Le transport public face aux défis 1/2: La Transtu peine à se relever
Le 27 avril dernier, le ministre des Transports a effectué une visite à l’entrepôt de Tunis marine et constaté de visu l’état des lieux et des ateliers de réparation et de maintenance. En même temps, il a donné des instructions pour réhabiliter l’ancien siège de la Snt situé juste à l’entrée de l’avenue Habib-Bourguiba et jouxtant l’entrepôt du train TGM.
Ce ne sont là que les témoins d’un passé où la SNT (créée en mars 1963) régnait sur tout le secteur urbain et interurbain.
La Presse — Ce fleuron (c’est le cas de l’avouer) n’est plus que l’ombre de lui-même. Il faut dire que sa déchéance a commencé depuis 1981 lorsque cette société a été scindée en Smlt (Société du métro-léger) qui avait pour tâche de s’occuper du TGM et du métro et en Sntri (Société nationale de transport rural et interurbain) chargée d’assurer les liaisons inter-gouvernorats.
Incapacité
Ce petit aperçu historique nous donne une idée d’une évolution en dents de scie mais qui n’a pas atteint la gravité à laquelle nous assistons.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette zone située à Tunis marine, il faudrait signaler qu’il s’agit d’un véritable site stratégique. Un hub !
Mais, malheureusement, très mal exploité et pas mis en valeur. Délaissé comme il est dans cet état lamentable, il mériterait un meilleur sort.
L’entassement des vieilles rames de métro et de ferraille, l’invasion des herbes et des plantes sauvages offrent un spectacle désolant.
Cela résulte d’une accumulation de défaillances et de laisser-aller durant de longues années.
Pourtant cet espace contigu aux stations du métro et du train TGM aurait dû bénéficier depuis bien longtemps d’un intérêt plus important.
Sous d’autres cieux, cet immense terrain aurait été aménagé en une plateforme moderne de transport multimodal.
Qu’à cela ne tienne.
En l’état actuel, la Transtu ne parvient pas à satisfaire les demandes croissantes de sa clientèle. Son incapacité est manifeste. Malgré le renforcement de la flotte par l’arrivée massive de centaines de bus, les conditions de transport n’ont pas avancé d’un iota. Elles sont même pires qu’avant.
Les usagers n’en peuvent plus de se plaindre. Ce qui est grave c’est qu’il n’y a aucun interlocuteur. À la Transtu on fait la sourde oreille. On ne réagit même pas. On fait comme si de rien n’était.
Agents indisciplinés
Les fréquences des métros sont, le moins que l’on puisse dire, catastrophiques. Celle des bus ne l’est pas moins.
Et ce qui est très choquant c’est la suppression des dessertes pour beaucoup de lignes de bus les Djf (dimanches et jours fériés) et la réduction drastique des métros.
Plus encore. La Transtu persiste et signe : elle ne cherche pas à renforcer les lignes les plus fréquentées ou qui connaissent une grande affluence. Elle ferme les yeux devant les abus de certains de ses employés qui continuent de fouler aux pieds toutes les réglementations (respect strict de l’itinéraire, respect des arrêts entre autres et des horaires).
Ces gens ne devraient pas avoir leur place dans cette prestigieuse entreprise publique. Pareil pour leurs responsables qui ne font rien pour arrêter cette gabegie et appliquer les mesures disciplinaires qui s’imposent. Et ce n’est rien à côté de ce que vivent les centaines de milliers d’usagers.
Devant les pannes incessantes et quotidiennes des métros, pas la moindre réaction pour mobiliser des bus en renfort. Comment peut-on rester insensible face à ces désagréments ? Quand est-ce qu’on va comprendre que les lignes du métro sont insuffisantes et ne répondent pas à la forte pression ?
Pourquoi ne veut-on pas injecter des bus supplémentaires pour améliorer la capacité des lignes du métro ?
En même temps, il existe encore des zones non desservies alors qu’elles assistent à une grande expansion urbaine tant dans la banlieue nord que les banlieues sud et nord-ouest.
Un point très positif à mettre, malgré tout, à l’actif de la société de transport. On veut parler de la réinstauration et de la façon qu’on espérait, du contrôle des titres de transport. Des opérations soutenues sont effectuées comme on l’avait souhaité (voir notre article publié le 1er mars 2026: “Ériger le contrôle à bord en pratique quotidienne”) à bord des moyens de transport et au sol. Tous les passagers l’ont remarqué et ne font que l’encourager. Au moins, cette action (appelée à se poursuivre) contribuera-t-elle à améliorer les recettes. Faute de ne pouvoir augmenter les tarifs.
Tout compte fait, rien ne peut justifier ces incohérences flagrantes au niveau de la gestion de cette entreprise. Avant, on prétextait le manque et la vétusté du matériel. Et maintenant que ce matériel a été mis à disposition, que reste-t-il encore ? Le manque de personnel n’est nullement une excuse. Car il fallait y penser. On ne met pas la charrue avant les bœufs. C’est-à-dire qu’on savait que la société allait acquérir de nouveaux bus. Donc, il était logique de planifier en conséquence. Ce qui n’a pas été fait de toute évidence.
En vérité, le calvaire des usagers de la Transtu n’a que trop duré. Cela fait près de deux décennies qu’ils supportent, malgré eux, une gestion défaillante et inefficace.
Ils subissent régulièrement des mesures arbitraires et inadéquates qui n’ont rien résolu.
C’est pourquoi on s’attend à un vrai sursaut de la part de ceux qui croient encore dans les potentialités de ce transporteur historique.
On s’attend à un virage décisif qui lui permettra, enfin, de se hisser au niveau qui doit être le sien.
En d’autres termes, retrouver une santé et surmonter les énormes faiblesses qui ont causé sa quasi-paralysie.
Car tous les usagers de la Transtu ne voient aucune logique dans ces décisions brutales de supprimer les bus durant les Djf et priver les citoyens du droit constitutionnel de se déplacer. Le temps de revenir à une gouvernance digne de ce nom est arrivé. Aux responsables de saisir l’occasion et de s’impliquer dans une logique de sauvegarde de l’entreprise.
(à suivre)
