Rupture de la chaîne du froid : anticipons les pénuries
La vague de chaleur exceptionnelle que traverse notre pays met à rude épreuve nos infrastructures et impose une forte tension sur notre réseau électrique.
Face à ces épisodes de délestage technique — devenus inévitables pour préserver l’intégralité du système national —, l’heure n’est ni au désarroi ni aux rumeurs anxiogènes, mais à la responsabilité partagée et à la méthodologie.
Il serait vain de nier la réalité des faits : pour nos commerçants, nos restaurateurs, nos éleveurs et nos agriculteurs, chaque coupure de courant représente une épreuve.
De la préservation des denrées fraîches à la chaîne du froid dans la distribution ou la pêche, les risques de détérioration de marchandises sont réels et pèsent lourdement sur la trésorerie de nos professionnels.
Face à ce constat, une question légitime traverse l’opinion : risque-t-on la pénurie ?
La réponse réside dans notre capacité collective à anticiper plutôt que subir. La Tunisie dispose de ressources et de capacités de production résilientes.
Toutefois, pour garantir la continuité du ravitaillement et préserver le pouvoir d’achat comme la santé des citoyens, une série de dispositions fermes et coordonnées doit être consolidée tant qu’il en est temps.
Derrière chaque chiffre, chaque kilowatt économisé et chaque coupure d’électricité, il y a des femmes et des hommes qui travaillent et qui nourrissent le pays.
Il devient urgent de poser une carte sur la table et d’ajuster notre stratégie. Il ne s’agit plus de couper le courant à l’aveugle, mais de protéger prioritairement les poumons vitaux de notre économie : nos bassins agricoles, nos usines agroalimentaires et nos grands entrepôts frigorifiques.
Offrir à ces acteurs une visibilité et une sécurité électrique, même minimale, ce n’est pas leur accorder un privilège : c’est préserver le travail d’une saison, éviter le gâchis de tonnes de nourriture, et garantir que chaque famille tunisienne continue de trouver, demain, de quoi garnir son panier au marché.
Quand le doute s’installe devant l’étal du boucher ou à la terrasse d’un restaurant, c’est tout le lien de proximité qui vacille. Et pourtant, la majorité de nos commerçants — le boucher du quartier, le poissonnier, le restaurateur du coin — se battent chaque jour avec les moyens du bord pour préserver leurs produits et respecter la chaîne du froid, parfois au prix d’efforts financiers surhumains. C’est précisément là que l’État doit intervenir, non pas avec un bâton, mais comme un garant rassurant.



