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Ports et logistique: Le talon d’Achille du commerce tunisien

  • 3 mai 2026
  • 3 min de lecture
Ports et logistique: Le talon d’Achille  du commerce tunisien

Les faiblesses que l’on tolère trop longtemps deviennent structurelles. En Tunisie, la question portuaire relève de cette catégorie : connue, documentée, mais rarement traitée à la hauteur de ses enjeux. Or, dans une économie tournée vers l’exportation et dépendante de ses importations, la fluidité logistique n’est pas un luxe. C’est plutôt une condition de survie.

La Presse — Dans les quais de Radès comme dans d’autres infrastructures du pays, le temps semble parfois suspendu. Les délais de déchargement s’allongent, les conteneurs s’accumulent et les opérateurs économiques s’impatientent. Ce qui, ailleurs, relève d’une mécanique bien huilée devient ici une épreuve d’endurance. Le coût est double : financier, bien sûr, mais aussi réputationnel. Car dans le commerce international, la fiabilité est une monnaie aussi précieuse que la devise.

Une compétitivité mise en jeu

A mesure que les retards s’installent, les surcoûts se multiplient. Frais de stationnement, pénalités, immobilisation des marchandises — autant de charges qui finissent par peser sur la compétitivité des entreprises tunisiennes. Certaines s’adaptent, d’autres contournent, quelques-unes renoncent. « A terme, c’est l’attractivité du pays qui s’érode, silencieusement mais sûrement », se désole l’expert économiste Mondher Rahali. Le paradoxe tunisien est là : une position géographique enviable, aux portes de l’Europe et au cœur de la Méditerranée, mais une chaîne logistique qui peine à transformer cet avantage en levier stratégique. Les comparaisons régionales sont, à cet égard, peu flatteuses. D’autres pays, parfois moins bien situés, ont su moderniser leurs infrastructures, digitaliser leurs procédures et réduire drastiquement les délais de transit, constate l’analyste.

Les causes de cette inertie sont connues: gouvernance fragmentée, procédures administratives lourdes, sous-investissement chronique et une digitalisation encore inachevée, selon notre interlocuteur. « A cela s’ajoutent des tensions sociales récurrentes et une coordination insuffisante entre les différents acteurs de la chaîne logistique. Rien d’insurmontable en soi, mais l’accumulation produit un effet de blocage », fait remarquer l’expert.

L’impératif d’une vraie

métamorphose

Faut-il pour autant céder au fatalisme ? Certainement pas. Car les marges de progression sont réelles, insiste l’analyste. La simplification des procédures douanières, l’investissement dans les infrastructures, l’automatisation des opérations portuaires et une meilleure articulation public-privé pourraient, en quelques années, transformer profondément le paysage. Encore faut-il une volonté politique claire, constante et affranchie des logiques de court terme, assure-t-il.

Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement se redessinent, où la proximité devient un atout et la rapidité une exigence, la Tunisie ne peut se permettre de rester à quai. Ses ports doivent redevenir des portes ouvertes et non des goulots d’étranglement. Car, au fond, la question n’est pas technique. Elle est stratégique. Et elle engage bien plus que des conteneurs : elle engage l’avenir même du commerce tunisien.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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