ÉlectricIté : Des ingénieurs tunisiens proposent une feuille de route 2027-2035
Des ingénieurs tunisiens ayant choisi de ne pas quitter la mère patrie ont proposé hier une feuille de route (2027-2035) pour éviter que la crise électrique de l’été 2026 ne se reproduise, surtout que la demande continue d’augmenter de 5% d’une année à l’autre et que le défi climatique, qui se traduit par une chaleur extrême, est appelé à s’intensifier.
La Presse — Ladite feuille de route a été rendue publique lors d’une table ronde tenue mardi au siège de l’Ordre des ingénieurs tunisiens à la lumière d’une étude réalisée par des ingénieurs bénévoles n’ayant même pas voulu que leurs noms soient révélés et encore moins être payés pour le travail de recherche qu’ils ont accompli.
Le message étant, selon Mohsen Gharsi, président de l’Ordre, qu’ «en Tunisie, il existe des compétences en mesure de proposer des solutions lorsque le pays en a besoin, gracieusement, sans l’ambition d’obtenir un poste, ni la prétention de prendre la place du gouvernement ou de ses institutions…»
L’étude a été réalisée au lendemain d’un cycle infernal ayant touché tous les Tunisiens, soit des coupures électriques par intermittence, sans distinction entre utilisation professionnelle et domestique, à travers toutes les régions et pendant plusieurs semaines de canicule exceptionnelle de la mi-juillet jusqu’au début du mois de septembre passé.
Les citoyens ordinaires avaient à supporter une chaleur «d’enfer» de jour comme de nuit, parfois en même temps avec des coupures d’eau potable et de pénurie d’eau en bouteilles. Beaucoup de professionnels ont accusé des pertes colossales. Et même l’image du pays en tant que destination favorable à l’investissement a été entachée, puisque l’électricité, comme l’eau potable et les services télécoms sont des préalables à toute implantation.
Selon les chiffres issus de l’étude, il y a eu un déficit électrique de 2.000 mégawatts au moment des pics de consommation au cours de la saison estivale écoulée, doublé d’une baisse de capacité de production à hauteur de 25% chaque fois que les températures dépassent les 40 à 45 degrés Celsius. En outre, pas moins de 20% des pertes sont enregistrées sur le réseau en raison de la fraude et des connexions illégales.
Et puisque l’électricité est produite en Tunisie à hauteur de 91% à partir du gaz naturel importé, le déficit de la balance des paiements a considérablement augmenté, amplifié par les tensions géopolitiques et leurs répercussions sur les cours des hydrocarbures. Plus de 50% du déficit commercial du pays provient de l’énergie selon les sources officielles.
Et compte tenu de tout cela, la feuille de route propose des actions pratiques à court terme comme à long terme pour rééquilibrer la situation et éclairer les horizons, pas uniquement pour le secteur énergétique, mais également pour l’économie et le pays dans son ensemble.
Tout le monde doit s’y mettre
Construire une nouvelle centrale serait sans doute nécessaire. Toutefois, «elle ne sera pas prête avant l’été 2027», a affirmé Zied Bacha, l’ingénieur ayant présenté l’étude.
En revanche, d’autres actions seraient en mesure d’atténuer l’intensité de la crise à partir de l’été 2027, à l’instar de l’achat de petits générateurs pour prendre la relève en cas de coupure, de dispositifs de refroidissement des turbines à gaz pour éviter la perte d’efficacité et de rendement en cas de chaleur supérieure à 40°, l’installation de batteries pour stocker l’électricité, etc.
Pour associer les utilisateurs à la rationalisation de la consommation, des spots de sensibilisation sont également indispensables, tout comme la diversification de sources de production de l’électricité, à l’exemple de l’accélération de l’investissement dans les panneaux solaires et, à terme, l’utilisation de l’énergie nucléaire civile.
Selon les ingénieurs, d’autres options sont tout aussi possibles au niveau de l’organisation du travail, par exemple l’encouragement du télétravail ou le travail nocturne pour les tâches qui ne nécessitent pas une présence au bureau pendant la journée ou encore l’encouragement de l’autoproduction grâce à des mécanismes financiers comme le «crédit sur l’honneur».
L’étude propose enfin la mise en place d’une cellule de crise nationale pour coordonner tous les efforts et amener tous les consommateurs à, d’abord, prendre conscience, ensuite à «mettre la main à la pâte», car au bout du compte, la valeur de cette étude serait dans la «traduction de la science en décisions ; les décisions en plan d’action et l’action en faveur de citoyens».
Paroles d’ingénieurs !



