Forum mondial de la mer à Bizerte – Clôture des travaux : La guerre antiplastique n’a pas encore commencé !
Le rideau est, enfin, tombé sur la 9e édition du Forum mondial de la mer, dont les travaux, tenus récemment à Bizerte, sous le thème «Agir pour une Méditerranée sans plastique», ont débouché sur une déclaration finale, comportant des propositions de solutions devant engager tous les acteurs influents dans l’action de protection marine et côtière.
La Presse — Organisé à l’initiative de la Saison bleue, ONG fondatrice depuis 2018 du projet SHARE4MED et du Réseau méditerranéen de l’économie circulaire «Circe.Med/ADEME», ce Forum se veut, chaque année, un réel espace d’échange et d’information sur les problèmes et défis de la vie en Méditerranée, interpellant les pays des deux rives sur l’urgence d’intervenir pour préserver la richesse de leur biodiversité commune.
Un vrai fléau des sociétés !
Cette édition, la 9e, a retenu la pollution plastique comme une question écologique d’actualité brûlante, mais aussi un vrai fléau des sociétés qui menace leur survie et nuit à la qualité de leur environnement immédiat, à même d’hypothéquer l’avenir des prochaines générations. Sous le poids d’énormes quantités de déchets qui finissent par s’y déverser et se décomposer, générant des émissions de gaz à effet de serre, notre Méditerranée n’est plus un milieu où il fait bon vivre et encore moins une source de sécurité alimentaire.
Elle demeure un véritable dépotoir non à ciel ouvert, mais sous-marin Il s’agit de la partie immergée de l’iceberg que les usagers de la mer ne voient pas sur leur voie, alors que les fonds marins s’étouffent avec des déchets plastiques non biodégradables, pouvant y rester des milliers d’années.
Le constat est d’autant plus alarmant que l’usage du plastique prédomine nos modes de consommation, sans aucune modération et encore moins d’engagement pour des initiatives de valorisation et de recyclage. «Chaque année, 230.000 tonnes de plastique sont déversées dans la Méditerranée, menaçant 17.000 espèces endémiques.
Des chiffres d’autant plus alarmants que la production mondiale de plastique, déjà estimée à 500 millions de tonnes en 2024, pourrait doubler d’ici à 2050 selon les projections de l’Ocde. Alors que seulement moins de 20 % du plastique produit dans le monde est aujourd’hui recyclé», selon les organisateurs de l’évènement.
Cela traduit, bien évidemment, le risque de négligence et l’irresponsabilité partagée face à des manifestations sociales qui voudraient faire entendre leur voix pour imposer la loi contre la prolifération des déchets plastiques. Et la guerre que l’on croyait être déclarée sur ce front s’est érigée, ces dernières années, en bataille rangée dictée par des intérêts étriqués et des calculs de boutiquier.
Cela étant, «agir pour une Méditerranée sans plastique» est bel et bien le mot d’ordre scandé par le Forum de Bizerte. L’objectif est de sensibiliser sur ce fléau qui gagne de plus en plus de terrain, en l’absence d’un accord international contre la pollution plastique, malgré les efforts déployés et les engagements existants, souligne Rym Benzina, présidente de la Saison Bleue.
Plus de 500 MD rejetés, chaque année, dans la mer
Modératrice des panels focalisés sur le sujet, Benzina a fait état d’un phénomène écologique et des questionnements d’ordre socioéconomique qui auraient dû interpeller, de plain-pied, décideurs et acteurs associatifs de la région. Justement, les panélistes participants n’ont pas manqué de pointer un certain laxisme, à bien des égards, mettant en avant les solutions qu’il faudrait apporter pour juguler ces rejets plastiques et sauver nos richesses halieutiques.
Car ce vécu ne date pas d’aujourd’hui, il est la résultante d’une gestion abusive de nos déchets plastiques, faute de stratégies de valorisation et de recyclage. Selon un récent rapport de Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena), la pollution plastique coûterait chaque année, à la Tunisie entre 170 et 560 millions de dollars américains (entre environ 502,5 et 1655,1 MD). D’ailleurs, la Tunisie fait partie des pays où la nécessité d’agir semble évidente.
Ayant rebondi sur les propos et propositions des panélistes, Benzina a souligné l’importance de faire évoluer les mentalités et penser des alternatives écologiques. Elle a également évoqué l’apport du partenariat public-privé dans la promotion de l’économie bleue et circulaire.
Par la même occasion, des collégiens et lycéens membres des Clubs Jeunes Océan du Maroc et de Tunisie ont rendu public un plaidoyer solennel pour une Méditerranée sans plastique, appelant à renforcer davantage la protection du milieu marin.
Il importe de noter que ce forum mondial de la mer à Bizerte s’est déroulé au moment où la réunion des délégations gouvernementales des pays concernés, dont la Tunisie, a eu lieu, du 27 au 30 septembre 2026, à Bangkok, sur le Traité mondial relatif aux plastiques, une rencontre jugée cruciale bien avant le prochain cycle officiel de négociations prévu en mars 2027.



