Economie

L’eau en Afrique : Un enjeu économique stratégique au cœur des conflits

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  • 6 novembre 2026
  • 7 min de lecture
L’eau en Afrique : Un enjeu économique stratégique au cœur des conflits
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En Afrique, où les tensions liées à l’accès aux ressources hydriques s’intensifient sous l’effet des conflits, des déplacements de populations et du changement climatique, l’eau s’impose comme un enjeu économique et géopolitique majeur. La préservation des infrastructures, la résilience des réseaux d’approvisionnement et l’hydrodiplomatie deviennent ainsi des impératifs pour protéger les économies locales, prévenir les crises et faire de cette ressource stratégique un facteur de stabilité et de développement.

La Presse — Le partage de l’eau s’impose comme un défi majeur pour les économies africaines. Au-delà de sa dimension humanitaire, l’accès à cette ressource conditionne la stabilité des territoires, la continuité des activités économiques et les perspectives de développement. À Genève comme à Dakar, la coopération internationale et l’hydrodiplomatie apparaissent comme des leviers essentiels pour prévenir les tensions et promouvoir des solutions durables. Dans le cadre des “Rendez-vous environnement d’Africa 21”, Africa 21 a organisé, le mardi 3 novembre 2026, une table ronde consacrée au thème : “Le partage de l’eau dans les contextes fragiles et d’accueil des réfugiés”.

Ce webinaire avait pour objectif d’analyser les enjeux liés à l’accès et au partage des ressources hydriques dans les contextes de fragilité, notamment face aux conflits, aux déplacements de populations et aux effets du changement climatique. Les échanges ont également porté sur les mécanismes de coopération, les défis de gouvernance et le rôle de l’hydrodiplomatie dans la prévention des tensions et la promotion d’une gestion équitable et durable de l’eau. Ce dernier a ainsi permis de mettre en lumière l’importance des partenariats entre les acteurs institutionnels, humanitaires et internationaux pour renforcer la résilience des territoires et faire de l’eau un levier de paix, de stabilité et de développement économique.

À l’occasion de son intervention inaugurale, M. Alfonso Gomez, conseiller administratif de la Ville de Genève, a mis en lumière les enjeux économiques, sociaux et politiques liés à l’accès et au partage de l’eau en Afrique, ainsi que l’importance de la coopération internationale face aux défis hydriques. M. Alfonso Gomez a, notamment, déclaré: «En Afrique, l’accès à l’eau constitue un enjeu majeur qui dépasse les questions sanitaires et humanitaires. Les conflits, les déplacements de populations et les effets du changement climatique accentuent la pression sur les ressources hydriques, fragilisent les économies locales et aggravent les inégalités d’accès à cette ressource essentielle. Cette situation impose aux Etats d’investir dans des infrastructures résilientes et des mécanismes de gestion durable», a-t-il mentionné.

En évoquant l’expérience de Genève, il a souligné l’importance de la coopération transfrontalière dans la gouvernance de l’eau. L’accord sur la nappe du Genevois, signé en 1978, constitue un exemple de gestion concertée des ressources partagées. Il a également rappelé que Genève, grâce à son réseau d’institutions internationales, humanitaires et scientifiques, joue un rôle important dans les réflexions mondiales sur l’eau, le climat et la protection des populations vulnérables.

M. Alfonso Gomez a, par ailleurs, mis en avant le rôle de l’hydrodiplomatie comme instrument de dialogue, de prévention des conflits et de consolidation de la paix. Selon lui, la gestion partagée de l’eau peut favoriser la coopération entre les Etats et les communautés confrontés aux tensions liées à la disponibilité des ressources.

Il a également salué la création du Pôle eau de Dakar, qui ouvre de nouvelles perspectives pour développer une approche africaine de l’hydrodiplomatie, à travers des partenariats avec la Genève internationale, le partage d’expertise et le renforcement de la coopération entre les acteurs du continent.

Enfin, M. Alfonso Gomez a insisté sur la dimension stratégique de l’eau, qui constitue, au-delà de son importance humanitaire, un facteur essentiel de stabilité territoriale, de résilience économique et de développement durable. L’enjeu pour l’Afrique est ainsi de faire de la gestion équitable des ressources hydriques un véritable levier de coopération, de paix et de croissance économique.

L’accès à l’eau, un défi économique majeur

De son côté, M. Thierry Beuel, chargé des opérations pour l’Afrique à l’Unité Eau et Habitat/Services Essentiels du Cicr, a déclaré que les conflits prolongés en Afrique fragilisent durablement les infrastructures hydrauliques et les services d’approvisionnement en eau. Au-delà des destructions directes, ils entraînent une dégradation progressive des réseaux, un manque de personnel qualifié, des difficultés d’approvisionnement ainsi qu’une augmentation des coûts de maintenance et de réhabilitation.

Cette situation est aggravée par les déplacements massifs de populations, qui accentuent la pression sur des infrastructures déjà fragiles. Le manque d’eau affecte ainsi la santé publique, les activités économiques et les moyens de subsistance, tout en exposant les populations à des risques sécuritaires supplémentaires.

En abordant le cas du Soudan, M. Thierry Beuel a rappelé que, depuis le déclenchement du conflit en avril 2023, plusieurs infrastructures essentielles de Khartoum ont été touchées. Le Comité international de la Croix-Rouge (Cicr) a, notamment, facilité l’accès des techniciens aux installations endommagées, grâce à son rôle d’intermédiaire neutre et au dialogue engagé avec les parties au conflit.

Selon lui, cette expérience démontre que préserver l’accès à l’eau ne consiste pas uniquement à réparer les infrastructures, mais également à maintenir les capacités humaines, techniques et financières nécessaires à leur fonctionnement. La résilience des services d’eau constitue ainsi un investissement stratégique pour protéger les populations, préserver les économies locales et garantir la continuité des services essentiels.

Investir dans la résilience des services d’eau

M. Thierry Beuel a, également, souligné que l’intervention humanitaire ne pouvait se limiter à la distribution d’eau ou à la réparation ponctuelle des installations endommagées. Elle doit également soutenir les opérateurs, préserver les compétences techniques et maintenir les capacités opérationnelles des réseaux.

Cette approche repose sur trois composantes essentielles : les infrastructures, le personnel et les approvisionnements nécessaires au fonctionnement des services. Elle suppose également de renforcer les mécanismes de financement de la maintenance, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de maintenir un dialogue avec les parties en conflit.

L’enjeu est autant économique qu’humanitaire. Préserver les installations existantes et leurs capacités opérationnelles permet de limiter les coûts de reconstruction, d’éviter l’effondrement des services publics et de réduire les conséquences économiques et sociales des crises prolongées.

Le responsable a, ainsi, insisté sur la nécessité de considérer la résilience des systèmes d’approvisionnement en eau comme un investissement stratégique. Celle-ci conditionne non seulement la santé des populations et la stabilité des territoires, mais également la capacité des économies locales à résister aux crises.

En définitive, préserver l’accès à l’eau dans les zones de conflit ne consiste pas seulement à reconstruire les infrastructures détruites. Il s’agit de maintenir tout un système économique et technique en fonctionnement, en protégeant les équipements, les compétences humaines et les chaînes d’approvisionnement. Derrière chaque réseau d’eau se trouve un service essentiel dont dépend directement la résilience des populations et des économies, a-t-il conclu.

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Auteur

Sabrine AHMED

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