Editorial

Gouverner l’urgence, bâtir l’avenir

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  • 22 août 2026
  • 3 min de lecture
Gouverner l’urgence, bâtir l’avenir

«Tout, tout de suite». La formule traduit une impatience bien réelle dans une  grande partie de la société tunisienne. Elle est, du moins, compréhensible. Lorsque les prix augmentent, que l’eau ou l’électricité viennent à manquer, ou que l’accès à l’emploi et aux services publics se complique, il est naturel d’attendre des réponses rapides. Mais peut-on raisonnablement demander à l’action publique de réparer en quelques mois des fragilités accumulées au fil des années ?

La question mérite d’être posée sans opposer l’urgence aux réformes de fond. La Tunisie doit répondre aux difficultés du quotidien tout en s’attaquant à des dossiers qui nécessitent du temps, comme l’énergie, l’eau, les transports, l’éducation ou encore les entreprises publiques. Aucun de ces chantiers ne peut être réglé par une décision isolée. Ils exigent des investissements et surtout de la continuité.

Mais le temps nécessaire à une réforme ne doit pas se transformer en attente indéfinie. Le décret-loi relatif au recrutement des docteurs chômeurs en est une illustration. Même lorsque sa mise en œuvre est progressive, les personnes concernées doivent savoir où en est le processus et quelles sont les prochaines étapes. Le citoyen n’exige pas que tout soit réglé immédiatement. Il veut surtout voir les engagements se traduire progressivement dans les faits. Il en va de même pour le passeport et la carte d’identité biométriques dont la mise en œuvre se fait encore attendre.

C’est sans doute là que se joue une partie du contrat de confiance. L’État doit expliquer ses choix, donner de la visibilité et rendre compte des résultats. Mais la relation entre l’État et le citoyen ne peut reposer uniquement sur les attentes et les revendications. Elle suppose aussi une responsabilité partagée, celle de respecter les règles, de préserver les biens et services collectifs, de contribuer à l’effort national et d’accepter certains choix lorsqu’ils répondent à l’intérêt général.

À l’inverse, une grève déclenchée sans préavis et sans considération pour ses conséquences pénalise directement les citoyens, désorganise les services et perturbe l’activité économique. Une contestation imprévisible peut ainsi alimenter les tensions et fragiliser le lien de confiance qu’elle entend pourtant défendre.

Il ne s’agit ni de demander aux Tunisiens de patienter indéfiniment ni d’attendre des miracles immédiats. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’urgence du quotidien et la préparation de l’avenir. Car la confiance ne naît pas de la promesse de résultats instantanés. Elle se construit lorsque les citoyens constatent, dans la durée, que les décisions prises produisent réellement des changements.

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Auteur

Samir DRIDI

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