Culture

A propos de… Nos festivals de l’été : Où est passé l’élan solidaire ?

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  • 19 septembre 2026
  • 4 min de lecture
A propos de… Nos festivals de l’été : Où est passé l’élan solidaire ?

Cet été, la Tunisie a battu tous ses records de feux de forêt, au cœur d’une saison caniculaire hors norme. Pendant que le pays comptait ses hectares calcinés, ses coupures de courant et ses pénuries d’eau, ses grandes soirées estivales, elles, se sont poursuivies comme si de rien n’était. Un pincement au cœur pour un grand rendez-vous manqué avec la solidarité.

La Presse — Notre planète a connu son mois d’août le plus chaud jamais enregistré selon l’Organisation météorologique mondiale. En Tunisie, le thermomètre a frôlé les 50 °C à Kairouan comme à Béja, se traduisant sur le terrain par des massifs ravagés et des familles éprouvées.

Les données publiées par l’Office national de la Protection civile confirment l’ampleur du sinistre avec plus de 15.000 hectares partis en fumée, marquant une envolée de plus de 500 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de départs de feux a augmenté de près de 50 %, imposant plus de 66.000 interventions au total.

Cette vague de chaleur a engendré des crises en cascade. L’usage massif de la climatisation a poussé la Société tunisienne de l’électricité et du gaz à multiplier les coupures tournantes. Ces délestages ont paralysé les stations de pompage, plongé des hôpitaux dans l’obscurité et ralenti les usines d’eau minérale, provoquant des rayons vides dans les supermarchés.

La grande majorité des Tunisiens a subi ce quotidien éprouvant. Ce qui surprend réside dans le silence d’une partie de nos artistes et vedettes au moment où le pays réclamait une cohésion nationale. La 60e édition du Festival international de Carthage s’est déroulée du 16 juillet au 19 août, en plein cœur du désastre subi par le Kef et Siliana. Malgré vingt soirées prestigieuses et un budget de 3,5 millions de dinars, aucune action n’a été menée en faveur des sinistrés. Ni hommage, ni collecte de fonds, ni téléthon n’ont été organisés à la hauteur de l’événement.

Cette critique ne cible pas le ministère de tutelle, mais regrette l’absence de responsabilité sociétale de la scène culturelle. Il n’est pas question d’annuler des spectacles préprogrammés ou de plonger le pays dans la morosité, mais d’exiger que la notoriété serve aussi les urgences de la Nation. La culture a toujours constitué un vecteur d’engagement et la réduire au divertissement représente un gâchis.

Ce manque d’initiatives interpelle d’autant que des précédents existent. Le 18 août 2023, le Théâtre romain de Carthage accueillait la soirée caritative «Tous avec Tabarka». L’intégralité des recettes avait soutenu la reconstruction des zones sinistrées et rendu hommage aux pompiers, agents des forêts et militaires. Rien n’empêchait de reproduire ce geste en 2026. L’étranger offre des exemples similaires, à l’image des concerts caritatifs diffusés en prime time en France pour récolter des fonds après les feux estivaux.

La solidarité n’a pas disparu pour autant. À Bargou, la société civile et des associations locales ont lancé des campagnes de dons dès le début du mois de septembre. La mobilisation est née du terrain, portée par des citoyens anonymes, alors qu’elle aurait dû trouver un relais chez des personnalités disposant d’une véritable caisse de résonance.

Une soirée dédiée, un appel aux dons à la télévision ou une simple publication sur les réseaux sociaux n’auraient pas éteint les flammes. Ces gestes auraient au moins apporté du réconfort et allégé la charge financière de la reconstruction. Cet été, la solidarité s’est effacée derrière la fête et l’indifférence.

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Auteur

Samir DRIDI

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