Politique sociale en tunisie: La revalorisation des salaires et l’absorption du chômage au cœur du dispositif
La publication au Journal officiel des augmentations salariales est venue mettre un terme aux scénarios pessimistes avancés dans le pays ces derniers mois, ainsi qu’aux rumeurs récurrentes en pareilles circonstances. Ces spéculations allaient jusqu’à remettre en cause la capacité de l’État à appliquer les nouvelles revalorisations salariales.
La Presse —Les décrets n°66 à 69 de l’année 2026 actent ainsi une revalorisation progressive des rémunérations sur la période 2026-2028, avec effet rétroactif à partir de janvier dernier, incluant également les pensions de retraite. L’ensemble s’inscrit dans une stratégie visant à soutenir le pouvoir d’achat et à préserver un minimum d’équilibre social, malgré des contraintes économiques persistantes.
Une gouvernance fondée sur la transparence et l’équité
Cette orientation a été au centre d’une réunion présidée le 27 avril au Palais de Carthage par le Président Kaïs Saïed, en présence de la Cheffe du gouvernement, des ministres des Finances, des Affaires sociales, et de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Inscrite dans une série de rencontres consacrées à la mise en œuvre de l’article 15 de la loi de Finances, elle a permis de faire le point sur l’application des augmentations salariales dans les secteurs public et privé ainsi que sur les pensions pour les années 2026, 2027 et 2028.
À cette occasion, le Chef de l’État a réaffirmé «la poursuite de la politique sociale de la Tunisie, tout en appelant à intensifier la lutte contre la corruption et le clientélisme», dénonçant par la même occasion «les pratiques assimilant l’État à un butin et le pouvoir à une source de privilèges».
Dans le même esprit, il a également insisté sur la nécessité de finaliser rapidement la plateforme dédiée au recrutement des chômeurs de longue durée, en veillant à ce que les critères retenus soient clairs, équitables et accessibles à tous. L’objectif est de redonner une réelle chance à ceux qui, parfois depuis des années, restent en marge du marché du travail. D’ailleurs, plusieurs lignes de financement ont été mobilisées à cet effet, comme l’avait souligné le Chef de l’Etat.
Cette démarche porte une dimension profondément sociale et vise à rétablir un sentiment de justice, de lutte contre le népotisme et à offrir des perspectives concrètes à des milliers de personnes confrontées à une attente prolongée et souvent décourageante. En mettant l’accent sur la transparence et l’égalité des chances, les autorités cherchent ainsi à retisser un lien de confiance avec les citoyens, tout en apportant une réponse plus humaine et plus équilibrée à la question de l’emploi.
Ces deux décisions, à savoir la revalorisation salariale, d’un côté, l’ouverture de perspectives d’embauche, de l’autre, apparaissent ainsi comme les maillons complémentaires d’une même chaîne, celle d’une politique sociale articulée autour du soutien au pouvoir d’achat qui s’est nettement dégringolé ces dernières années, et de l’accès à l’emploi. Elles traduisent une approche qui ne se limite pas à des mesures ponctuelles, mais qui cherche à agir simultanément sur les revenus et sur les opportunités d’emploi.
L’inflation en arrière-plan
Dans cette logique, l’action publique s’efforce de répondre à une double exigence. Elle consiste à atténuer les effets immédiats des tensions économiques sur les ménages tout en s’attaquant aux déséquilibres structurels du marché du travail. En combinant ces leviers, le gouvernement entend poser les bases d’une dynamique sociale plus équilibrée, où la protection du pouvoir d’achat et l’insertion professionnelle s’inscrivent dans une vision cohérente et durable.
Certes, ces revalorisations offrent un certain répit et permettent d’atténuer partiellement l’érosion du pouvoir d’achat, mais il est évident que leur portée dépend étroitement de l’évolution des prix et du niveau d’inflation. En l’absence d’une régulation efficace des circuits de distribution, d’un encadrement de la spéculation et d’une stabilisation durable des marchés, ces gains salariaux pourraient être rapidement neutralisés par la dynamique des prix.
Ces mesures gagneraient à s’inscrire dans une approche plus globale, intégrant notamment une politique de rationalisation de la consommation, axée sur la maîtrise des dépenses, la réduction du gaspillage et l’optimisation des comportements de consommation.
En d’autres termes, la revalorisation des revenus, prise isolément, ne suffit pas à elle seule à rétablir durablement le pouvoir d’achat, en l’absence d’un dispositif structurel capable de rééquilibrer le rapport entre le niveau des revenus et celui du coût de la vie.
