Ressources hydriques : Visibilité décisionnelle et réglementaire
Depuis quelque temps, la valorisation de nos ressources hydriques s’est replacée au cœur de tous les programmes de développement national. C’est que la situation actuelle n’est plus confortable et la menace d’un stress hydrique est, désormais, réelle.
Un constat préoccupant qui justifie les multiples et importantes dispositions retenues par le Chef de l’Etat pour trouver, rapidement, une issue positive et durable à cette question. Le lancement, d’ailleurs, de tout un plan pour la garantie, d’ici à 2050, de la sécurité hydrique, que le Président de la République qualifie comme l’un des fondements de la souveraineté nationale, conforte cette orientation stratégique.
La Presse — D’ici peu, et à défaut d’une planification prospective, l’eau constituerait une contrainte économique nationale majeure, comme c’est le cas pour tous pays, même si les degrés de pression sont différents. C’est ce que retient le dernier bulletin de conjoncture économique de la Banque mondiale.
En effet, ayant consacré tout un dossier au « défi de l’eau en Tunisie : de la rareté à la résilience», l’institution financière reconnaît que la garantie de la sécurité hydrique se positionnerait, tout au long de la prochaine étape, parmi les principaux enjeux socioéconomiques du pays (La Presse du 22 septembre).
Les statistiques révélées confortent ce constat. Notre pays dispose, en effet, d’environ 380 mètres cubes d’eau douce, par habitant et par an, alors que le seuil de pénurie absolue est fixé à 500 mètres cubes, ce qui fait de la Tunisie l’un des pays les plus pauvres en eau et, du coup, les plus exposés au stress hydrique.
Un niveau à risque que la BM explique par le fait que durant les «huit des dix dernières années, les précipitations étaient nettement inférieures à la moyenne».
Un traitement de fond
Certes, les pluies de 2025-2026 ont permis une nette amélioration du niveau des barrages, mais elles restent insuffisantes pour pouvoir modifier la tendance de fond. Elles offrent, tout juste, «un simple répit».
Une situation, donc, délicate, qui impose des dispositions particulières pour améliorer la capacité nationale de mobilisation et de préservation des ressources hydriques. Une exigence d’autant plus incontournable que «le coût économique potentiel» de la raréfaction de l’eau est considérable. La Banque estime que la pénurie d’eau «pourrait provoquer des pertes atteignant les 6,4% du PIB d’ici 2050».
Un scénario alarmant qui exige un passage rapide d’une politique de gestion de crise à toute une stratégie de résilience intelligente qui repose sur des piliers opérationnels bien précis. La mise en application d’une telle stratégie est d’autant plus importante que la valorisation de nos ressources hydriques constitue, comme le rappelle régulièrement le Président de la République, un enjeu de sécurité nationale. L’engagement d’un programme ambitieux pour la réhabilitation de 74 lacs tout comme la construction de 11 nouveaux bassins d’ici à 2026, pour une enveloppe de 7 milliards de dinars, conforte ce souci de valorisation.
Cela devrait porter, d’abord, sur l’optimisation de la demande, notamment au niveau des secteurs à forte consommation comme l’agriculture, qui continue à absorber plus de 80% de nos ressources, ainsi que la modernisation de l’infrastructure, indispensable pour réduire le gaspillage d’eau. Les dernières statistiques retiennent, justement, que le taux des pertes physiques d’eau au niveau des réseaux de la Sonede s’est élevé au cours de l’été 2026 à 23%. Une moyenne que tous les experts qualifient de préoccupante.
L’optimisation de la demande et la modernisation dans le secteur agricole ne pourraient être, toutefois, possibles sans l’élargissement du niveau technologique qui a le mérite d’aider le secteur à s’orienter, même progressivement, vers les cultures les plus résilientes aux changements climatiques.
Les piliers de la nouvelle stratégie de l’eau devraient porter, ensuite, sur la bonne maîtrise des ressources non conventionnelles et la réforme de la gouvernance, à travers l’adoption d’une approche intégrée qui tiendrait compte de tout l’écosystème hydrique.
Toutefois, l’on estime que la garantie de la sécurité hydrique ne repose uniquement pas sur la modernisation de l’infrastructure, l’innovation technologique et la bonne gouvernance, mais elle devrait être associée à une visibilité décisionnelle et réglementaire.
La bonne application du nouveau code de l’eau pourrait apporter une réponse positive à cette question.


