CA – Premier bilan de Maher Kanzari : Entre ombres et lumières…
crédit photo : © Mokhtar HMIMA
Deux mois après son arrivée surprenante, Kanzari réussit le côté résultats, mais pas le côté fond de jeu et équilibre. Il a encore du chemin à faire pourvu qu’il se fixe une idée claire sur ses choix. Pour le moment, ça passe.
La Presse —Son arrivée a été une surprise pour une bonne partie du public. Benzarti qui a fui comme d’habitude, Kanzari, à l’étiquette produit de l’EST, a la chance de rebondir chez le champion en titre. Beaucoup n’ont pas apprécié, non seulement parce que le personnage est provocateur et aux antécédents inoubliables avec le public, mais parce qu’ils jugent que le CA avait besoin d’un nom moins polémique qui puisse trouvailler en calme. Le mercato était décidé, il débarque dans une équipe qui a déjà repris. Petit à petit, le public du CA n’est plus aussi agressif envers Kanzari, surtout qu’il gagne. Leader du championnat, vainqueur du premier tour en Ligue des champions, le coach clubiste a réussi comptablement son début d’exercice, mais en, même temps, trois victoires minimalistes et étriquées et beaucoup de chance qui a évité au CA des mauvais scénarios. C’est bon à prendre, mais Maher Kanzari n’a pas encore démontré qu’il a apposé sa signature ou qu’il a amélioré le fond de jeu de l’équipe. Un débat tactique ouvert, à l’image d’un entraîneur qui a une longue expérience du championnat, mais qui tarde encore à se fixer une ossature et surtout une esquisse de projet de jeu alléchant et rassurant. Le CA gagne, oui, mais n’a pas convaincu avec un Kanzari qui expérimente, qui change d’avis toutes les semaines, qui encense un joueur avant de le mettre à l’écart, et qui se cherche encore. Seules les statistiques le défendent pour le moment, avec trois victoires en douleur toutes sur le score de 1-0. En Afrique, un 1-0 à l’aller face au Djoliba, puis un miraculé 2-2 à Bamako, Kanzari a atteint les premiers objectifs, personne ne peut dire le contraire.
Changements fréquents
Depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe, l’entraîneur clubiste n’a pas réussi à arrêter un onze type avec des changements fréquents et un va-et-vient de maints joueurs entre le terrain et le banc. De plus, des joueurs qui jouent puis disparaissent comme Chikhaoui, Ait Malek ou Bouguerra, d’autres qui sont complètement ignorés comme Mahressi (utilisé face à l’ESZ après la blessure de Ben Ali) et Zouabi (défenseur central prometteur qui n’a eu aucune chance). A chaque match, son onze, ses joueurs remplaçants aussi, et cette rotation partielle pose de questions plus qu’elle apporte de réponses. On voit bien que l’entrejeu reste encore peu créatif et subit le jeu, mais, en même temps, Kanzari ne donne pas l’impression de donner une touche de création ou de variété. Certes, la qualité moyenne des éléments disponibles empêche un entraîneur de tenter la qualité du jeu, mais là, il y a un minimum de volume à produire. Et ce CA peine encore à varier ses manœuvres, à changer les circuits de passe, à réussir les balles arrêtées toutes mal tirées et qui se transforment en contres.
C’est à Kanzari de trouver une solution, parce que la chance qui lui a souri face à l’ESZ en fin de match ou face à Djoliba, peut se retourner contre lui. Son équipe n’est pas convaincante pour ceux qui analysent objectivement. Et avec la fragilité de sa séquence défensive, il sera très difficile d’enchaîner des victoires comme l’a fait Benzarti l’année dernière. Zemzmi, Chrifi et Ben Abda ont laissé un grand vide dans l’équilibre défensif. Et Kanzari n’a rien fait pour trouver une autre formule aussi efficace (même si Mehdi Miled avec son obstination a laissé partir l’ossature défensive).
Forte personnalité
Fort de sa personnalité comme joueur et entraîneur, Kanzari doit se rappeler qu’il est là pour gagner et pour donner des bases solides à la production de l’équipe. La séduction est secondaire pour un club qui joue pour les titres, mais un minimum de qualité et de volume sont indispensables pour marquer et acculer les adversaires.
Kanzari, agité sur la ligne de touche et qui ne diffère pas de Benzarti dans ce point, a peut-être réussi à rentrer dans le système du club, à gagner le cœur d’une part du public grâce aux victoires, mais il vaut mieux pour lui qu’il corrige les lacunes et qu’il se prépare mieux pour l’après-trêve où les choses sérieuses vont débuter. Effectif pas riche en qualité oui, mais avec une maestria et des idées plus claires et plus convaincantes, Kanzari peut nettement mieux faire. Les résultats n’expliquent pas tout, et à un moment donné, le volume de jeu et la capacité des joueurs à réagir, sont les critères pour expliquer est-ce que le travail fait est bon ou pas. Reste à savoir si Maher Kanzari est prêt à faire un premier recul et à permettre au CA de gagner non dans la douleur, mais dans la joie et dans l’assurance.



