Le mouton de l’Aïd, on en reparle encore. Et chacun de ses déclarations pour expliquer les problèmes. En fin de compte, on tourne en rond et le bras de fer entre ceux qui ont agi pour ignorer ce secteur et ceux qui rejettent la responsabilité sur ceux qui spéculent, se poursuit. En définitive, tout est clair.
La mise en place d’un cheptel, qu’il soit ovin ou bovin, ne saurait se faire avec des boules de cristal. Il faut toute une stratégie, des hommes responsables et une volonté de réussir qui déverrouille les blocages que l’on trouve à toutes les étapes.
La Presse — Malheureusement, alors que les mêmes problèmes se posent, on ressort les mêmes excuses. Point de stratégie, une responsabilité diluée, de vagues promesses et rien de concret. Les agriculteurs rejettent la responsabilité sur la sécheresse, les éleveurs sur le manque ou le prix des fourrages, les personnes directement liées à la promotion de ce secteur, à la joie de la spéculation, récitent les mêmes excuses.
L’orage passé, le dossier sera classé. On le ressortira l’année prochaine.
Point de prise en main rigoureuse et décision de prendre cette question de cheptel à bras-le-corps pour le résoudre une bonne fois pour toutes.
Le président de l’Union des agriculteurs, Midani Al-Dhaoui, a révélé que le cheptel ovin tunisien souffre toujours d’une importante pénurie pour l’Aïd al-Idha, malgré un nombre considérable de têtes disponibles. Il a souligné que les besoins du pays en animaux sacrificiels cette année sont estimés entre 900.000 et 950.000 moutons.
Quant aux prix actuellement pratiqués — environ un mois avant l’Aïd al-Idha — ils oscillent entre 1 000 et 1 200 dinars pour un mouton d’environ 20 kg.
Attention aux spéculateurs !
Le président de l’Union des agriculteurs a conseillé à tous les consommateurs d’éviter les intermédiaires et les courtiers, connus sur le marché sous le nom de «Ghashara », qui seront actifs dans les prochains jours pour tenter d’augmenter encore les prix sans tenir compte du pouvoir d’achat des citoyens.
Dans le même temps, Al-Dhaoui a mis en garde contre le danger de l’abattage des femelles et son impact sur le cheptel, appelant à ce que toutes les mesures nécessaires soient prises en la matière, notamment la criminalisation de l’abattage des femelles et des mères reproductrices, ainsi que l’application de la loi contre l’abattage indiscriminé.
Il a estimé que ces infractions, conjuguées au manque de contrôle vétérinaire, contribuaient au déclin du cheptel. Il a réitéré son appel à la nécessité d’organiser des campagnes de vaccination proactives.
Des recommandations qui arrivent un peu tard, car d’après un connaisseur du milieu, les brebis et les mères reproductrices ont été presque décimées. Et le carnage se poursuivra tant qu’on consentira l’abattage en dehors des abattoirs. C’est certes un tout autre problème qui prouve que tout est à refaire, organiser, prendre en main.
Des recommandations qui demeurent des vœux pieux et qui rendent encore plus difficile le redressement de tout ce secteur vital. Car si pour les ovins on pourrait n’en reparler qu’à l’orée du prochain Aïd, pour les bovins indépendamment de la viande, c’est le secteur laitier qui est déjà en turbulence.
Comme il n’y aura pas de miracles, nous en resterons au même point et le consommateur, les Tunisiens en général, ne sauront où donner de la tête, après un ramadan qui a laissé des traces.
Dans une semaine, peut-être moins, nous verrons déferler les troupeaux vers les espaces réservés pour la vente des moutons. On verra des attroupements, mais les acheteurs se feront rares, considérant les prix qui ne seront nullement influencés par les quelques milliers de bêtes importées ou les ventes au kilo des quantités qui seront vite enlevées. Et encore, il faudrait peut-être s’assurer que ces quantités ont été bien vendues au prix fixé et non le contraire.
Par les temps qui courent, on est en droit de se méfier de tout, en s’assurant qu’elles n’ont pas été mises au chaud pour les écouler à soixante dinars le kilo.
Il n’en demeure pas moins que le consommateur ne semble pas comprendre son rôle dans cette lutte contre la spéculation. Tôt le matin, on fait la queue pour acheter des quartiers de moutons dans les boucheries qui s’alignent sur la bretelle reliant l’Ariana à Raoued. On les congèlera pour les sortir en temps opportun.
L’éducation est dure à faire surtout si les enfants s’accrochent et exigent leur méchoui. Les parents plient, au prix de lourds sacrifices qui alourdissent le budget familial.
Au terme de cette revue de la situation à un mois de l’Aïd qui est responsable ?
Il faut se rendre à l’évidence que la reconstitution du cheptel ovin et bovin a besoin de moyens financiers à déployer le plus rapidement possible et de toute une stratégie qui tiendra compte de tous les problèmes et difficultés qui se posent, ce dossier qu’on semble appréhender, alors qu’il est d’une extrême urgence, qui le prendra en charge ?
Nous nous en tenons à ces deux questions.



