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Transport public:  Seule la primauté de la loi peut garantir le fragile équilibre

  • 7 novembre 2026
  • 8 min de lecture
Transport public:   Seule la primauté de la loi peut garantir le fragile équilibre
7 min de lecture

Un grand nombre de nos concitoyens se sentent mal à l’aise dans les espaces et les transports publics. Ils y déplorent beaucoup d’incivilités et de comportements en rupture totale avec nos traditions et notre société. Les rapports intergénérationnels sont de plus en plus conflictuels et source de frictions. Pour eux, notre pays n’est plus ce qu’il était. Alors, ils ne s’y reconnaissent plus.

La Presse — Vision par trop pessimiste, diraient certains. Ce qui n’empêche pas qu’il existe un peu de vrai (ou beaucoup, c’est selon).

Il y a, malgré tout, bien des choses à dire et à faire.

Ce malaise social n’a pas une seule explication. Il trouve ses origines dans plusieurs phénomènes anciens et nouveaux. L’une des explications tient beaucoup du caractère râleur de certains d’entre nous. Et ce n’est pas propre aux Tunisiens. Il y a, ensuite, la situation socioéconomique qui pèse de tout son poids sur le quotidien des gens, notamment ce climat anxiogène généré par les crises et les pénuries à répétition au niveau des produits de première nécessité ainsi que l’inexorable ascension de leurs prix.

À cela s’ajoutent les répercussions des tensions géopolitiques internationales qui ont aggravé la situation.

Des comportements qui se généralisent

Néanmoins, toutes ces raisons ne peuvent pas justifier les comportements inqualifiables de certains individus. Ce qui est peut-être relativement sérieux, c’est que cet état des choses est en train de se généraliser et même de se banaliser.

Les spectacles quotidiens que nous vivons en sont des exemples frappants. C’est ce qui pousse bien des citoyens à parler de “l’ensauvagement de notre société”. Est-ce  exagéré de l’affirmer aussi fort ?

C’est à chacun de se faire sa propre opinion.

Toujours est-il que le fait d’assister quotidiennement à des scènes de violence dans les rues ou à bord des moyens de transport ne laisse pas de s’interroger sur la riposte à apporter.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler la devise de la République qu’on a souvent tendance à oublier : «Ordre, liberté et justice “.

Ce n’est pas par hasard que le mot “ordre “ est placé en tête. Car sans ordre, rien ne peut être réalisé. D’ailleurs, il y a lieu de rappeler qu’à l’origine, la même devise était : «Liberté, ordre et justice”. C’est sous feu Hédi Nouira, Premier ministre dans les années 70, qu’il a été procédé à cette “remise à niveau”. Ce changement de l’ordre des priorités signifie qu’il n’y a pas de liberté sans ordre

Imposer le respect des lois

Traduisons, aujourd’hui : “ Il n’y a pas de vie en société sans un minimum de discipline “.

Pour faire régner l’ordre, il faut d’abord faire respecter les droits des uns et des autres.

Sur la rive nord de la Méditerranée ne parle-t-on pas de la peur du gendarme ? Car  c’est, justement, ce sentiment qui est de nature à obliger les individus à prendre garde. La crainte de ne pas échapper à la sanction garantit le respect de l’ordre.

D’ailleurs, l’annonce du lancement de l’opération de contrôle des infractions routières par des agents en civil a, immédiatement, produit son effet. Même si les incorrigibles existent encore, il y a beaucoup d’automobilistes qui ne veulent plus prendre des risques.

Sans cela on ne peut pas parler de liberté. Celle-ci ne peut exister sans le respect de règles et de normes sociales.

Or, dans de nombreux discours d’activistes de la société civile, on défend bec et ongles la primauté des droits du citoyen. Certes, cette dimension n’est nullement à mettre en question. Mais, parallèlement, il serait plus honnête de souligner l’impératif de respecter les devoirs.

Tout le monde en convient : il n’y a pas de droits sans devoirs. L’un ne peut pas aller sans l’autre.

Pour ce faire, il n’y a rien de plus simple que de suivre des règles de conduite sur lesquelles il y a consensus. Jusqu’ici, on a procédé aux méthodes douces qui consistent à sensibiliser et à rappeler les bonnes habitudes. Malheureusement, il s’est avéré que cette voie n’a pas donné les résultats escomptés. De plus, le relâchement observé au niveau de l’application des lois dans certains domaines a laissé libre cours aux agissements inconsidérés d’une catégorie de personnes.

Transport : 6 millions de pertes/jour

Quand le ministre du Transport annonce que nous perdons 2 milliards de millimes chaque année à cause des actes de sabotage et de vandalisme à bord des moyens de transport, on mesure à sa juste valeur l’impact de l’impuissance à réagir. 

Ce n’est pas en dénonçant de tels actes qu’on réussira à arrêter ce fléau. Ce n’est pas, non plus, en organisant des campagnes de communication à l’intention des jeunes pour les sensibiliser à la gravité de porter préjudice aux biens publics. Tout cela est, certes, important. Mais ce n’est pas suffisant. En effet, ces moyens ont fait leur temps. Depuis plusieurs années on n’a fait que sensibiliser. Sans trop de résultats.

Que faire alors ?

Nous avons entendu beaucoup de citoyens exprimer leur indignation face aux multiples agressions perpétrées contre nos moyens de transport public. Ils l’ont fait à travers divers supports (radio, Tv, réseaux sociaux, etc.). Mais s’indigner seulement ne résout pas le problème.

Il s’agit, maintenant, d’agir. En ce qui nous concerne, nous avons proposé dans ces mêmes colonnes, et à plusieurs reprises, des mesures concrètes à prendre. Il semble que, depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Bref, on n’a pas été entendu. C’est comme si on prêchait dans le désert.

Faut-il répéter pour la énième fois qu’il y a des lois. Si celles-ci existent, c’est pour être appliquées. Cela se fait dans tous les pays du monde sans que cela choque. Car, quel mal y a t-il à mettre en œuvre un dispositif légal ?

Les 2 milliards de millimes/an de pertes évoqués par le ministre du Transport doivent nous faire comprendre l’extrême gravité de la situation.

Constater les dégâts et compter les pertes ne rapporte rien, surtout si on fait un petit calcul pour savoir ce que coûtent ces agressions à l’échelle d’une journée. C’est près de 6 millions de millimes/jour ! Imaginez que nous perdions, quotidiennement, cette somme parce qu’il y a des individus qui s’en prennent impunément aux moyens de transport.

Pourquoi ne pas consacrer un budget pour se protéger contre les agresseurs ?

Cette protection est nécessaire. Toutes les sociétés de transport à travers le monde disposent d’une structure sécuritaire. 

Ce ne serait pas faire offense que de suggérer la mise en place d’équipes chargées de la protection des voyageurs.

En 2014, la Transtu y avait pensé en recourant aux services d’agents de sécurité pour cette raison. On avait annoncé le déploiement d’une centaine de ces agents dans les principales stations de métro. Cette expérience a été éphémère.

Où sont passés ces personnels ?

Il est prouvé qu’il est impossible d’instaurer la discipline et le respect du “vivre ensemble “ sans l’existence d’équipes chargées de les faire appliquer.

Nous nous permettons aujourd’hui de rappeler ce que nous n’avons eu de cesse de proposer. À savoir une coordination plus stricte avec le ministère de l’Intérieur. Cette coordination devrait mettre à la disposition des différents opérateurs de transport le dispositif sécuritaire nécessaire. Un budget approprié sera dégagé par ces opérateurs pour payer les services fournis au niveau de la sécurité. Soyons sûrs, de tels arrangements coûteraient moins cher que les pertes occasionnées par les actes de vandalisme.

Nous avions suggéré, aussi, d’autres options comme les brigades mobiles (en voiture ou à moto), la présence ostentatoire d’agents de l’ordre dans les moyens de transport et autour, engager davantage de rondes de police montée sur les parcours difficile et mobiliser plus activement les équipes cynophiles.

Nous convenons que tous ces moyens existent. Ils ont été utilisés à un certain moment. Aujourd’hui, il est question de faire tous les efforts pour garantir la protection des citoyens et des moyens de transport. 

La signature d’une convention entre les ministères de l’Intérieur et du Transport ne serait que la bienvenue. Le but étant d’assurer la sécurité des usagers des moyens de transport, donc de prévenir. Ce qui reviendrait de loin moins coûteux que ce qui est dépensé pour réparer les dégâts causés par les agressions contre les moyens de transport.

En outre, il faut souligner que la présence des agents de l’ordre en uniforme et en civil est plus que nécessaire dans les espaces publics. Son caractère dissuasif n’est pas à démontrer.

Elle est de nature à diminuer les actes de violence et d’incivilités dont souffre notre société.

Auteur

Anis SOUADI

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