudre un corps humain, thème central de son intrigue. L’auteur dénonce par ailleurs un traitement inéquitable envers les écrivains noirs, affirmant que trois auteurs afro-descendants ayant décroché des contrats majeurs cette année ont vu leurs accords annulés ou suspendus sur la base de soupçons similaires d’IA.

Quatre mois plus tôt, en mars 2026, l’éditeur Hachette avait annoncé l’annulation de la sortie américaine de Shy Girl, roman d’horreur de l’autrice américaine Mia Ballard, ainsi que l’arrêt de sa diffusion au Royaume-Uni. Publié initialement en autoédition en février 2025, avant d’être racheté par Hachette puis publié au Royaume-Uni en novembre 2025, le livre avait rencontré un certain succès, notamment grâce au bouche-à-oreille sur BookTok.

L’annulation est intervenue après une enquête du New York Times, qui a présenté à Hachette des éléments jugés révélateurs d’un recours à l’IA. Il s’agirait, selon le journal, du premier roman d’un grand groupe d’édition retiré pour ce motif. Un porte-parole de Hachette a affirmé que l’entreprise reste engagée à protéger l’expression créative originale et la narration.

Ballard nie avoir personnellement utilisé l’IA pour écrire son roman, affirmant qu’une personne engagée pour l’édition du manuscrit autoédité aurait introduit des modifications générées par IA à son insu. Elle affirme envisager des poursuites judiciaires contre cette personne et déclare que la controverse a gravement affecté sa santé mentale.

Les deux affaires illustrent un problème structurel plus large : l’industrie de l’édition ne dispose d’aucun outil de détection fiable et largement adopté pour authentifier un manuscrit. Selon des observateurs du secteur, seule une poignée d’éditeurs, principalement universitaires, utilisent des services spécialisés comme Pangram, présenté comme actuellement le plus avancé du marché, sans être infaillible pour autant. Cette absence de méthode standardisée expose les auteurs à des décisions prises dans l’urgence, souvent en quelques heures, sans procédure contradictoire claire, une situation que Falade comme Ballard ont tous deux dénoncée publiquement.

L’onde de choc reste pour l’instant circonscrite aux marchés anglophones, mais elle interroge déjà la scène éditoriale nationale. Quant au paysage littéraire national, la question de l’intelligence artificielle dans les métiers du livre a certes été effleurée publiquement, notamment lors d’un colloque organisé dans le cadre de la Foire Internationale du Livre de Tunis en 2026. Mais aucun débat professionnel officiel n’a encore été engagé par l’Union des Écrivains Tunisiens ni par la Fédération Tunisienne des Éditeurs sur l’utilisation partielle ou totale de l’IA dans la production ou l’optimisation des manuscrits.

Résultat : aucune charte n’encadre à ce jour une utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans l’édition et la création littéraire tunisienne, laissant auteurs et éditeurs sans cadre déontologique clair face à une technologie déjà bien installée dans les usages.

Auteur

S. M.

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