Tunis s’apprête à accueillir la 11ème édition des Journées musicales de Carthage (JMC) qui se tiendra du 3 au 10 octobre. Le comité d’organisation, composé de Mondher Falleh, Chayma Laâbidi, Sofien Ayari et Kaïs Ben Aïssa, a voulu accorder une place de choix au volet professionnel sur le modèle des grands salons musicaux internationaux, tout en maintenant une large ouverture sur le public.
La Presse — C’est ce qu’a précisé Mondher Falleh, le directeur artistique de cette édition, lors d’une conférence de presse tenue mardi matin, à la Cité de la culture. Ce lieu, aux côtés de l’incontournable Avenue Habib-Bourguiba, abritera la majeure partie du programme, offrant ainsi les infrastructures les plus adaptées pour garantir des conditions techniques optimales.
Un volet professionnel étoffé
« Plus qu’une scène, les JMC sont un tremplin, un laboratoire pour les artistes émergents dont plusieurs y ont trouvé leur premier public et lancé leur première tournée », a souligné Falleh et d’affirmer: «Nous voulons en faire un salon musical méditerranéen de référence fonctionnant comme un véritable écosystème international où se croisent artistes, producteurs, programmateurs et institutions».
En plus de cette belle ambition, que l’on espère voir se concrétiser, cette édition apporte aussi son lot de nouveautés, notamment avec l’implication, à l’instar des JTC et des JCC, des centres pénitentiaires et de leurs occupants. La section « JMC dans les prisons » prévoit ainsi des concerts dans les prisons civiles de Borj Erroumi, Messaâdine, Sfax et Belli. Un spectacle du centre de rééducation des filles délinquantes de Mghira figure également au programme.

Autres nouveautés annoncées, le lancement de la première édition du «JMC Jazz Camp», un workshop de cinq jours organisé en partenariat avec le Marseille Jazz Collectif dirigé par Mehdi Azaiez. Destiné aux artistes confirmés, il proposera des cours d’harmonie jazz, des ateliers de section rythmique, de la pratique collective, une initiation aux outils numériques (Ableton Live) ainsi que des jam sessions en soirée. L’encadrement sera assuré par un quatuor d’exception: le Tunisien Mehdi Azaïez (Guitare) et les Français Matthieu Fabre (Saxophone ), Yohan Godefroy (Contrebasse) et Jérémi Martinez (Batterie). Le JMC Market adopte une conception repensée, intégrant différentes industries liées à la musique, des festivals internationaux, des structures d’aide à la production et des programmes d’échanges. Une série de 6 panels consacrés aux enjeux des industries musicales en Tunisie viendra compléter le tout. Les échanges s’ouvriront le 5 octobre avec le métier de compositeur de musique de film, décortiqué par Selim Arjoun et le collectif Blue Warm Records. Le 6 octobre, Ahmed Amine Azzouzi, Sami Ben Said et Zied Meddeb Hamrouni se pencheront sur l’impact de l’intelligence artificielle, entre menaces et opportunités pour la création et les droits d’auteur. La réflexion se poursuivra le 7 octobre avec Boutheina Nabouli, Sabrine Jenhani, Sahad Sarr et Haifa Gebs, qui partageront leurs expériences sur la réalité d’une carrière musicale, de l’idée à la scène, en passant par ses aspects économiques. Le 8 octobre, Mohamed Ben Saïd et Yafa Saïdi analyseront la place de l’artiste émergent et les critères des programmateurs pour accéder aux scènes nationales. Le 9 octobre, Nawel Skandrani, Mehdi Boubaker et Senda Jebali mettront en lumière l’importance de la mise en scène et de la scénographie dans l’univers visuel des spectacles et des clips. Enfin, le 10 octobre, le maestro Riadh Fehri dévoilera son écosystème d’outils de musique interactive (Piano LED, Carte IMI, NotaSun, AtlasBeat) destiné à démocratiser la pratique musicale hors du solfège classique. La section « JMC dans les régions» se déroulera cette année en aval du festival, à travers une tournée de trois artistes participants, avec trois dates chacun, en partenariat avec des festivals étatiques et des initiatives culturelles locales. Les JMC en chiffres sont : 378 dossiers de candidatures, 26 showcases sélectionnés, 8 concerts, 6 rencontres professionnels (panels) et 15 pays participantsn, 4 centres pénitentiaires et 1 centre de rééducation pour mineurs, et 8 espaces mobilisés (Théâtre de l’Opéra, Théâtre des régions, Théâtre des jeunes Créateurs, Hall principal de la Cité de la culture, Place des théâtres, les Salle Sophie Golli et Omar Khelif et l’Avenue Habib-Bourguiba).
Les showcases et les concerts
Le comité de sélection des showcases, présidé par Sami Ben Saïd et composé de Hedi Fahem, Saima Sammoud et Mohamed Ben Said, a, comme l’a précisé Mondher Falleh, fondé ses choix sur différents critère dont celui de l’émergence. Un terme toutefois relatif, puisque certains projets retenus émanent d’artistes à la carrière déjà bien confirmée, à l’instar des Tunisiens Gultrah Sound System, Wissem Ziedi ou Nuri, qui viennent y présenter de nouveaux projets.
D’autres impératifs ont guidé la sélection, notamment l’exportabilité des projets, le respect de la parité et l’inclusion. 60 % des artistes programmés sont tunisiens et l’utilisation de l’intelligence artificielle, quant à elle, ne devrait pas excéder 20 %, privilégiant ainsi la musique live à 80 %.
Les showcases mettront à l’honneur la vitalité et la diversité des musiques actuelles, à travers une sélection d’artistes et de formations venus de Tunisie et d’ailleurs. Les artistes tunisiens y sont particulièrement représentées avec Dilaw avec The Sufi Movement I (Tunisie/France), Broua et leur Hor El Ensen (Tunisie/Pays-Bas), Gultrah Sound System (Wahid el Karn), Nuri avec Vibes (Tunisie/France), Altf4 ( Init), Molka Aouij ( Back To My Roots) , Nejia Abidi Taroug (Chott), Groove Alert, Jathb – Willia Rebirth.2, Vol.2 ( Ancestral Call) , Marco Centasso avec UM/Welt (Italie/Tunisie), le Wajdi Riahi Trio (Tunisie/Belgique), Midnight Pin ( Geno-Suite), Saharage (Apex Africa) et Issam Eddine Absi (Gamh el medina).
La programmation s’ouvre également sur d’autres scènes avec Alkalsaat (Cisjordanie/Palestine), Youssra El Hawary avec Taraddud (Égypte), Sahad Sarr avec Sahad (Sénégal), Layla Chakir avec The Leila (Maroc), Anna Tréa avec Sola 360 (Brésil/Espagne), le Jim Monneau Quintet (France/Belgique), Raphaël Faigenbaum avec Neno, Nicoletta Favari et Christopher Salvito avec Passepartout Duo (Italie), Aâma avec Le jour où tout ira bien (France/Tchad), Sarab avec Cent Roses (Syrie/France) et Solak Balik avec Voix de femmes du monde.
En complément, le festival offrira 8 grands concerts où le public pourra applaudir des têtes d’affiche de renom telles qu’Oum, Jadal, Faia Younan, Cecilia Krull, Les Dames de la Rai, Labess, Dani de Morón avec Carlos Merino, ainsi que le duo Vipa et Obos.
La cérémonie d’ouverture de cette 11ère édition prendra l’allure d’une mise en scène abordant le rôle de la musique dans la vie des individus. Elle sera marquée par le projet « Dendri Stambeli », signé Mohamed Khachnaoui, qui se déplacera également, le 5 octobre, à Borj Erroumi dans le cadre de la section « JMC dans les régions ». La clôture sera assurée par la chanteuse syrienne Faia Younan.



