Reportage – SOS Villages d’Enfants : Pour plus de proximité, un nouveau siège à Menzah IX
Le slogan choisi pour l’inauguration du nouveau siège administratif du Village d’enfants SOS Gammarth « Au plus près des cœurs… Au plus près de l’impact » résume à lui seul la nouvelle orientation de l’association.
Installé au 19, rue Slimane-Rezgui dans le quartier de Menzah IX, du gouvernorat de l’Ariana, ce nouvel espace administratif, inauguré samedi 3 octobre 2026, ne se veut pas un simple changement d’adresse. Il traduit une volonté de rapprocher l’organisation de ses bénéficiaires, de ses partenaires et, plus largement, de la société tunisienne.
La Presse — Derrière les murs de ce nouveau siège, il y a surtout une ambition : faire de la proximité un véritable outil de solidarité. Car aujourd’hui, l’action de SOS Villages d’enfants ne se limite plus à l’accueil des enfants privés de soutien familial. Elle s’étend progressivement à l’accompagnement des familles vulnérables, à la prévention de la séparation familiale, au soutien scolaire et à la mobilisation de toute une communauté autour de l’enfance.
Une administration au plus près des maisons
Pour Mohamed Megdiche, président de l’Association tunisienne des villages d’enfants SOS, membre du Conseil international de la Fédération internationale des villages d’enfants SOS à Vienne et président de la région Afrique de l’Ouest, du Centre et du Nord des Villages d’enfants SOS, le choix de rapprocher l’administration des maisons d’accueil répond à une évolution profonde du modèle de l’association.
Les maisons SOS ne sont plus conçues comme des structures isolées. Elles sont désormais intégrées à la communauté, avec des familles SOS installées dans différents quartiers et régions du Grand Tunis. « C’est essentiel pour nous que l’administration soit près des maisons », explique-t-il, soulignant l’importance d’une organisation capable de rester au contact des familles et des enfants qu’elle accompagne.
Le nouveau siège devient ainsi le centre administratif du Village d’enfants SOS Gammarth. Il regroupe les services de direction, de comptabilité, de finance et d’administration, mais aussi les équipes chargées du renforcement familial. Il constitue également un point de coordination pour les différents bureaux intervenant dans le Grand Tunis.
Cette organisation répond à une réalité devenue beaucoup plus large. Le Village d’enfants SOS Gammarth supervise aujourd’hui treize maisons intégrées dans la communauté ainsi que plusieurs bureaux de soutien aux familles. Selon les responsables de l’association, 4 235 enfants et jeunes sont actuellement accompagnés dans le Grand Tunis et le gouvernorat de Nabeul.
Prévenir plutôt que réparer
C’est sans doute l’un des changements les plus significatifs dans l’approche de SOS Villages d’enfants : agir avant que la rupture familiale ne devienne irréversible.
Rami Ben Salah, directeur de l’association SOS Gammarth, insiste sur la vocation des bureaux de soutien familial. Leur mission consiste à intervenir auprès des familles en situation de vulnérabilité afin de renforcer leurs capacités et de préserver l’environnement familial de l’enfant.
L’objectif est donc de prévenir la séparation, mais aussi le décrochage scolaire. L’intervention concerne à la fois les parents et les enfants, avec l’idée de créer les conditions nécessaires à une enfance plus stable, à la poursuite de la scolarité et, à terme, à une meilleure insertion dans la société.
Cette approche donne au nouveau siège une dimension qui dépasse largement celle d’un centre administratif. Il devient un point de convergence entre les équipes de terrain, les familles, les partenaires institutionnels et les citoyens souhaitant s’engager.
« Il ne s’agit pas simplement d’un bureau dédié à la collecte de fonds », précise Rami Ben Salah. Le siège est présenté comme un espace ouvert aux Tunisiennes et aux Tunisiens qui souhaitent découvrir les programmes de l’association, apporter un soutien matériel ou moral ou simplement mieux comprendre son action.
Une croissance portée par la solidarité
Cette nouvelle implantation intervient alors que les besoins augmentent et que le champ d’intervention de l’association s’élargit.
Selon Mohamed Megdiche, le nombre de bénéficiaires a connu une progression importante, portée notamment par l’augmentation des moyens disponibles et par les contributions de particuliers et d’entreprises, en Tunisie comme à l’étranger.
L’association mise ainsi sur la confiance des donateurs pour poursuivre son développement. Les dons permettent de financer le parrainage des enfants, mais également les programmes de soutien familial et les différentes actions destinées à accompagner les enfants et les jeunes sur la durée.
Pour les responsables de SOS Tunisie, cette progression traduit aussi une évolution du regard porté sur les enfants privés de soutien familial. L’enjeu n’est pas seulement de répondre à une urgence sociale, mais de garantir à chaque enfant l’accès à la santé, à l’éducation, à la protection et à un environnement familial sécurisant.
Le message est simple : l’enfant ne doit pas être défini par sa situation familiale. Il doit pouvoir bénéficier des mêmes droits et des mêmes opportunités que les autres enfants.
Les mosquées, relais d’un message de solidarité
Cette mobilisation dépasse désormais le cadre associatif. SOS Villages d’enfants cherche également à s’appuyer sur des relais présents au cœur de la société tunisienne.
Saïfeddine Kouki, conseiller en communication de l’Association tunisienne des villages d’enfants SOS, chargé du dossier des affaires religieuses et des influenceurs religieux, revient ainsi sur la convention conclue en 2024 avec le ministère des Affaires religieuses. Cette convention permet à l’association de travailler avec les directions régionales des affaires religieuses et avec les imams prédicateurs. L’idée est de faire des mosquées un espace supplémentaire de sensibilisation à la cause des enfants privés de soutien familial.
Dans un pays où les mosquées constituent des lieux de proximité et où le discours de l’imam bénéficie d’une relation de confiance avec les fidèles, l’association voit dans ce partenariat un moyen de toucher un public beaucoup plus large.
L’appel au parrainage des enfants et à la solidarité peut ainsi être relayé à travers les prêches du vendredi. « L’objectif est avant tout humanitaire », rappelle Saïfeddine Kouki, qui insiste sur la nécessité de dépasser la seule transmission d’un message pour permettre aux imams de mieux comprendre les principes et les valeurs portés par l’association.
Un programme de formation des imams prédicateurs est d’ailleurs engagé depuis environ un an et demi. Pour SOS Villages d’enfants, cette démarche doit permettre d’inscrire la sensibilisation dans la durée et de renforcer progressivement son impact.
Un siège, mais surtout une porte ouverte
À Menzah 9, le nouveau siège veut donc incarner cette nouvelle étape : une administration plus proche des maisons, des équipes davantage coordonnées, des familles accompagnées plus tôt et une association qui cherche à élargir son réseau de solidarité.
Le bâtiment n’est finalement que la partie visible d’une transformation plus large. Derrière les bureaux se trouve un dispositif qui tente de répondre à une question essentielle : comment éviter qu’un enfant bascule dans la vulnérabilité lorsque sa famille traverse des difficultés ?
La réponse de SOS Villages d’enfants passe par la proximité, la prévention et l’accompagnement. Mais aussi par la mobilisation collective : institutions, collectivités, entreprises, donateurs, professionnels de l’enfance, associations, imams et citoyens.
C’est précisément là que prend tout son sens le thème de cette inauguration : « Au plus près des cœurs… Au plus près de l’impact ». Car pour l’association, être proche ne signifie pas seulement être géographiquement présent. Cela signifie être suffisamment proche des familles pour comprendre leurs difficultés, intervenir à temps et donner aux enfants les moyens de construire leur avenir.
Ce siège témoigne de l’ouverture de l’association sur son environnement social et administratif. Son implantation s’inscrit dans le cadre de la stratégie de proximité adoptée par l’association. Il permet à l’association d’être plus proche des enfants, des familles, des partenaires et des donateurs.


