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Editorial

La guerre comme horizon permanent

  • 13 mai 2026
  • 3 min de lecture
La guerre comme horizon permanent

Même lorsqu’un cessez-le-feu se profile, Netanyahou parle encore le langage de la guerre. Dans une interview accordée à CBS News, il a affirmé que «la guerre avec l’Iran n’est pas terminée» et que les installations d’enrichissement nucléaire devaient être démantelées, tandis que l’uranium hautement enrichi devait être retiré. La formule n’a rien d’anodin : elle signifie qu’aux yeux du boucher de Gaza, l’arrêt des combats n’est qu’une suspension tactique, jamais une perspective politique durable.

Cette logique s’inscrit dans une continuité. Depuis des mois, l’Etat sioniste mène des opérations militaires d’une intensité extrême à Gaza, au Liban, en Syrie, et désormais dans le cadre de la confrontation avec l’Iran. Au Liban, les frappes répétées contre des zones civiles sont justifiées par la lutte contre le Hezbollah (une frappe a fait 7 morts le week-end dernier) ; mais derrière l’argument sécuritaire se dessine une stratégie plus vaste: maintenir un état de confrontation permanent, où chaque front nourrit un autre et où la guerre devient un mode de gouvernement autant qu’un outil géopolitique.

Les déclarations de Netanyahou sont révélatrices de cette fuite en avant. Alors même que Washington évoque un cessez-le-feu fragile avec Téhéran, il élargit encore les objectifs du conflit : élimination de l’uranium enrichi, démantèlement des installations nucléaires, arrêt du programme balistique iranien et neutralisation des groupes alliés de l’Iran dans la région. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’empêcher «une menace immédiate», mais de remodeler l’ensemble de l’équilibre stratégique du Moyen-Orient par la force.

Cette ambition porte en elle un danger majeur.

Aucun pays, même militairement dominant, ne peut imposer seul une transformation totale d’une puissance régionale comme l’Iran sans ouvrir une spirale incontrôlable. L’histoire récente du Moyen-Orient l’a montré : les guerres présentées comme préventives ou limitées produisent souvent des déstabilisations durables, des radicalisations nouvelles et des cycles de représailles sans fin.

Le paradoxe est que cette escalade intervient au moment même où les populations de la région sont épuisées. Gaza est dévastée, le Sud-Liban vit sous la menace permanente des bombardements, la Syrie demeure fragmentée, et les civils paient partout le prix de calculs stratégiques qui les dépassent. Pourtant, dans ce paysage déjà ravagé, certains dirigeants continuent de répandre l’idée d’une victoire totale, absolue, définitive ; comme si la guerre pouvait enfin résoudre ce qu’elle n’a cessé d’aggraver.

Netanyahou apparaît aujourd’hui prisonnier de sa propre logique. Politiquement fragilisé à l’intérieur, contesté pour sa gestion des crises et poursuivi pour des accusations de corruption, il trouve dans la guerre un moyen de resserrer les rangs et de déplacer le centre du débat. La guerre devient alors non seulement une stratégie militaire, mais aussi une nécessité politique personnelle.

Mais une région entière ne peut rester indéfiniment suspendue aux besoins de survie politique d’un homme ou d’un gouvernement. A force de considérer chaque cessez-le-feu comme un simple arrêt avant la prochaine offensive, le risque est de transformer le Moyen-Orient en un espace de conflits perpétuels où la paix ne serait plus un objectif, mais une anomalie provisoire.

Auteur

Hamma Hannachi

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