Editorial

Gaza : la famine sous le cessez-le-feu

  • 14 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Gaza : la famine sous le cessez-le-feu

LE silence des armes ne signifie pas la fin de la souffrance à Gaza. Alors que le cessez-le-feu devait ouvrir une brèche dans le désastre humanitaire, la faim continue de dévorer les corps, d’épuiser les familles et de voler aux enfants une part de leur avenir. Derrière les chiffres, il y a des vies suspendues à une ration de nourriture, des parents impuissants devant leurs enfants faméliques, des familles entières réfugiées dans des abris de fortune, où chaque journée ressemble à une lutte pour la survie. 

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), quelque 1,4 million de Palestiniens, sur une population de 2,1 millions d’habitants, demeurent en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Près de 200 000 personnes frôlent le seuil de la famine. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles mesurent l’étendue d’une détresse qui persiste, malgré les promesses d’apaisement et les espoirs suscités par la trêve.

En 2025, les Nations unies avaient proclamé l’état de famine dans l’enclave palestinienne ; l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, deux mois plus tard, devait permettre d’améliorer l’approvisionnement, de faciliter l’acheminement de l’aide et de soulager une population épuisée par la guerre. Pourtant, l’urgence alimentaire demeure, la paix annoncée n’a pas rempli les gamelles. Elle n’a pas effacé les ravages de la faim, ni rendu aux familles les conditions élémentaires d’une existence digne.

Car la famine ne se résume pas à l’absence de nourriture, elle s’installe dans les organismes, affaiblit les défenses immunitaires, compromet la croissance et laisse des blessures invisibles. Les enfants, parmi les premières victimes, ne reçoivent toujours pas des quantités suffisantes d’aliments. Les médecins alertent sur les conséquences de la malnutrition aiguë, susceptibles de provoquer des séquelles physiques et cognitives durables. Pour ces enfants, la faim ne menace pas seulement le présent : elle peut hypothéquer toute une vie.

Quelle réparation imaginer pour un enfant dont le développement aura été brisé avant même qu’il ait eu le temps de grandir ? Comment mesurer ce que la privation prolongée de nourriture retire à une génération déjà privée de sécurité, d’école, de soins et de perspectives ? Les blessures de Gaza ne disparaîtront pas avec la fin des bombardements ;  elles continueront de se transmettre dans les corps fragilisés, les mémoires traumatisées et les existences amputées de leurs possibilités.

Face à cette catastrophe, l’aide humanitaire ne peut dépendre des déclarations de bonne volonté ni des aléas des négociations. Elle doit parvenir aux populations en quantité suffisante, régulièrement et sans entrave; nourrir les affamés n’est ni une faveur ni un geste de charité : c’est une exigence humaine fondamentale.

Le cessez-le-feu aurait dû être le commencement du soulagement, il ne saurait devenir le paravent derrière lequel la faim poursuit son œuvre. Car si les armes se taisent tandis que des enfants continuent de dépérir, que signifie réellement la paix ? A Gaza, l’urgence ne se mesure pas seulement au nombre de vies menacées aujourd’hui, mais aussi à celles que la famine condamne lentement pour demain. Laisser cette tragédie se prolonger, c’est accepter que la faim achève ce que la guerre a commencé.

Auteur

Hamma Hannachi

You cannot copy content of this page