Les retraités peuvent bénéficier des crédits sur l’honneur en Tunisie, à condition de satisfaire aux critères d’octroi des banques et de disposer d’une capacité de remboursement suffisante, a affirmé lundi 12 octobre 2026 l’expert bancaire Sofiene Weriemi. Entré en application au début du mois d’octobre, ce dispositif suscite un fort engouement, au point que plusieurs établissements bancaires ont déjà épuisé les enveloppes réservées aux particuliers.
Intervenant sur express Fm, Sofiene Weriemi a précisé qu’aucune disposition légale explicite n’exclut les retraités de ce mécanisme de financement. Leur accès au crédit dépend toutefois des politiques internes des banques, notamment en matière de limite d’âge, de revenus et d’évaluation de la capacité de remboursement.
Certains établissements fixent un âge maximal pour l’octroi de crédits, qui peut atteindre 70 ans, voire dépasser ce seuil selon la nature du financement et les procédures appliquées. Le statut de retraité ne constitue donc pas, à lui seul, un motif de rejet. Chaque demande reste soumise à l’examen de la banque concernée.
Des crédits sans intérêts ni garanties réelles
Instaurés dans le cadre de la révision de la loi de 2024 relative aux chèques, les crédits sur l’honneur sont destinés aux particuliers, aux porteurs de petits projets, aux petites et moyennes entreprises (PME) ainsi qu’aux sociétés communautaires.
Le dispositif prévoit que les banques réalisant des bénéfices consacrent 8 % de leurs bénéfices annuels au financement de ces crédits. Les montants maximaux sont fixés à 5 000 dinars pour les particuliers, à 10 000 dinars pour les porteurs de petits projets et à 25 000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires.
Ces crédits sont accordés pour une durée maximale de deux ans, avec la possibilité de bénéficier d’un délai de grâce pouvant atteindre six mois. Ils ne sont soumis ni à des intérêts ni à des commissions et ne nécessitent pas de garanties réelles.
L’absence de garanties ne signifie cependant pas que les demandes sont automatiquement acceptées. Les banques conservent le droit d’examiner la situation financière des candidats et de vérifier leur capacité à rembourser les sommes empruntées, conformément à leurs procédures internes, a souligné Sofiene Weriemi.
Plusieurs banques ont déjà épuisé leurs enveloppes
Depuis le lancement du dispositif, les demandes ont afflué, particulièrement de la part des particuliers et des porteurs de petits projets. Selon l’expert bancaire, plusieurs établissements ont commencé à répondre aux demandes dès les premiers jours d’octobre, tandis que certains ont déjà épuisé les montants alloués aux particuliers.
Cette situation s’explique notamment par le décalage entre les enveloppes financières disponibles et le nombre de demandes déposées. Les ressources mobilisables varient également d’une banque à l’autre, en fonction des bénéfices réalisés au cours de l’année de référence. Le nombre de crédits susceptibles d’être accordés dépend ainsi des moyens financiers propres à chaque établissement.
Cet engouement intervient alors que le dispositif vient à peine d’entrer en application et que certaines modalités pratiques continuent d’être mises en place par les institutions concernées.
Des procédures différentes selon les banques
Les demandes de crédits sur l’honneur ne passent pas par une plateforme nationale unique. Chaque banque utilise sa propre plateforme et applique ses procédures pour recevoir les dossiers, les examiner et notifier sa décision.
Certains établissements demandent, dans un premier temps, uniquement les informations personnelles et bancaires du candidat. Après un premier examen, ils peuvent délivrer un accord de principe et inviter le demandeur à fournir les pièces complémentaires.
D’autres banques exigent, dès le dépôt de la demande, l’ensemble des documents nécessaires à l’étude du dossier.
Sofiene Weriemi a insisté sur la distinction entre l’accord de principe et l’octroi définitif du crédit. Une réponse favorable à l’étape initiale ne garantit pas le déblocage des fonds : le demandeur doit compléter son dossier et les informations communiquées doivent être vérifiées avant la décision finale.
Un taux d’endettement supérieur à 40 % n’entraîne pas automatiquement un refus
L’expert a également abordé le cas des demandeurs dont les prélèvements mensuels dépassent 40 % des revenus. Il a précisé qu’aucune disposition légale générale ne fixe ce seuil comme une limite applicable à l’ensemble des crédits bancaires.
Les méthodes d’évaluation varient selon les établissements. Certaines banques calculent la capacité de remboursement sur la base du revenu brut, tandis que d’autres retiennent le revenu net.
L’analyse prend également en considération les engagements financiers existants, notamment les mensualités d’autres crédits bancaires et les prélèvements en cours. Ces éléments permettent à la banque d’évaluer la possibilité pour le demandeur d’assumer une charge financière supplémentaire.
Le dépassement du seuil de 40 % ne permet donc pas, à lui seul, de conclure à l’acceptation ou au rejet d’une demande de crédit sur l’honneur. La décision dépend de l’évaluation globale du dossier et des critères appliqués par l’établissement prêteur.
En conclusion de son intervention, Sofiene Weriemi a rappelé que les crédits sur l’honneur s’inscrivent dans un ensemble de mesures introduites dans le cadre de la révision de la loi relative aux chèques.
Ils constituent une source de financement supplémentaire pour les particuliers et les entreprises. Toutefois, les enveloppes disponibles, limitées au regard de la demande, entraînent des différences dans les possibilités d’accès au dispositif, tant entre les banques qu’entre les clients. Les résultats de cette première phase de mise en œuvre permettront d’évaluer la portée du mécanisme et les perspectives de son maintien au cours des prochaines années.
R.I



