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Culture

Les deux « Caméras » tunisiennes de Férid Boughdir : De nouveau distinguées à Rabat et New York

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  • 28 avril 2026
  • 5 min de lecture
Les deux « Caméras » tunisiennes de Férid Boughdir : De nouveau distinguées à Rabat et New York

Sous l’impulsion d’une restauration numérique d’exception, les « Caméras » de Férid Boughedir entament en 2026 une odyssée mondiale, de Rabat à New York. Ce diptyque fondateur, véritable archéologie des cinémas africains et arabes, ressuscite la parole des pionniers pour offrir aux nouvelles générations une boussole mémorielle à l’épreuve du temps. Un sacre patrimonial qui réconcilie, par la magie du 4K, les deux rives du Sahara.

La Presse — Bien avant que la fiction ne l’accapare, Férid Boughedir s’était fait l’archéologue d’une modernité naissante. Issus d’une quête doctorale en Sorbonne, ses deux essais au long cours, Caméra d’Afrique et Caméra arabe, tournés sur plus de dix ans au gré d’une économie de fortune et d’une urgence de 16 mm, s’imposent aujourd’hui comme les colonnes mémorielles du temple cinématographique continental.

Longtemps condamnés au purgatoire des œuvres invisibles, ces «documentaires d’auteur» connaissent une transfiguration numérique sous l’égide des Archives du film de Bois-d’Arcy. De la basse résolution du souvenir à la splendeur hiératique du 2K et du 4K, le miracle a opéré : un nouvel engouement international s’est emparé de ces archives, là où la rareté du document visuel dispute l’espace à la parole prophétique des pionniers.

On y croise les fantômes magnifiques et les visages de chair de ceux qui ont «inventé» le regard : Lakhdar-Hamina et sa Palme d’or de braise, le démiurge Youssef Chahine, la sagesse de Sembène, ou encore les fulgurances de Cissé, Khleifi, Hondo et Malass. Sans oublier le patriarche, Tahar Chériaa, dont le spectre bienveillant semble désormais parrainer ce marathon de la mémoire.

Après avoir retrouvé l’éclat cannois en section «Classics», c’est à Bologne, lors du festival Il Cinema Ritrovato (juin 2025), que Caméra arabe a célébré sa renaissance mondiale sous le patronage de la World Film Foundation de Martin Scorsese. Un adoubement qui s’est poursuivi à El Gouna, où le film a ouvert la rétrospective du centenaire de Chahine.

2026 : Le Printemps des Archives et le Congrès de Rabat

En ce printemps 2026, quinze ans après le départ de Chériaa, la barrière symbolique du Sahara s’effondre à nouveau sous les projecteurs. Pour la première fois, les deux films seront projetés en diptyque, réconciliant le Nord et le Sud. L’étape marocaine du Congrès de la Fiaf à Rabat (26 avril-1er mai) s’annonce comme une épiphanie patrimoniale. Boughedir y présentera ses œuvres aux côtés d’autres joyaux restaurés grâce à la vigilance militante de Mohamed Challouf et de son association Ciné-Sud Patrimoine. La Tunisie y brillera également par le souffle de L’Homme de cendres (Nouri Bouzid) et la fresque de Camp de Thiaroye (Sembène). Mais le marathon ne s’essouffle pas. Mi-mai 2026, les «Caméras» tunisiennes s’installeront au prestigieux Lincoln Center de New York, portées par le New York African Film Festival.

Le «Clou», tres attendu du Nyaff 2026, est un film produit par… Barack et Michelle Obama ! Il s’agit de The Eyes of Ghana de Ben Proudfoot, consacré à l’œuvre de Chris Hesse (93 ans), qui fut le caméraman et photographe personnel de Kwame N’Krumah, leader de la lutte anticoloniale du Ghana, le tout premier pays subsaharien à obtenir son indépendance en 1956, N’Krumah étant alors chaleureusement reçu pour cela à l’époque par le leader tunisien Habib Bourguiba…

Les autres films africains à être révélés au Nyaff sont My Father Shadow (titre français : une journée avec mon père du Nigérian Akinola Davies junior, mention spéciale de la Caméra d’or à Cannes 2025, puis sélectionné aux Oscars, qui vient de sortir commercialement en Europe avec un grand succès critique. Également «My Father and Qaddafi» de Jihan Kikhia, consacré à la disparition inexpliquée à ce jour de son père, Mansour Rachid Kikhia, opposant pacifique au leader libyen enlevé alors qu’elle n’avait que 6 ans. Parmi les autres nouveautés, Rumba royale de Hamed Moubasser (RDC), Barni de Mohamed Sheikh (Somalie), Afrotopia de David Mboussou (Gabon), The Heart is a muscle d’Imran Hamdullay (Afrique du Sud-Arabie saoudite) et So long a letter de la Sénégalaise Angèle Diabang. Le Sénégal sera doublement représenté à New York grâce à la version restaurée du film classique En résidence surveillée, le seul long métrage du réalisateur et historien de cinéma disparu, Paulin Soumanou Vieyra : le film sera présenté à New York par Férid Boughedir, son ami de longue date et cofondateur avec lui et d’autres cinéastes tunisiens et sénégalais de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci), mise sur pied à Tunis lors des JCC 1970 par Tahar Cheriaa et Ousmane Sembène, deux protagonistes tous deux présents dans Caméra d’Afrique, qui viendront ainsi, virtuellement parrainer le festival, dès la première projection du film prévue le 9 mai…

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Auteur

Salem Trabelsi

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