Editorial

Quand le ciel nous tend un miroir

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  • 14 août 2026
  • 2 min de lecture
Quand le ciel nous tend un miroir

Regarder le ciel au cœur de l’été avec l’angoisse de l’automne, c’est le grand écart permanent de notre époque. On scrute l’horizon, on guette le premier frémissement de l’air, ce moment précis où la terre assoiffée retient son souffle avant la claque des premières averses. Alors, quand les ministères s’agitent et que l’on se réunit autour des cartes, des barrages et des vannes, on ne peut que saluer le geste. C’est l’anticipation qu’on aime, ce sursaut de lucidité qui consiste à ne pas attendre les pieds dans l’eau pour chercher des bottes.

Saluons d’ailleurs cette belle idée d’ancrer le 5 août dans nos mémoires, érigé en sentinelle annuelle en hommage au regretté Amer Horchani, ce « père des barrages » qui savait, mieux que quiconque, parler à l’eau pour qu’elle nourrisse au lieu de détruire. Regarder nos grands ouvrages en face, astiquer les turbines, sonder les digues et curer les grands lits comme celui de la puissante Medjerda, c’est mettre un bouclier devant nos foyers.

Mais attention à ne pas oublier l’envers du décor. Car si l’on surveille avec raison les cathédrales de béton et les géants d’acier, que fait-on de ces petites rivières enragées et de ces canaux invisibles qui serpentent au cœur de nos quartiers ? Là-bas, dans les venelles populaires où la boue guette au moindre nuage un peu trop lourd, les grands plans stratégiques ont parfois des bégaiements. Un caniveau bouché par des décennies de négligence, un avaloir étouffé sous les détritus, et c’est tout un quartier qui chavire, piégé par le silence des petits oublis. On ne peut pas parer aux colères du ciel en ne regardant que le sommet des collines : la sécurité des grands commence toujours par la propreté des petits ruisseaux de la vie quotidienne, car l’eau,  elle, ne retient que le chemin qu’on a eu la paresse de fermer.

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Auteur

Salem Trabelsi

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